- lecture / roman
- paru le 11 février 2026 chez Calmann-Lévy / 208 pages / 18.50€
Celui qui dort de Gilles Moinot, paru chez Calmann-Lévy
Une enquête à voix basse
Il y a 20 ans, Serge fondait avec une bande d’amis les éditions Brouillons et un magazine intellectuel consacré aux arts et à la littérature. Après avoir été le référent de Lucie lorsqu’elle préparait sa thèse, il en a fait son bras droit. Alors qu’un jour, il lui confie le vieil ouvrage d’un auteur méconnu (Simon Flour), écrit 40 ans auparavant, la jeune femme va mettre le doigt dans un engrenage en se lançant à sa recherche ! Dans ses pages, celui-ci évoque sa relation avec un homme, bien qu’en 76, l’homosexualité était encore considérée en France comme une pathologie psychiatrique… Il aura d’ailleurs fallu attendre 1992 pour qu’elle ne le soit plus ! Est-ce la raison de sa disparition ? Toujours est-il que la sensibilité et la profondeur de ses mots ont remué la petite équipe… Si Serge, homo également, s’y reconnaît peut-être par moments, Lucie voit se réveiller de douloureux souvenirs : ceux de son amour perdu, décédé dans un accident.

Sans cadavre ni violence, Gilles Moinot réussit pourtant à nous embarquer dans une véritable enquête où le suspense règne tant on crève d’envie, nous aussi, de percer le mystère… Puisqu’Internet ne livre aucune information, Lucie se met en rapport avec Martin Bouvreuil, l’éditeur de l’époque, pour en savoir davantage. Après avoir rencontré son compagnon – Gabriel Corti, un Uruguayen originaire de Montevideo, alias Celui qui dort – en Grèce, Simon l’aurait rejoint au Québec. C’est alors que la jeune femme découvre qu’il s’appelait en réalité Jean et qu’il serait parti à la recherche de Gabriel, après que celui-ci a rallié un groupe de réfugiés uruguayens opposés au régime militaire…
Malgré ses efforts, n’ayant pas su retrouver sa trace, elle finit par abandonner, jusqu’à ce qu’un jour, un vieil homme vienne l’aborder…
Si Gilles Moinot semble signer une histoire presque banale en surface, elle est en réalité traversée par des blessures profondes : les deuils que l’on ne parvient pas à refermer, les questions restées sans réponse, la place des homosexuels il n’y a pas si longtemps, entre bien-pensance et mouvements gays naissants. En arrière-plan résonne aussi le souvenir des dictatures qui ont secoué le Chili, l’Uruguay ou l’Argentine. Un récit intime, presque chuchoté, où l’enquête littéraire devient peu à peu une quête de vérité.
