INTERVIEW

Paul Taylor en interview

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Amené à déménager souvent en Europe pour les besoins professionnels de son père, Paul Taylor a fini par s’établir en France lorsqu’Apple, chez qui il travaillait, lui proposa d’y venir pour former des salariés. Parlant déjà la langue sans une once d’accent, le jeune britannique l’a perfectionnée au point de se sentir suffisamment armé pour s’essayer, sur scène, dans la langue de Molière ! Passionné depuis l’adolescence par la pratique du stand-up, Paul Taylor a fini par s’y consacrer pleinement en 2013 avec un premier spectacle paritaire : 50% en français et 50% en anglais… De retour sur les planches avec sa seconde création So british ou presque, l’humoriste et jeune papa raconte sa vie d’aujourd’hui avec autant d’humour que de décontraction alors qu’il passe sa soirée à échanger en direct et donc sans filet avec le public dans la salle…

 

 

PAUL TAYLOR, SO BRITISH OU PRESQUE

Aix en Provence / 18 mars (REPORT COVID-19 / date en attente)

Marseille / 27 mars 2021 (REPORT COVID-19 du 19 mars 2020)

Nice / 20 mars (REPORT COVID-19 / date en attente)


« La langue représente une grande partie de l’intégration… »


MORGANE LAS DIT PEISSON : D’où viens-tu ?

PAUL TAYLOR : C’est une excellente question ! (rires) C’est d’ailleurs en partie le sujet de mon second spectacle So british ou presque… Mon père est anglais, je suis né en Angleterre, ma mère est irlandaise, j’ai habité en Espagne et en Suisse mais dans toute ma vie, le pays où j’ai le plus vécu jusqu’à présent, c’est la France ! Cette question de l’identité s’impose de plus en plus à moi même si j’ai une tendance à me sentir plus anglais qu’autre chose…

Contrairement à la plupart des anglais, tu n’as aucun accent…

J’arrive à faire illusion ! (rires) En tous cas, je n’ai pas l’accent stéréotypé de l’anglais qui tente de dire trois mots en français… Il faut dire que nous, anglo-saxons, nous ne sommes pas doués du tout pour les langues étrangères à cause du fait qu’on ne soit pas tellement obligé d’en apprendre. À peu près partout dans le monde, on arrive à se faire comprendre… Au point d’ailleurs que certains immigrés anglophones ne font pas toujours l’effort d’essayer d’apprendre la langue du pays dans lequel ils sont venus vivre ! C’est quelque chose qui m’insupporte car pour moi, la langue représente une grande partie de l’intégration… Si on ne l’apprend pas, on passe à côté de son histoire mais aussi de son actualité.

Ex salarié d’Apple, tu as eu le courage de démissionner pour te consacrer à la scène…

Le stand-up était mon hobby quand j’étais plus jeune et lorsque je travaillais chez Apple, j’ai eu tendance à ne me consacrer qu’au boulot avant de réaliser qu’il me manquait quelque chose et d’avoir envie de m’y remettre, juste comme ça, pour le plaisir… En 2013, j’ai donc commencé à faire les deux en participant à des scènes ouvertes sur Paris… Ça a duré un peu plus de deux ans avant que j’aie confiance en moi et en mes blagues ! (rires) Ensuite, seulement, je m’y suis consacré à 100% et en à peine plus d’un an, j’ai commencé à pouvoir vivre de ma passion.

So british ou presque, un second spectacle…

Un second spectacle c’est difficile… Non seulement, après le « succès » du premier, on a peur de décevoir le public mais en plus, on ne le travaille pas du tout de la même manière. #Franglais s’est construit petit à petit sur trois ans à force de tester des sketchs, tandis que So british ou presque est né de la décision de créer un spectacle et donc de m’atteler à l’écriture. Cette démarche a tout changé car j’ai imaginé un one-man dans son ensemble plutôt que de mettre bout à bout des sketchs indépendants… Ça m’a beaucoup appris, mon écriture s’est professionnalisée et a gagné en efficacité.

