- interview / théâtre / comédie / boulevard
- ★ 06 novembre 2026 / 20:30 / Le Cannet / La Palestre
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« Monter sur scène et prendre la parole, ça apprend à vivre, ça ouvre sur le monde… »
Julien Cafaro
Bien que sur le papier, rien ne semble plausible dans l’histoire que nous raconte la pièce « Muchas gracias« , elle nous embarque comme tout (vrai) bon boulevard ! Grâce à une mise en scène ultra rythmée et au talent d’interprétation de Bruno Chapelle, Julien Cafaro, Charles Meurisse, Claire Conty, Roland Marchisio et Fabienne Galloux qui ne s’économisent pas – et ont ce talent d’avoir tellement foi en leurs personnages qu’ils finissent par les rendre crédibles -, on réactive notre imaginaire et on adhère à ce scénario joyeusement délirant. À cause d’un simple correcteur orthographique, une femme qui voulait attirer l’attention de son mari voit débarquer un homme pensant avoir toutes ses chances avec elle. Ne réussissant pas à s’en débarrasser, elle l’affuble d’une nouvelle identité et, de quiproquos en mensonges éhontés, c’est un doux bordel qui se met en place…
Morgane Las Dit Peisson : Un habitué du théâtre…
Julien Cafaro : Avec toutes les technologies qui existent et quand on voit que Bollywood a totalement réalisé un film en IA, on est obligé de se poser des questions sur l’avenir de nos créations… Mais je suis un inconditionnel du théâtre et je veux croire qu’il survivra à tout ça tant il est expérimental. Monter sur scène et prendre la parole, ça apprend à vivre, ça ouvre sur le monde. Et je ne vous parle pas du rire qu’on se prend en pleine face ! (rires) C’est incomparable cette bouffée d’air, et quand on y a pris goût, on ne peut plus s’en passer…
Il y a un fil conducteur chez vos personnages…
Roland Marchisio : C’est vrai qu’on a tendance à venir me chercher pour un certain « emploi ». C’est quelque chose qu’on doit admettre si on veut travailler. Il faut apprendre à trouver ce qui va nous correspondre. En Indiana Jones, je serais sûrement moins crédible ! (rires) À défaut d’être le jeune premier ou le prince charmant, j’ai vocation à être le cocu ou le bon copain qui en prend plein la gueule… Heureusement que, dans la vie, je me débrouille mieux que mes personnages ! (rires)
Une pièce complètement folle…
Bruno Chapelle : C’est ce qui est fabuleux au théâtre, c’est qu’on est tous sujets – comédiens et spectateurs – à une convention théâtrale qui nous permet, en effet, d’aller beaucoup plus loin que dans la vraie vie. C’est exagéré et tiré par les cheveux, mais il y a comme un contrat moral qui nous lie et qui nous laisse croire que l’histoire qu’on raconte est possible. Un seul accessoire peut tout changer et la magie de la scène fait que les gens suivent nos cheminements et surtout, dans nos délires ! (rires)
Vous êtes la clef de l’histoire…
Claire Conty : On peut même dire que je déclenche – inconsciemment – la merde ! (rires) Plus je m’enlise dans mes galères, plus je dois tenir avec mon mensonge qui n’a ni queue ni tête, et plus le public rit ! C’est un engrenage digne d’un Feydeau, dans la plus pure tradition des boulevards. C’est un style théâtral qui me passionne parce qu’il est extrêmement généreux, joyeux et qu’il nous permet de recevoir immédiatement le fruit de notre travail. Quand les gens s’esclaffent, on a presque l’impression d’être d’utilité publique ! (rires)
Auteurs et comédiens…
Fabienne Galloux : On a pris notre temps pour choisir les bons comédiens, mais ça valait le coup car ils sont parfaits ! C’est un bonheur de partager avec eux, sur scène, l’histoire qu’on a imaginée et qui demande une grande technicité de jeu…
Charles Meurisse : Et on a surtout eu besoin de temps pour écrire ! (rires) Car si j’ai une tendance à beaucoup dégrossir, Fabienne peut passer une semaine à retoucher une phrase ! (rires) L’essentiel, c’est de trouver la bonne mécanique et j’ai l’impression que notre répartition des tâches fonctionne bien, puisqu’on est en train de monter notre prochaine pièce…
© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson aux Nuits Auréliennes de Fréjus pour Le Mensuel / Photo DR


