- interview / cinéma / comédie
- le 18 novembre 2026 au cinéma / 1h32
- de Matthieu Rumani & Nicolas Slomka
- avec Kristin Scott Thomas, Guillermo Guiz, Pascale Arbillot, Bernard Le Coq, Panayotis Pascot, Jérémy Gillet…
« Camembert a tout pour devenir un film doudou ! »
Pascale Arbillot
Pour un tout premier long-métrage, le duo de réalisateurs Matthieu Rumani et Nicolas Slomka a fait fort en optant pour une forme périlleuse dans le 7ème art : la règle des trois unités héritée du théâtre classique. Un même lieu, une seule action, un temps réel, soit autant de risques de longueurs et de sorties de route… Mais au lieu de ça, « Camembert » – histoire chorale menée par un casting de haut vol (Kristin Scott Thomas, Pascale Arbillot, Alex Lutz, Guillermo Guiz, Bernard Le Coq ou encore Jérémy Gillet) – s’impose comme une comédie présentant tous les atouts pour devenir un indémodable du cinéma français ! Autour d’une traditionnelle et en apparence banale partie de Trivial Pursuit, va en réalité se jouer un équilibre familial finalement instable… Entre tensions, secrets révélés, condescendance, rancœurs, addiction ou maladie, ce petit bijou de film est aussi jouissif qu’audacieux !
Morgane Las Dit Peisson : On vous sent heureux de vous retrouver sur un festival comme « Cinéroman »…
Bernard Le Coq : C’est vrai qu’on a tissé des liens et qu’on avait très envie de se revoir. C’est un métier bizarre parce qu’on a l’impression que le fait de jouer des rôles rend la relation superficielle alors qu’il arrive très souvent que de réelles amitiés naissent d’un tournage.

Pascale Arbillot : Je crois que c’est d’autant plus vrai avec ce film-là, parce qu’on l’a vécu telle une troupe. C’était un huis clos, on tournait tout le temps tous ensemble donc on a passé une trentaine de jours les uns avec les autres, comme un collectif qui ne se quitte pas. C’est sûr que ça crée des liens à vie ! Et comme on a autant adoré le travail en lui-même que le film fini, ça a encore ajouté du bonheur à cette expérience. J’éprouve un tel plaisir à voir les autres à l’écran que je pourrais regarder Camembert des dizaines de fois ! (rires)
Dans le fond comme dans la forme, « Camembert » rappelle la maestria du « Prénom » et il a tout pour devenir, lui aussi, un classique…
Jérémy Gillet : C’est un sérieux compliment et c’est un peu ce qu’on espère aussi…
Pascale Arbillot : Honnêtement, en lisant le scénario, j’ai évidemment tout de suite été impressionnée par le niveau d’écriture de Matthieu Rumani et Nicolas Slomka, mais ce n’est qu’en voyant le film que j’ai pris la mesure de ce qu’on avait tourné ! En effet, comme Le prénom, il a de la rigueur, du rythme, des dialogues pointus, des retournements de situation, sans parler de la qualité cinématographique mais surtout, il m’a donné envie de le revoir, ce qui est très rare quand je fais partie du casting ! À chaque projection, j’ai ri à des endroits différents car il y a des finesses à chaque strate… C’est jubilatoire ! Si je n’avais été que spectatrice, je me serais très bien imaginée le regarder en famille régulièrement. Camembert a tout pour devenir un film doudou !

Bernard Le Coq : Matthieu et Nicolas font la différence parce qu’ils ont vraiment du style, une manière, une patte et, pour ne rien gâcher, ce sont humainement de bons petits gars ! (rires)

Jérémy Gillet : Et puis, il y a les thèmes, inépuisables… La famille, c’est comme l’amour, c’est un sujet que l’on peut sans cesse remuer pour créer de nouvelles choses et surtout, ça touche tout le monde. Alors évidemment, la comparaison avec Le prénom ou Le dîner de cons est flatteuse et on la doit autant au montage très fin qu’au ton acéré, à l’humour anglais, un peu pinçant, voire grinçant. Sans oublier que c’est une comédie certes, mais qu’elle repose sur des thématiques profondes comme le népotisme, les classes sociales, le mythe de la méritocratie, la maladie… Ce que j’adore dans Camembert c’est qu’il y a tout ça alors qu’on peut aussi décider de ne passer qu’un bon moment, tout simplement.
Bernard Le Coq : Toucher à tout ça avec légèreté, c’est absolument magnifique, c’est du grand art…

Un tournage particulier…
Jérémy Gillet : Il y avait vraiment une joie de voir les personnages se façonner en temps réel. Comme c’était un tournage choral, on oscillait entre être acteur et devenir spectateur de ce qui passait sous nos yeux…
Pascale Arbillot : En restant dans ce même décor ensemble, on a en effet fini par avoir la sensation d’être chez nous, comme à la maison… Ce qui ne nous a pas empêchés d’avoir le trac, autant pour nous que pour les autres ! (rires)

Jérémy Gillet : Pendant que je jouais ma partition, la bienveillance et l’écoute de mes partenaires m’ont porté. Bien que, quand c’est Kristin Scott Thomas qui te regarde, la première fois, ça t’intimide un peu ! (rires) Mais rapidement, j’ai vu l’humaine derrière la star. En vivant en vase clos comme ça, on se voit sous toutes les coutures et ça m’a aidé à désacraliser tous ces acteurs que j’admire… En revanche, lorsque je suis arrivé sur le plateau au début, je ne faisais pas le malin ! (rires)

On ne peut parler de famille sans penser à « Une famille formidable »…
Bernard Le Coq : Il y a eu, sur Camembert, quelque chose de cet ordre-là, en ultracondensé, qui m’a rappelé les 27 années passées avec cette bande de zozos ! (rires) Jouer aussi longtemps avec des gens qu’on aime et qu’on finit par connaître par cœur, c’est du plaisir à l’état pur mais ça procure également un sentiment de sécurité… Pour moi qui suis un grand traqueur, travailler dans de telles conditions est très rassurant ! Je ne fais pas de théâtre à cause de mon appréhension, mais l’aspect « troupe » me séduit énormément. J’ai d’ailleurs beaucoup appris au contact de tous mes petits camarades que j’ai admirés pendant le tournage du film. Ils ont tous eu une approche profonde de leurs rôles, et avoir eu le temps de les observer a été très nourrissant pour moi.
© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au festival Cinéroman pour Le Mensuel / Photo Léane Le Meur & Syspeo
