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Interview vidéo de Wax Tailor Dusty Rainbow From The Dark

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Wax Tailor

en interview

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WAX TAILOR

 

 


« Volontairement, dans l’écriture, on a laissé beaucoup de zones d’ombre

pour ne pas brider l’imaginaire des gens »

 

Plus qu’un nouvel album, « Dusty rainbow from the dark », la nouvelle création de Jean-Christophe Le Saoût (plus connu sous le nom de son projet, Wax Tailor) s’impose définitivement comme un concept à part entière. Metteur « en son » de génie, il s’est cette fois-ci lancé dans l’élaboration d’un conte musical qui lui tenait à coeur depuis longtemps et qui, en l’écoutant attentivement, nous dévoile le plus inconsciemment du monde beaucoup de lui-même…


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wax-tailor-interviewMorgane L. : Comment as-tu appréhendé la sortie de ta nouvelle création « Dusty rainbow from the dark » ? Tu es serein ?   
Jean-Christophe Le Saoût : C’est exactement le terme. Maintenant qu’il est sorti, ça va mieux, on peut dire que je suis serein. Je crois que je me suis toujours senti libre dans ce que je faisais, mais il y a plein de choses qui rentrent en ligne de compte. Après ce qui s’est passé sur l’album précédent et après avoir fait les dates avec l’orchestre symphonique, j’avais l’impression d’avoir touché le Graal mais ça ne dure qu’un mois ou deux… À partir du moment où tu repars avec un nouveau projet en tête, tu redeviens vite un peu moins serein ! (rires) Ce projet a été un gros chantier qui a duré un an et demi et une fois que tu le livres au public, tu te retrouves certes libéré mais aussi un peu dépossédé…

On sent ta « patte », une continuité et pourtant tout est différent… Comment se réinventer à chaque fois tout en restant fidèle à son style ?   
Tu me mets de bonne humeur dès le matin ! (rires) Renouveler sans se trahir, c’est comme ça que je l’entends. Je crois que j’ai mis beaucoup de temps à me trouver une identité sonore et du coup je n’ai pas envie de m’en détacher, mais en même temps, tu te demandes comment faire évoluer ça, quelles petites fenêtres tu vas pouvoir ouvrir pour essayer des choses que tu n’as pas encore faites sans pour autant perdre le fil conducteur. Pour moi l’enjeu était là et je pense que ça passe par le travail du son. Il y a un fil conducteur, une histoire qui se raconte avec des trucs que j’ai le sentiment de n’avoir jamais fait. Beaucoup de choses ne proviennent pas des albums précédents et pourtant c’en est une synthèse.

Cet album est certainement le plus abouti, tu l’avais en tête depuis longtemps ?  
C’est quelque chose que je traînais depuis longtemps… J’ai besoin de beaucoup de recul sur les choses, de les faire évoluer…  J’ai toujours eu plus ou moins envie de faire un truc comme ça mais la première fois où je me suis décidé c’était en 2006. C’était très flou, je ne savais pas comment l’aborder alors je l’ai mis de côté en me disant simplement qu’un jour, je serai capable de le faire. L’album précédent j’avais des idées très précises, j’avais envie d’arrangements, de cordes. Je me suis dit que je ne pouvais pas tout faire en même temps alors j’ai complètement écarté la question. Et à la fin de la tournée précédente c’est revenu comme une évidence. J’ai repris mon travail passé mais j’ai vraiment affiné. Tu sens que tu es prêt lorsque les choses qui étaient confuses deviennent très claires.

Comment est née l’histoire de cet album ?
Je souhaitais aborder le thème de l’évocation de la musique de manière très vaste, parce que c’est mon moteur… Je ne voulais pas écrire une histoire puis faire la musique qui allait autour. Pour faire quelque chose de fort il fallait que je commence par la musique. Ça peut paraître paradoxal vu de l’extérieur, mais pour moi, ça apparaissait comme une évidence absolue. Si la musique a un tel pouvoir d’évocation, comme je voulais le raconter, elle est capable à elle seule de raconter une histoire. Alors j’ai attendu… et à un moment c’est venu. Un mot en a appelé un autre, puis le titre s’est formé, puis un personnage, j’ai pensé à un enfant et tout s’est mis en place. Les grandes lignes de l’histoire sont arrivées en deux heures.

