Michel Cymes, le docteur préféré des Français, en interview pour parler de sa carrière de comédien et de sa 1ère pièce de théâtre « Secret(s) médical »

Michel Cymes en interview
© Pascalito

Michel Cymes

Connu pour vulgariser l’univers de la santé dans les médias depuis une trentaine d’années, le docteur Michel Cymes a fini par sauter le pas de la comédie avec des fictions comme « La Doc et le Véto » ou, récemment, « C’est qui le chef ? ». Passionné, curieux et insatiable, c’est désormais au théâtre qu’il sévit pour une 1ère expérience scénique dans la 1ère pièce – « Secret(s) médical » – qu’il a coécrite. Mise en scène par Philippe Lelièvre, elle surprend tant par l’originalité de son propos (politique et révélations intimes sur fond d’éthique médicale) que par la subtilité de ses savoureux dialogues. On n’oublie pas son humour fin et mordant, ni la qualité de ses rebondissements ou du jeu de sa troupe… Preuve qu’il n’est jamais trop tard pour s’ouvrir – avec brio – à de nouvelles aventures !

Au coeur de la drome provençale à Montélimar

Morgane Las Dit Peisson : Vous faites partie des 4 coauteurs de la pièce…

Michel Cymes : J’avais envie d’écrire quelque chose sur les coulisses de la médecine et sur la façon dont les toubibs parlent entre eux des patients, puisque, contrairement à ce que l’on pense, ils doivent respecter le secret médical, y compris entre eux. Si ce n’est pas dans le pur intérêt d’un malade, deux confrères n’ont pas le droit d’échanger sur un cas. Évidemment, malgré tout, on se raconte des anecdotes, mais sans donner de nom. Sauf qu’un médecin ne reste qu’un être humain et que, parfois, il se vante d’avoir examiné telle ou telle personnalité… Ça a été le point de départ. J’ai ensuite embarqué deux de mes meilleurs potes avec moi alors qu’aucun de nous n’avait jamais écrit de pièce ! (rires) L’un étant dans la pub et l’autre dans le journalisme, je n’étais pas très inquiet…

On s’est enfermés pendant une semaine chez moi, on a couché sur le papier la trame de cette comédie qui a par la suite été retravaillée pendant 6 ans, avant que n’arrivent des professionnels comme Philippe Lelièvre et Nicolas Lumbreras.

Voir son projet prendre vie sur scène…

C’est irréel ! On part d’une petite idée, un pro nous dit qu’il y a de la matière (mais tout à faire), et puis on apprend que trois théâtres parisiens sont prêts à programmer la pièce… À ce moment-là, on se pince pour être sûr que ce n’est pas un rêve ! (rires)

C’est compliqué d’expliquer ce que j’ai ressenti quand on m’a confirmé que Secret(s) médical allait se jouer…

Aller sur scène pour la 1ère fois faisait partie du cahier des charges ?

Pas vraiment ! (rires) Au fond de moi, j’en mourais d’envie depuis une éternité, mais je n’étais pas du tout certain de trouver le courage de le faire… Ce qui m’a poussé, ça a été d’y être obligé puisque c’était la condition sine qua non. Et honnêtement, personne n’a dû insister très longtemps ! (rires)

Pourtant, il faut être sacrément culotté pour monter sur les planches, c’est vertigineux… Il y a le texte, le public, le jeu en direct, les déplacements, la concentration… Dans les téléfilms, on refait les scènes si elles ne sont pas bonnes, tandis qu’au théâtre, c’est sans filet. Je suis tellement traqueur que j’avais toutes les raisons du monde de ne jamais oser me lancer !

Michel Cymes en interview
© Pascalito

Contre toute attente, vous êtes le seul dans la pièce à ne pas camper un médecin…

À l’origine, je devais jouer le chirurgien esthétique, mais l’équipe en a décidé autrement et c’était une excellente idée. En devenant André, le bistrotier – alors que tout le monde m’attendait en médecin -, on créait à la fois la surprise et un véritable rôle de composition. Je n’ai pas eu mon mot à dire, mais je suis très content. Ça étonne les spectateurs et surtout, c’est un personnage qui me plaît car il incarne le bon sens populaire…

Un personnage pilier…

Il a beaucoup de sincérité et de franchise,  il dit ce qu’il pense, sans chichis… Je le trouve très attachant, il est content de recevoir ses potes même s’il a son avis sur la façon qu’ils ont de parler de leurs patients. Et surtout, ça me fait du bien d’interpréter autre chose qu’un médecin. C’est agréable de ne pas être enfermé dans un rôle. Dans C’est qui le chef ?, j’ai adoré jouer un cuisinier aux côtés de Bruno Solo ! Tout le plaisir de la comédie, c’est de s’éloigner de ce qu’on est dans la « vraie » vie…

Michel Cymes en interview
© Pascalito

Se lancer « sur le tard »…

Je n’ai pas pris de cours de comédie mais ma chance, c’est qu’à mon âge, je ne joue pas une carrière ou un avenir. En plus, j’ai arrêté d’exercer à l’hôpital, donc je n’ai plus à faire attention à l’image que je renvoie à mes patients. Ça me permet de m’autoriser beaucoup plus de choses et d’être très spontané.

Je fais ce métier avec sérieux mais, contrairement à un jeune acteur qui débute, je me prends moins la tête, car je n’ai pas grand-chose à perdre. Ce qui compte le plus pour moi, au-delà de ne pas décevoir mon équipe, c’est de m’éclater. Je joue comme je pense devoir jouer, puis je suis les instructions des réalisateurs ou metteurs en scène quand ils corrigent mes intentions. Tout l’intérêt d’arriver en fin de carrière, c’est de le faire sans trop d’ego et avant tout pour se marrer. Je ne me stresse pas… Sauf avant le lever de rideau ! (rires)

Michel Cymes en interview
© Fabienne Rappeneau

À travers un magazine, des émissions, une chaîne télé, on sent qu’il y a une volonté de transmettre…

C’est vrai que je n’ai pas enseigné, mais que ce que je fais à la télé est un peu ma façon à moi de partager mes connaissances. Des millions de personnes m’écoutent depuis une trentaine d’années pour que je leur apprenne les rudiments de la santé afin d’augmenter leur espérance de vie ou de se sentir mieux au quotidien… C’est extrêmement plaisant de transmettre en vulgarisant. Même si ça me file un coup de vieux, je ne suis jamais aussi heureux que quand je croise des jeunes médecins qui me disent qu’ils ont choisi cette voie grâce à moi…

C’est un cadeau magnifique de se dire que j’ai suscité des vocations, car ça signifie que j’ai réussi à parler de la santé sans que ce soit indigeste !

Avec la pièce, vous serez sur les routes au moins jusqu’au mois de mai…

Et ça fait le plein partout, c’est fou, ça me remplit de joie ! À mon âge, après une carrière déjà bien dense, la seule chose qui compte professionnellement, c’est le plaisir… Et je peux vous garantir qu’avec les camarades qui m’accompagnent, j’en prends énormément ! (rires) C’est extraordinaire de connaître une telle bienveillance et une telle gentillesse, je découvre avec eux le bonheur de vadrouiller en troupe…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson aux Nuits Auréliennes de Fréjus pour Le Mensuel / Photo Pascalito

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