Un one-man sur la crise identitaire…

C’est une chance incroyable de bouger et de connaître plusieurs cultures mais il arrive toujours un moment où l’on se demande qui l’on est et d’où l’on vient… Aujourd’hui, je me sens britannique mais peut-être encore plus européen… J’ai d’ailleurs la chance, de par ma mère, d’avoir un passeport irlandais qui me permet, malgré le Brexit, de pouvoir rester en France sans avoir de démarches à faire. Ça m’attriste d’observer cette rupture entre le Royaume-Uni et l’Europe car je pars du principe que l’on est mieux ensemble que séparés… Par contre, je comprends pourquoi certaines personnes qui se sont senties délaissées, voire spoliées par l’Union européenne ont eu besoin d’exprimer leur mécontentement.

Une crise qui s’exprime comment chez toi ?

Il y a pas mal de symptômes… (rires) Je m’aperçois que je commence à perdre un peu mon anglais, que le Brexit me donne l’impression d’être moins britannique qu’avant et puis, je me rends compte que je connais de moins en moins bien mon pays d’origine… N’y vivant plus depuis longtemps, je ne sais pas tout ce qu’il s’y passe. Quand j’appelle ma mère et qu’elle me parle d’une émission qu’elle a vue ou du buzz qu’a fait tel ou tel animateur, je me rends bien compte que je ne peux pas suivre ! On n’a plus les mêmes références et bien que ce ne soit pas grave, ça nous éloigne… D’ailleurs, je me suis « auto-évalué » en faisant le test de culture générale que les étrangers doivent passer pour obtenir la nationalité britannique et je me suis planté ! (rires) Je suis donc moins anglais qu’avant et je sais que je ne serai jamais vraiment français non plus… J’ai beau parler la langue et m’intéresser énormément à la France, il me manquera toujours des références…

Être multiculturel, une chance ou un handicap ?

C’est indéniablement une grande richesse ! Certes je me sens étranger partout mais bizarrement, je me sens aussi à la maison partout… C’est une chance immense d’avoir déménagé plusieurs fois et d’avoir fait le plein de découvertes constamment mais le revers de la médaille c’est aussi qu’on n’a pas de maison de famille chargée d’objets et de souvenirs, qu’on perd au fur et à mesure de vue les ses connaissances et qu’on n’a pas de bande de potes d’enfance… Parfois, ça me manque un peu mais je me dis que ceux qui vivent depuis toujours au même endroit et qui sont entourés d’amis proches regrettent très certainement de ne pas avoir voyagé… C’est le propre de l’être humain, il veut toujours ce qu’il n’a pas ! (rires)

So british ou presque raconte ta vie en France…

Dans le premier spectacle, je m’étais amusé à comparer les cultures anglaise et française tandis que cette fois-ci, en effet, j’ai plus mis l’accent sur ma vie, mon expérience en France, mon identité et sur ma jeune paternité ! (rires) Je suis papa depuis 7 mois et ça, je peux t’assurer que toutes les difficultés auxquelles je fais face parlent à tous les pères du monde entier ! (rires)

Et ta fille dans tout ça ?

Je me suis dit tout de suite que je serai moins « seul » en France en ayant quelqu’un d’autre dans mon équipe ! (rires) Par contre, c’est vrai que je n’y pensais pas tellement jusqu’à présent mais je crois qu’elle sera plus touchée que moi par ces questions d’identité étant moitié française et moitié britannique… D’ailleurs, je suis persuadé que c’est un phénomène qui va de plus en plus se développer puisqu’on peut aujourd’hui se déplacer très facilement dans le monde entier…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au restaurant Les Marchands de Vins à Paris 17ème • Photos Laura Gilli


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Interview parue dans les éditions n°412 #1, #2, #3 et #4 du mois de mars 2020

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