La phase d’écriture ?
Ça a été beaucoup plus long parce que je voulais éviter le syndrome du franco-français qui veut écrire en anglais une histoire qui n’a ni queue ni tête avec un style littéraire très laborieux. (rires) Je me suis alors rapproché de Sara Genn parce qu’on avait eu plein de discussions sur le sujet. Je suis parti à New York pour que l’on écrive à quatre mains. Surtout avec les deux siennes ! (rires) Il y a eu tout un travail d’écriture, de corrections et de relecture pour être sûr d’être dans les règles de l’art, d’être bien dans l’écriture d’un conte.

La réalisation ?
Ça a été la phase la plus périlleuse pour moi, celle où tu peux te faire déposséder de ce que tu as en tête. Il faut être vigilant car c’est là que tu te rends compte que ton narrateur est dépositaire de ton texte et si tu as le malheur de ne pas choisir la bonne voix, c’est comme si tu n’avais pas choisi le bon chef-opérateur pour ton film.

Cette histoire est finalement celle du narrateur ?
Volontairement, dans l’écriture, on a laissé beaucoup de zones d’ombre. On ne voulait pas d’une écriture très « Proustienne » décrivant tout avec précision, d’abord parce que ça devient envahissant, mais surtout parce que tu brides l’imaginaire des gens. Je pense qu’il faut envoyer quelques pistes et laisser chaque personne avoir sa vision. Dans mon esprit, je voulais que le narrateur te raconte une histoire et qu’à la fin tu découvres que c’était l’histoire de sa vie. Un jour il a décrypté l’histoire que sa mère lui racontait, il a pris une distance avec l’allégorie de cette petite comptine et l’a gardée comme sa « Madeleine de Proust ». Pour moi, dans mes moments difficiles, c’est la musique qui m’aide à m’évader… Pour lui, dans ses moments difficiles, c’est cette petite allégorie. Il n’y a aucun intérêt à le mettre par écrit, c’est un moment personnel et qui doit rester personnel.

Cet enfant, ce narrateur c’est un peu toi…
Dans la trame il y a une distance temporelle évidente mais sans le vouloir il y a plein de choses personnelles qui s’y retrouvent. Comme tu disais tout à l’heure il y a la mère,  présente, et c’est vrai que mon éducation je la dois à ma mère alors que ma musique, je la dois à mon père… Il y a un paquet de choses qui sont en filigrane…

Cette voix justement, comment l’as-tu choisie ?
La voix était un enjeu important, si je ne trouvais pas la bonne, c’était raté, tout simplement. Je me suis mis à écouter des tas de choses, à me renseigner, c’est con à dire mais je voulais la voix d’un homme d’un certain âge et je suis tombé sur la voix de Don McCorkindale. Je n’étais pas sûr de réussir à le convaincre. Ensuite ce qui a été compliqué ce n’était pas de le convaincre de le faire mais de le convaincre de le faire à ma manière. Il a une énorme carrière derrière lui et je pense qu’il avait le sentiment qu’il n’avait pas besoin d’être dirigé. C’est quelqu’un qui est très attaché au sens des mots, à la parfaite diction littéraire des mots alors que moi j’étais attaché à la musicalité des mots.wax-tailor-nouvel-album

Comment ce conte prendra vie sur scène ?
Le décor est particulier. Il n’y a pas d’élément de décor marqué mais une grosse installation de projection, bien plus grosse que pour la tournée précédente, qui a pour but d’avoir un décor projeté et une animation autour de cette histoire. On a animé le personnage sur les interventions du narrateur et tout le reste se décompose un peu comme des tableaux. J’ai travaillé avec une bonne vingtaine de réalisateurs. Ça a été un travail titanesque ! Sur scène, je serai accompagné par des fidèles de chez fidèles, Charlotte, Mattic mais aussi par quatre musiciens, Matthieu au violon, Raphaël  à la basse, Benjamin à la guitare et Marine Thibaut, première flûtiste. On a travaillé tout l’été pour faire les mises au point et la prochaine étape c’est le tour de chauffe aux Etats-Unis pour être fin prêt pour la France ! (rires)

Physiquement prêt pour une longue tournée ?   
Je te dirai ça après ! (rires) Pour l’instant je ressens une énergie, une tension, qui me permet de tenir…
Mais en tous cas je suis assez impatient !



Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel

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