INTERVIEW

Arié Elmaleh en interview

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Si la sincérité de son regard n’est pas passée inaperçue cette dernière vingtaine d’années dans différents films, téléfilms et spots publicitaires, c’est au théâtre qu’Arié Elmaleh s’est formé, depuis ses débuts, sur de nombreux textes classiques, dramatiques, contemporains mais aussi comiques. Variant donc autant les fonds que les formes, l’acteur s’est plu à participer l’an dernier – en compagnie de Davy Sardou – à la comédie chorale Le plus beau jour avant d’avoir envie de tester une pièce à deux personnages qu’il interprètera à Paris au moins jusqu’en décembre de cette année aux côtés de la douce Barbara Schulz… Incarnant un couple dans La Perruche, les deux complices vont nous montrer ce que l’on préfère en général voir sur les planches plutôt que dans la vraie vie, c’est-à-dire ce qui cloche chez l’un comme chez l’autre et qui fait qu’il arrive un moment où mettre cartes sur table – quoi qu’il en coûte – devient inévitable. Une écriture drôle, juste et acerbe qui se nourrira au fil des mois de l’instinct et de l’émotion d’un comédien aussi pertinent qu’attachant…

 

Pièce « La perruche » à Paris jusqu’au 14 décembre 2017

 


« C’est vraiment quelque chose de très bizarre finalement le jeu d’acteur ! »


Ses photos et ses réalisations sur son site : www.arieelmaleh.com

 

Morgane Las Dit Peisson : Vous êtes actuellement sur la dernière ligne droite des répétitions de la pièce La Perruche

Arié Elmaleh : Oui… Et je dois reconnaître que c’est une phase très intense ! On dort avec, on se réveille avec, on vit avec… C’est vraiment la période où l’on n’a plus beaucoup de distance avec ce que l’on joue mais où à la fois on commence à prendre un réel plaisir à interpréter nos personnages puisqu’on s’est détaché de l’apprentissage pur des textes et de la mise en scène. On n’essaie plus de se souvenir des mots, on les vit, on les respire, on les pense et du coup, on découvre de nouveaux degrés de lecture. C’est ça que je trouve passionnant dans le théâtre, on se met, au bout d’un moment, à penser comme le personnage, avec sa psychologie, un peu comme lorsqu’on finit par réfléchir dans une langue étrangère… C’est assez grisant !

Vous êtes assez différent de votre personnage dans la pièce…

On se rend compte qu’un être humain est capable de se transfigurer dans un protagoniste qui lui est littéralement éloigné et ça fait prendre conscience que c’est vraiment quelque chose de très bizarre finalement le jeu d’acteur ! Je suis en effet complètement à  l’opposé de mon personnage… Il est psychorigide, de droite, avec des idées très arrêtées sur beaucoup de choses, il éprouve du plaisir à se sentir supérieur aux autres et à humilier un peu sa femme… Bref, c’est un type dont on a envie de devenir le meilleur ami ! (rires) À l’inverse, je ne suis pas intéressé du tout par le pouvoir et si on me le donnait, je ne saurais pas quoi en faire… Je suis un profond démocrate, j’aime faire les choses avec les gens, je suis attaché au débat et à l’égalité.

Comment rendre intéressant et attachant un personnage qui nous exaspèrerait dans la vie ?

Il faut se mettre en recherche d’une compréhension et d’une certaine empathie pour jouer une saloperie… On doit imaginer ce qu’il a pu être et ce qu’il a pu vivre pour en arriver à se présenter si féroce, exécrable et pervers au moment où nous, acteurs, on entre en jeu. Je ne crois pas qu’il y ait sur terre des êtres nés complètement sadiques mais qu’ils le deviennent suite à la conjonction de plusieurs données, évènements ou névroses qui ont façonné, au fil du temps, leur nature… Je pense qu’il faut garder ça à l’esprit pour réussir à s’intéresser à des rôles qui, à l’instant T, peuvent nous paraître horribles. D’une certaine manière, il faut s’interdire de les juger… Au tout début, j’ai eu un peu de mal avec mon personnage dans La Perruche tant il est macho et condescendant ! Pour vivre « avec » lui pendant plusieurs mois, il est essentiel de déceler sa part d’humanité pour le supporter.

Exaspérant mais excitant…

C’est ça qui est très curieux dans l’espèce humaine ! Même quand on n’est que spectateur d’un film, on est souvent fasciné par le personnage le plus fou et bordeline car, en transgressant les codes, il est synonyme de liberté. C’est étrange mais il y a toujours quelque chose de jubilatoire à voir agir – dans une fiction – un méchant, un pervers ou un manipulateur car il est la somme de tout ce que l’on ne se permet pas.

Ça rejoint l’idée qu’on ne nait pas mauvais et qu’on a tous en nous cette attirance pour le mal…

Je suis pleinement d’accord avec ça et c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai toujours été contre la peine de mort… Je suis persuadé que c’est quelque chose qui excite notre instinct tueur et vengeur. On a tous cette envie d’exterminer ce qui est mauvais en nous et je crois que la peine de mort n’est qu’une manière d’avoir la sensation de se purifier, de s’exorciser du mal qui pourrait nous habiter… Bien sûr, j’ai des enfants et si quelqu’un venait à leur faire du mal, j’aurais sûrement un discours moins tolérant…

Sur scène, vous n’êtes que deux…

C’est assez chargé pour Barbara Schulz et moi car en effet, ça ne rentre pas et ça ne sort pas de tous les côtés pendant la pièce ! (rires) On est deux et ça nous oblige à être constamment attentifs et dans l’histoire, dans l’instant présent. C’est mentalement et physiquement intense  car on ne peut pas se relâcher quelques minutes en coulisses et puis ça s’ajoute à la pression de la scène… Mais c’est ce que j’adore ! On vit pleinement pendant une heure et demie, on est dans un tourbillon qui ressemble réellement au rythme de la vraie vie. Depuis quelques temps, je fais de la méditation et ça m’aide énormément à être dans l’instant présent, sans repenser au passé et sans se projeter en avant… Méditer ce n’est pas faire le vide, mais être pleinement conscient de tout ce qu’il se passe sans confondre toutes les pensées de jugement, de ruminement et d’anticipation avec une réalité qui est souvent – heureusement – bien moins dramatique qu’on ne la fantasme ! Je crois que la pleine conscience de soi et de ce qui nous entoure est le plus beau cadeau que l’on puisse se faire à soi-même…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo Quentin Caffier

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