COUPS DE COEUR

« La sourde oreille » d’Anne de Kinkelin paru chez Harper Collins

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lecture / roman


La sourde oreille d’Anne de Kinkelin • Paru chez Harper Colins le 05 mai 2021 • 288 pages • Prix conseillé : 18.00 €


Les dessous des plus grands plats…

Née en France d’un couple d’immigrés japonais, Joséphine Ikeda, âgée d’à peine 25 ans, travaille déjà comme « chef de partie poissons » dans la cuisine d’une des plus grandes tables de Paris !

À la tête du ballet de cuistots, plongeurs, sauciers et commis qui forment sa « brigade », le Chef a généralement la réputation de ne pas être des plus commodes… Et ce n’est certainement pas celui dépeint par l’auteure Anne de Kinkelin dans La sourde oreille qui pourra nous convaincre du contraire. S’il faut lui obéir sans discuter et lui hurler « Oui Chef ! » à tout-va, celui-ci semblerait presque avoir droit de vie et de mort sur chacun des membres de son équipe… Bien loin des personnages pédagogues qui peuplent les émissions télé consacrées à l’art culinaire aujourd’hui, ce fort en gueule accumule les « qualités »… En plus d’être ingrat et insupportable en cuisine, il s’avère macho et misogyne en son for intérieur !

Un soir où une haute délégation japonaise dînera dans ce grand restaurant et félicitera Jo pour son extraordinaire plat de poissons, le Chef, hors de lui, la rouera de coups, l’insultera et la renverra de sa brigade sans que l’affaire ne fasse grand bruit…

À la suite de cette agression, Joséphine sera frappée d’un effet secondaire plutôt étonnant : la jeune femme développera une surdité sélective. N’entendant plus du tout les voix masculines alors que celles des femmes – ainsi que tous les autres sons du quotidien – lui restent parfaitement audibles, Jo va plonger dans une profonde dépression malgré le soutien indéfectible de ses deux amies… Elle rencontrera ensuite Ève qui milite contre les violences faites aux femmes mais aussi No, un cuistot vagabond qui ne la laisse pas complètement insensible… Bien entourée, Jo trouvera le moyen se venger de son bourreau et de donner un nouvel élan à sa carrière.

Évidemment, les faits sont poussés à leur paroxysme et le militantisme peut sembler un peu suranné à notre époque mais Anne de Kinkelin, avec ce livre, nous raconte malheureusement une histoire (malgré le surréalisme amusant de cette semi-surdité) qui pourrait être vraie. À travers le destin de Jo, elle nous rappelle combien nos acquis sont encore fragiles, elle nous tient en haleine et secoue nos sentiments. 

Pénétrez dans le monde de la haute gastronomie héritée d’Escoffier où de grands Chefs imbus de leur personne voient enfin leur petite gloriole et leur suprématie doucement s’étioler…

À consommer sans modération ! © Jean-Louis Las Dit Peisson

Résumé

Une ode aux femmes que l’on ne voit pas mais qui font la gastronomie. Joséphine Ikeda était prête à tout pour réaliser son rêve : travailler soixante-dix heures par semaine, gagner un salaire de misère, encaisser le mépris, les brimades, les moqueries. Cette fille de restaurateurs japonais exilés en Bretagne a gagné ses galons en devenant cheffe de partie poisson dans un étoilé parisien. Une spécialité peu prisée de la gent féminine, dans un monde à majorité masculine. En cuisine, comme partout ailleurs, il y a des codes. Quand ces codes sont prétextes à la violence, il y a un adage : « C’est le métier qui rentre. » À l’issue d’un dîner où son chef lui fera payer cher son talent, ordonnant son renvoi, la jeune prodige atteint ses limites physiques : perte partielle de l’audition. Les hommes, Joséphine Ikeda ne les entend plus. Passé l’effroi et dans l’espoir d’une guérison, une option : tout changer. Et ça commence par un aller simple pour la Bretagne.

 

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