INTERVIEW

Cauet en interview

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Habitué, depuis plus de vingt ans, au direct qu’impose quotidiennement le métier d’animateur radio, Sébastien Cauet s’est lancé il y a sept ans dans un autre exercice, également sans filet, le seul en scène… À force de rodage, de représentations et surtout d’authenticité, celui qui est devenu un comédien à part entière, semble plus que jamais à l’aise sur les planches…

 

 


« Il n’y a rien de pire, dans nos métiers, que d’être sans saveur ! »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Vous alternez radio et scène…

SÉBASTIEN CAUET : Ce sont vraiment deux activités distinctes… Leur seul vrai point commun, à mes yeux, c’est que lorsque le micro s’allume en studio ou que je monte sur scène, j’oublie tous mes petits soucis, de la grippe jusqu’à la gastro en passant par le mal de dos ! (rires) C’est vraiment un phénomène très étrange qui s’opère sur l’organisme mais tant qu’on est focalisé sur ce qui nous passionne le plus, on est comme anesthésié… Évidemment, ce n’est pas miraculeux alors dès que le charme est rompu, le corps se refait entendre mais ça reste tout de même une sensation assez magique… 

Jamais peur de monter sur scène ?

Sincèrement non ! On est tous très différents face à ça mais pour moi la scène c’est un véritable aimant ! Je crève d’envie d’y être donc il n’y a rien de pire pour moi que de devoir attendre avant de jouer surtout quand j’entends le public de l’autre côté du rideau ! (rires) Je suis comme un gosse, j’ai envie d’être avec les gens et de leur raconter toutes les dernières petites conneries que j’ai inventées l’après-midi…

Le contact humain…

C’est ce qui m’a toujours animé et dans 100% libre, je m’amuse d’ailleurs beaucoup à échanger avec les gens. Je suis curieux d’en apprendre un peu plus sur eux car c’est grâce à eux que le spectacle n’est jamais le même d’une ville à l’autre. Cette interaction n’est pas un « danger » pour moi mais une véritable respiration car le risque sur scène, ce n’est pas d’improviser, c’est d’y aller avec un spectacle boiteux !  (rires)

Généreux sur scène et en dehors…

Je ne sais pas, c’est peut-être égoïste finalement d’avoir envie de passer autant de temps avec le public… Il y a quelques semaines, je crois que je suis resté plus longtemps en séance de dédicaces que sur scène ! (rires) Quand les gens attendent à la fin du spectacle pour discuter et faire des photos et que je ne suis pas obligé de repartir immédiatement, c’est la moindre des choses que de leur accorder du temps. Le public n’est pas une masse impersonnelle mais des gens qui ont économisé pour venir me voir « moi » et je ne peux pas rester insensible à ça…

100% libre

Ce titre colle à merveille, je crois, à l’atmosphère qui plane en France depuis un certain temps…  Des humoristes se font lyncher à cause de malencontreuses blagues, les propos des politiques sont disséqués et chaque mot posté sur un réseau social peut être sujet à toutes les tergiversations possibles ! (rires) Je débute d’ailleurs le spectacle en rappelant le genre d’émissions que l’on regardait en famille il y a une vingtaine d’années et dans lesquelles régnait une certaine impertinence. Aujourd’hui, on s’offusque de tout et souvent de pas grand-chose… 

On dit souvent que la scène est le dernier espace de liberté…

Dans l’absolu c’est assez vrai mais je dois reconnaître qu’en ce qui me concerne, j’ai le privilège que ça ne soit pas le seul… Je suis revenu sur NRJ à une heure « grand public » qui me permet de faire une émission plus variée qu’avant. Jusqu’à présent, je touchais un public assez jeune alors que maintenant, grâce à C’Cauet, je m’adresse en majorité aux moins de 60 ans et c’est très vaste ! Ça permet d’aborder des sujets de société et de se moquer autant, par exemple, du Président que des gilets jaunes donc je ne peux pas me plaindre car j’ai chaque jour, en radio, un très bel espace de liberté !

Doser la moquerie pour ne jamais être blessant…

Je crois que les gens apprécient ce côté bon enfant que je dégage… J’aime piquer et titiller mais je suis plutôt quelqu’un de bienveillant alors pour des émissions ou des spectacles où j’invite le public à se détendre, ça matche assez bien ! Par contre, ça n’empêche pas que des gens me détestent et heureusement d’ailleurs ! (rires) Il n’y a rien de pire, dans nos métiers, que d’être sans saveur et de ne déranger personne… Si tout le monde m’aimait juste « bien », je serais quelqu’un d’insipide, ça me déplairait beaucoup plus ! (rires) Et puis, l’attachement et l’agacement qu’on suscite sont des choses très subjectives… Quand on est un peu connus, on est sujets aux a priori alors certaines personnes ne nous aiment pas sans même nous avoir écoutés ou vus sur scène… C’est le jeu et c’est excitant car si on est conscients de ne pas pouvoir plaire à tout le monde, on recherche inconsciemment à séduire tous ceux qui ne nous aiment pas…

Un nouveau spectacle et un style plus épuré…

En effet, on ne voulait pas que 100% libre soit une copie du précédent. Dans le premier one-man, il y avait beaucoup d’écrans et de mise en scène alors que pour le second, on a préféré opter pour quelque chose de plus « direct » et naturel afin de privilégier l’échange avec les gens. Généralement, on fait l’inverse mais peut-être que sur le premier spectacle, j’avais finalement un peu besoin de me cacher derrière tous ces artifices… 

Une sincérité qui vous a poussé à publier une autobiographie…

J’ai été incroyablement surpris et heureux des retours des lecteurs car je ne m’attendais pas à ce que les gens soient aussi concernés par l’histoire d’un bout de vie de quelqu’un ! (rires) Ça m’a ému de réaliser que pour certains T’es habillé comme tout le monde, mais tu ressembles à personne ! prenait plus la forme d’un guide de l’optimisme que celle d’un simple récit personnel… Ce n’était pas vraiment « prévu » comme ça mais si ce livre peut faire du bien à certains, c’est notre plus belle récompense, à Yves Quitté – qui est l’auteur qui m’a aidé à remettre tous ces souvenirs en forme – et moi. C’est un ouvrage que le recul a permis d’être sincère et juste… Les joies, les peines ou les déceptions sont « livrées » telles quelles, sans aigreur, sans rancoeur ni désir de vengeance.

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photos droits réservés


Interview parue dans les éditions n°403 #1, #2, #3 et #4 du mois de mai 2019

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