En tournée avec « Cavale », Cœur de pirate se confie en interview sur la peur d’être oubliée, sur la santé mentale et lève les tabous

Cœur de pirate en interview
© Maxime G Delisle

Béatrice Martin

Avec son 7ème opus « Cavale » et quelques-uns de ses titres phares – on pense à « Comme des enfants », « Pour un infidèle » ou « On s’aimera toujours » -, Béatrice Martin, alias Cœur de pirate, poursuit sa tournée sur les routes de France. Animée par plus de 15 ans de carrière et une relation privilégiée avec le public hexagonal, l’autrice, compositrice et interprète venue de la Belle Province savoure à chaque concert ce bonheur intense d’entrer en communion avec des salles combles… Car bien qu’on l’ait vue dépasser ses propres limites dans une émission de rénovation québécoise, c’est au piano et sur scène que ce petit bout de femme sensible et parfois torturé prend toute son ampleur, révélant tant ses forces que des failles aussi inéluctables que nécessaires. 

Morgane Las Dit Peisson : Dernière ligne droite de la tournée…

Béatrice Martin : Il me reste encore quelques dates, mais je suis sincèrement contente de pouvoir continuer à faire des spectacles en France. Ça fait déjà un petit moment que je tourne et je suis consciente que tout le monde n’a pas la chance de perdurer, alors j’en profite, tant que je suis en santé, capable de le faire et que les gens viennent. C’est très très cool, donc je savoure tout ça sans trop penser à la fin !

Cœur de pirate en interview
© Maxime G Delisle

« Pensées intrusives », au piano, sans artifice, parle de la crainte d’être oubliée…

Cette chanson se veut être une espèce de voix intérieure qui arrive lorsque tu fais de l’anxiété, une crise de panique ou que tu éprouves une peur irrationnelle, comme celle d’être oubliée par le public… J’ai des troubles obsessionnels compulsifs qui s’invitent dans ma vie de façon assez insidieuse, j’ai dû apprendre à vivre avec… J’ai voulu faire un genre de petit interlude sur ce sujet pour exprimer ce que je ressens vraiment quand ça ne va pas. Je suis toujours sincère envers mon public car je sais qu’on se respecte mutuellement. Certaines personnes peuvent se retrouver dans ce que je traverse alors j’espère qu’en me confiant, ça les aide à se sentir moins seules…

La France a d’ailleurs fait de la santé mentale une Grande Cause nationale…

C’est important de démocratiser ces sujets-là et qu’en tant qu’artistes, on y participe en osant montrer nos failles. On n’est pas sur un piédestal, on est juste des êtres humains et on vit la même chose que tout le monde. Il faut réaliser que les problèmes de santé mentale sont très communs et il est grand temps de lever les tabous autour de ça ! 

« Laisse-moi pleurer », c’est s’autoriser à aller mal dans une société qui a fait du bien-être un business…

C’est une chanson qui parle de ces sentiments naturels qu’on nous pousse à réprimer en effet, mais aussi du fait de les éprouver en faisant des métiers publics. Même si tu vis de gros drames, c’est « the show must go on ». Mais tu as raison, notre société nous ajoute une vraie pression en nous inculquant qu’il faut être cool et zen, qu’il faut étaler sur les réseaux sociaux que la vie est belle alors que ce n’est pas la réalité ! D’ailleurs, je suis persuadée que si tu ne connais pas de tristesse, tu ne peux pas apprécier à leur juste valeur les moments heureux.

« Cavale » c’est se sauver, en fuyant et en se retrouvant…

C’est exactement l’idée de ce titre. Quand tu fais de l’anxiété, tu veux t’enfuir, c’est une réaction naturelle chez l’être humain, un instinct primaire, un réflexe de survie et je trouvais ça beau de broder là-dessus…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Photo Maxime G Delisle

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