COUPS DE COEUR

Agustín Galiana en interview pour son nouvel album « Enamorado »

By  | 

« Revenir un peu plus à la notion d’instinct et d’intuition… » Agustín Galiana

 

Celui qui ne parlait pas la langue de Molière en quittant son Espagne natale il y a une dizaine d’années, s’est rapidement imposé dans le cœur et dans le quotidien des Français ! Que ce soit comme danseur, comme chanteur ou comme comédien, Agustín Galiana est en effet devenu une personnalité – dans le sens le plus noble du terme – populaire. De Danse avec les stars à Clem en passant par le théâtre ou par Ici tout commence (qu’il a eu le courage de quitter pour ne pas s’enfermer dans son rôle) et alors qu’il s’apprête à tourner à la rentrée un film avec Michèle Laroque et Dany Boon, l’artiste aux multiples facettes est revenu avec un 3ème album intitulé Enamorado. Sur des rythmes ensoleillés, le bel hidalgo se livre sans fard tant sur l’amour inconditionnel que sur la difficulté de vivre loin des siens ou de sa terre. Une invitation à gratter sous la surface… 

 

 

 

 


 

 

Agustín Galiana en interview pour son nouvel album Enamorado

interview / album / musique

 

 


 

 

 

Morgane Las Dit Peisson : Ton nouvel album Enamorado est arrivé, pour nous, en avril…

Agustín Galiana : Les gens ne réalisent pas (et tant mieux !) le travail qu’un album peut demander mais Enamorado a mis trois ans et demi à voir le jour. Je l’avais en tête mais j’ai dû jongler avec une série quotidienne, des émissions que je tournais en Belgique, des projets et ma vie privée… Ça veut dire que pendant tout ce temps-là, ça t’obsède en tâche de fond, tu penses tout le temps à tes textes, à tes arrangements… C’est un processus intense qui demande un véritable engagement. Tu écoutes, tu prends du recul, tu laisses tomber, tu recommences, tu y reviens et tu retouches encore et encore jusqu’à temps d’avoir exactement le résultat que tu souhaites… Ça n’a pas l’air quand tu écoutes un album mais en réalité, c’est une folie ! (rires) Malgré tout, j’aime bien ce côté laboratoire… C’est un peu comme en cuisine, c’est minutieux et quand tu trouves la recette parfaite, c’est extrêmement satisfaisant !

 

D’album en album, on se dépasse et on s’affirme…

C’est vraiment ça, avec Enamorado, j’ai l’impression que j’installe mon style de musique et mes sonorités qui ne correspondent pas nécessairement à ce que l’on fait généralement en France. Il faut réussir à ne pas se laisser influencer et garder sa patte même si c’est hors mode. Ce qui compte c’est ta personnalité, l’originalité, la simplicité et la sincérité… C’est laborieux mais c’est une recherche passionnante ! (rires)

 

 

L’expérience facilite la création ou ajoute de la pression ?

C’est compliqué de se détacher de ce qu’on pense que les gens attendent… D’un côté, l’expérience te facilite évidemment tout le processus de création mais de l’autre, plus tu avances dans le temps et plus tu as peur de décevoir. Tu as envie d’apporter quelque chose de nouveau tout en gardant ton esprit et ton identité… Donc si tu désires bien faire les choses, je crois que tu as toujours un peu de pression.

 

Et puis contrairement à des personnages que tu incarnes, tu te mets à nu dans un album…

C’est hyper intime et c’est sûrement ça qui ajoute de la pression ! (rires) Au théâtre, tu es protégé par un rôle et un 4ème mur alors que quand tu chantes, tu t’adresses directement au public avec tes propres émotions, c’est beaucoup plus vertigineux !

 

 

La chanson Honnêtement parle de l’importance de l’échec et de l’apprentissage qu’on en tire…

La société d’aujourd’hui laisse de moins en moins de place à l’erreur et à l’imperfection pourtant, c’est grâce à ça qu’on peut tirer des enseignements, grandir et s’améliorer. C’était important pour moi de parler de l’acceptation de soi et de ses failles. Je crois que c’est essentiel de revenir un peu plus à la notion d’instinct et d’intuition, quitte à sortir du cadre pour tenter sa chance. Aujourd’hui, tout doit être maîtrisé même l’ennui n’a plus sa place. On a tout organisé pour que rien ne dépasse. Un enfant n’a plus le luxe de perdre son temps alors que c’est quand il s’ennuie qu’il trouve des ressources insoupçonnées, qu’il découvre sa voie et développe sa créativité. Avec les réseaux, les smartphones, l’IA et les plateformes, on vit endormis…

 

 

Enamorado est ensoleillé et rythmé mais pas « bêtement » joyeux. Il parle d’amour sous toutes ses formes : heureux, malheureux, inconditionnel mais aussi du déracinement… Il y a une nostalgie positive…

J’aime le contraste et je trouve ça intéressant de mélanger une musique dansante avec des paroles profondes, ça permet d’avoir plusieurs lignes de lecture à condition qu’on ne s’arrête pas à la surface « solaire » de l’album. Dans À jamais par exemple, je parle du déracinement, de ce que je ressens pour la terre qui m’a vu naître et à quel point elle me manque. 

 

Et puis il y a l’éloignement des gens qu’on aime quand on est à l’étranger mais aussi quand on est en tournée ou en tournage…

Ça, c’est le plus difficile à vivre… Quand tu tournes régulièrement et longtemps ou quand tu enchaînes des déplacements pour de la promo, c’est bien sûr, professionnellement, merveilleux à vivre mais tu le vis seul, loin des tiens… Ils vivent des anniversaires, des maladies, des peines ou des réussites et toi, tu culpabilises de ne pas partager ces moments importants… Être artiste fait rêver mais il faut être prêt à accepter pas mal de sacrifices…  

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Photo C. Puech

 

↵ Retour vers la rubrique « interview »

 

 

You must be logged in to post a comment Login