INTERVIEW

Gauvain Sers en interview

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Dès son premier album Pourvu, Gauvain Sers a séduit le public par la qualité de ses textes… Tels des nouvelles ou des courts-métrages, ceux-là ont immédiatement eu l’incroyable capacité de pouvoir nous embarquer dans un quotidien qui – s’il semble n’avoir rien d’exceptionnel lorsque l’on y est confronté -, prend une dimension narrative et poétique qui nous donnerait presque envie d’y sauter à pieds joints ! Pourtant, s’il y a bien une chose à laquelle l’auteur-compositeur-interprète n’a jamais renoncé, c’est la vérité, aussi crue soit-elle. Dressant un portrait réaliste et quelque peu affligeant de notre société dans son second opus Les oubliés, le trentenaire n’a en effet pas hésité à aborder les thèmes de l’écologie, d’une France à deux vitesses, de la condition des artistes ou de celle des réfugiés…

 

Gauvain Sers en concert > Six Fours / 07 décembre • Châteaurenard / 08 décembre • Istres / 14 décembre

Le Mas d’Hiver / Puget sur Argens / 03 avril 2020 • Le Broc / 04 avril 2020

 


« C’est important de ne pas se travestir ! »


MORGANE LAS DIT PEISSON : L’album Les oubliés vient d’être réédité…

GAUVAIN SERS : Oui et c’est quand même beaucoup moins stressant que la première sortie ! (rires) C’est très curieux de livrer un album au public car d’un côté on en crève d’envie et de l’autre on angoisse énormément…

Une démarche différente entre le 1er et le 2ème ?

Je me suis aperçu avec le recul qu’il y avait une magnifique insouciance dans un premier album, une liberté d’écriture et une fraîcheur qui sont très précieuses… Pour Les oubliés, je me suis interdit de trop penser à ce qui avait marché dans Pourvu ou à ce que les gens risquaient d’attendre de moi. C’est important de ne pas se travestir et de se souvenir des raisons pour lesquelles on s’est lancé là-dedans… Le succès ne doit pas être un but mais une conséquence…

Fidèle à ta façon de raconter joliment des petits moments de vie en apparence insignifiants, comme dans Changement de programme

C’est le but recherché, j’essaye de prendre des petites saynettes de la vie quotidienne, un peu comme si je concevais un court-métrage… J’aime qu’il y ait un début, un développement et une fin afin qu’on puisse se projeter dans différentes émotions… Changement de programme, en effet, a un peu tout ça. Elle est très visuelle et surtout universelle alors que c’est peut-être la plus autobiographique ! (rires) Qui n’est jamais allé prendre un verre avec ses potes vite fait et en est ressorti complètement bourré à deux heures du matin ? (rires) C’est du vécu et c’est d’ailleurs pour ça qu’on ne peut pas sortir album sur album, il faut prendre le temps de vivre des expériences…

Des sujets qui touchent et interpellent comme l’histoire de cet instit…

Jean-Luc Massalon m’a adressé une lettre à la fin d’un concert pour me raconter l’histoire de son école et il s’est exprimé sur son métier avec une telle passion et une telle pudeur que je ne pouvais pas y rester insensible… J’ai grandi à la campagne, je suis allé dans le même genre d’école et je suis fils d’instituteur donc ça m’a énormément touché ! C’est une magnifique rencontre et je suis fier aujourd’hui de pouvoir compter parmi mes amis une personne capable de se battre à ce point pour ses idéaux

Les oubliés, une chanson et un documentaire… 

Que ce soit pour moi ou pour le public, je trouvais qu’aller à la rencontre de cet instituteur, des élèves et des parents était important… Ça permettait d' »officialiser » mes propos et de rappeler que ce n’était pas une fiction… Cette histoire est réelle et malheureusement loin d’être un cas isolé… 

Dans le documentaire, tu dis en parlant des élèves, « Je suis enfant depuis plus longtemps qu’eux », c’est ça qui permet de continuer à être curieux et à s’intéresser aux autres ?

Je crois… J’ai l’impression d’avoir, dans certains domaines de la vie, réussi à conserver le regard que je pouvais avoir enfant et ça m’aide énormément pour le métier que je fais… Ça me permet d’une part de ne pas être « blasé », d’avoir soif de découvertes mais aussi de pouvoir commenter le monde avec un certain recul et une sensibilité presque insouciante. 

On retrouve ça dans Le vendeur de roses, cet homme qu’on ne voit pas ou qu’on ne veut pas voir… 

On a tous croisé un vendeur de roses mais on ne sait rien de lui et surtout, on ne cherche jamais à en savoir plus ! On l’ignore, on le juge ou on le rejette alors que s’il en est arrivé à nous alpaguer dans la rue pour vendre des fleurs, ce n’est certainement pas par passion… J’espère, à travers ces chansons, donner l’envie aux gens de se mettre de temps en temps à la place des autres…

Un nouveau titre, Y’a plus de saison avec un clip inventif et décalé… 

(rires) J’avais envie d’un clip différent et amusant pour compenser la noirceur et le pessimisme des paroles. J’ai adoré pousser à l’extrême les scènes absurdes car je pense que l’humour est beaucoup plus efficace que les longs discours pour faire passer des messages importants. Je ne voulais pas que ce soit trop frontal en montrant un océan rempli de plastique parce que ça, on le voit dans n’importe quel JT et surtout, je désirais apporter malgré tout une certaine poésie…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photos Franck Loriou

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Interview parue dans les éditions n°409 #1, #2, #3 et #4 du mois de décembre 2019

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