INTERVIEW

Isabelle Carré en interview

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Dans Se souvenir des belles choses, Garde alternée, Les Émotifs anonymes au cinéma ou encore dans Baby au théâtre ces derniers mois, Isabelle Carré nous a habitués à incarner avec talent des rôles divers et variés… Et bien que l’on ait la sensation de la connaître à force d’avoir vu son doux visage sur nos écrans, la comédienne est toujours restée, jusqu’à aujourd’hui très discrète sur une vie privée qui lui a inspiré la matière de son tout premier roman… Car si Les Rêveurs est bel et bien une véritable fiction et non pas une autobiographie, celui-ci a tout de même fortement puisé dans l’histoire familiale de cette femme que l’on découvre désormais sous les traits d’une auteure. Entre le parcours d’une mère rejetée par les siens, celui d’un père qui découvre son homosexualité et celui d’une adolescente à qui le passage en hôpital psychiatrique a assuré un nouveau départ, Isabelle Carré a surtout dessiné la fresque d’une époque en plein bouleversement. Se servant du rêve comme d’une béquille pour essayer d’avancer, ses personnages font en effet écho à la grande Histoire qui, après mai 68 et tous les espoirs liés à cette date, tentait elle aussi de se réinventer.


ISABELLE CARRÉ

Pour son 1er roman « LES RÊVEURS » paru en janvier chez Grasset

Et à retrouver pour une lecture des nouvelles de Le Clézio pendant le « Festival des Mots » à Villeneuve-Loubet le 27 juillet (GRATUIT)



« J’ai pris le parti de m’exposer dans ce livre… »


Morgane Las Dit Peisson : On se rencontre dans un salon du livre…

Isabelle Carré : (rires) Oui et c’est nouveau pour moi d’y participer en tant qu’auteur avec Les Rêveurs, mon tout premier roman… Je suis une jeune débutante de 47 ans mais ça faisait une vingtaine d’années que j’avais ce livre en tête… On ne peut pas vraiment dire que je sois une rapide ! (rires) Il est arrivé un moment où j’ai senti qu’il était temps de m’y atteler alors j’ai participé, chez Gallimard, à un atelier d’écriture organisé par Philippe Djian. J’y suis allée assidûment pendant trois mois puis j’ai plongé, en solitaire, dans la phase d’écriture…

Écrire est une liberté… 

C’est vrai que dans mon métier de comédienne, j’ai pour habitude d’être dirigée pour coller au mieux à l’idée que le réalisateur se fait du personnage et, même si j’adore me mettre au service d’un auteur ou d’un metteur en scène, je crois que j’avais besoin d’un espace de liberté qui m’était propre.

C’est presque comme passer derrière la caméra… 

Il y a de ça car quand j’incarne un personnage, je prends en charge son parcours tandis qu’en me lançant dans un roman, j’ai dû tout imaginer pour chaque protagoniste tout en pensant aux décors, aux couleurs et à la musique de la langue… Ça a été un travail aussi passionnant qu’heureux qui a duré trois ans. Ça m’a tellement plu que j’ai hâte de retourner dans cette petite bulle de fiction !

Une fiction qui s’inspire de vous…

C’est véritablement un roman aux accents autobiographiques car je ne voulais surtout pas rédiger un témoignage… De nombreux faits réels jalonnent donc ces pages mais ils sont reliés entre eux uniquement grâce au pouvoir de l’imaginaire… Dans ce premier ouvrage, on retrouve donc une famille de rêveurs qui ressemble  beaucoup à la mienne, une famille où chacun se bricole un peu sa vie et donne par moment l’impression de la rêver en oubliant de la vivre… Mais au fil de la lecture, on s’aperçoit que ces rêves ne sont pas vains puisqu’ils les aident à s’accomplir et à trouver leur place… C’est un roman d’apprentissage.

Le rêve est un moteur essentiel pour avancer…

La réalisation d’un rêve ou d’un projet est évidemment importante mais ce qui est passionnant dans la vie, c’est le chemin qu’on emprunte… J’ai voulu pendant des années devenir danseuse sans comprendre que ce n’était pas pour moi mais cette expérience a été bénéfique puisque c’est en dansant, que j’ai goûté aux planches la première fois. Sans ce rêve là, je n’aurais peut-être jamais été comédienne… 

Les Rêveurs reflète une intimité mais aussi un bout de notre histoire…

Ce livre a réellement pour thème principal les apparences… Il raconte, dans les années 60, l’histoire d’une fille-mère d’origine aristocratique qui se cache dans une petite chambre de bonne pour ne pas faire honte à sa famille et celle d’un père qui prend conscience de sa propre homosexualité à une époque où venait d’être votée une loi stipulant que ça devait être considéré comme un fléau social et donc être combattu… Trouver sa place, sa liberté et sa vérité dans un tel contexte était presque impossible… 

Et il y a un 3ème personnage qui vous ressemble…

Autant j’ai beaucoup romancé l’intimité de ma famille pour créer une véritable histoire à part entière que j’ai décidé de moins brouiller les pistes avec « mon » personnage… J’ai pris le parti de m’exposer dans ce livre et de divulguer beaucoup de mes vérités bien que je n’aie pas vraiment un goût prononcé pour l’exposition ! Quand je l’ai écrit, je ne pensais pas à une publication, j’avais, je crois, envie de me libérer de certaines choses et de laisser une trace de cette histoire finalement éminemment romanesque… S’il est vrai que « la vie est un roman », celle-ci méritait d’être écrite…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Festival du Livre de Nice • Photos JF Paga


Interview parue dans les éditions n°394 #1, #2 et #3 du mois de l’été 2018 • 100 000 ex

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