INTERVIEW

Claudio Capéo en interview

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Devenu un véritable phénomène musical en quelques mois à peine, le titre du groupe Claudio Capéo Un homme debout – s’est infiltré dans tous les esprits au point de faire oublier à beaucoup qu’il n’est finalement qu’un unique extrait d’un album de douze autres morceaux qui méritent très sincèrement, eux aussi, d’être écoutés attentivement… Fort de la mise en lumière que sa participation à The Voice lui a apportée, Claudio Ruccolo – chanteur et accordéoniste – a su profiter de l’intérêt grandissant du public comme des professionnels pour révéler le travail que son groupe et lui avaient fourni ces neuf dernières années. Plus soudés que jamais, les cinq membres de Claudio Capéo – qui ne se sont pas laissés étourdir par cette récente médiatisation – ont choisi de continuer à porter ce projet ensemble, comme avant, et c’est donc entre amis musiciens mais également techniciens qu’ils sont actuellement en train de savourer sur les routes un succès bien mérité qui les emmène jour après jour à la rencontre d’un public dont ils n’auraient jamais osé rêver…

 

« CLAUDIO CAPÉO »

À Monaco le 29 avril

Au Mas des Escaravatiers de Puget sur Argens le 10 août

À Marseille le 30 novembre

 


« Être artiste, ça n’a profondément rien à voir avec le fait d’être célèbre… »


 

Morgane Las Dit Peisson : Tu es, avec ton groupe, en pleine tournée…

Claudio Ruccolo : Oui, c’est vraiment génial car on adore ça, on est entre potes et c’est cette ambiance là qui nous plait par dessus tout ! On vient de la scène alors on avait hâte de pouvoir y retourner et surtout d’avoir enfin l’occasion de rencontrer tout ce public qui nous porte depuis quelques mois !

Tu ne parles jamais à la 1ère personne du singulier…

Bien que Claudio soit mon prénom, Claudio Capéo est le nom de notre groupe. On l’a monté il y a neuf ans parce qu’on avait tout simplement envie de faire de la musique ensemble et c’est sous cette identité là que j’ai participé à The VoiceMais c’est cool de souligner que je ne suis pas seul car ce qu’on vit en ce moment c’est notre rêve de gosses à tous les cinq, pas uniquement le mien…

Neuf ans d’amitié et de travail, on tient comment ?

Sincèrement, notre amitié résiste car on se dit tout même si c’est négatif ! (rires) Et puis surtout, on s’aime, on est de vrais amis… Il y a trente ans, je faisais du vélo avec Xavier qui est à la batterie donc je crois que ce sont ces solides liens qui nous ont permis d’avancer ensemble et surtout qui nous permettent aujourd’hui de ne pas perdre la tête ! (rires)

Pendant longtemps, tu travaillais à côté…

Oui, j’ai fait pas mal de choses et comme mes camarades à ce moment là, je gagnais plutôt bien ma vie jusqu’à ce qu’on décide de tenter notre chance dans la musique… On a abandonné nos jobs pour se consacrer à notre passion mais ça n’a pas pris et au bout de deux ans, on s’est retrouvé à jouer dans le métro en faisant la manche ! (rires) On peut en rire parce que contrairement à d’autres, notre situation n’était pas dramatique mais c’est vrai que ça n’a pas été la période la plus facile.

Ça prouve que quand on a un rêve, il faut se donner les moyens d’essayer de le réaliser…

Exactement ! Il ne faut pas que les plus jeunes s’imaginent qu’il m’a suffit de passer dans The Voice pour « réussir », cette émission est puissante médiatiquement certes, mais sans travail de fond et sans passion, ça ne sert à rien d’y aller ! Être artiste, ça n’a profondément rien à voir avec le fait d’être célèbre…

Le titre Un homme debout est sûrement connu de 90% des français…

(rires) C’est complètement dingue ! Ça a été fait sans aucune prétention et ça a pris d’un coup ! Honnêtement, on ne pensait pas taper aussi fort en le sortant et ça nous a boosté pour travailler tous les autres titres. Cet album, c’est nous, nos goûts, notre histoire alors on est heureux d’avoir pu le réaliser dans des conditions aussi optimales, c’est une chance inouïe !

Un titre qui parle d’un homme SDF mais surtout du regard de l’autre et pire de l’absence de regard…

On avait envie depuis longtemps de raconter sur un album l’histoire d’un type qui a tout perdu et coïncidence, on a reçu un jour un texte qui racontait exactement ce parcours de vie là mais en moins dépressif ! (rires) On a eu un coup de coeur pour ces paroles parce qu’elles portent un regard juste et humain sur ces gens qu’on a finalement eu la chance de côtoyer dans le métro, ces personnes que l’on oublie ou que l’on ne veut pas voir de peur de réaliser que ça peut nous arriver à nous aussi… L’ignorance est encore pire que l’exclusion…

L’album s’achève sur Riche

C’est une chanson que j’ai voulu consacrer à mon fils de quatre ans, César… Car si j’ai la chance de pouvoir vivre mon rêve depuis quelques mois, c’est un peu au détriment de ce petit bout qui ne comprend pas pourquoi il ne me voit pas beaucoup… Grâce à ce morceau, j’espère que plus grand, il réalisera pourquoi j’aurais fait ça et surtout que même loin, je ne l’aurais jamais oublié. César, c’est le mec que j’aime le plus dans ma vie et il ne faudra jamais qu’il en doute !

L’accordéon…

Pourquoi pas ? (rires) Je suis tombé par hasard dessus, ça m’a intrigué, puis ça m’a plu… Par contre, ado, j’ai un peu regretté car franchement, tu passes pour un con quand tu fais de l’accordéon ! (rires) C’est un instrument à vent qui n’a pas besoin du souffle humain mais qui est très physique… C’est vrai que c’est un instrument un peu hybride entre son soufflet et ses claviers, c’est peut-être ça qui m’a attiré à l’époque… C’est en effet très physique, ça casse le dos, ça fait souffrir les doigts mais ça a quelque chose de très charnel du fait qu’on le porte tout contre soi et qu’on l’embrasse littéralement ! C’en est presque excitant ! (rires) Sérieusement, j’ai souvent l’impression que c’est un prolongement de moi-même parce que quand tu en joues, tu ressens tout, toutes les vibrations et tous les sons en toi…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo Yan Orhan 

Interview parue dans Le Mensuel de décembre 2016 n°376 éditions #1 et #2

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