- interview / spectacle / humour / stand-up / télé
- « À pleurer de rire » sur scène :
- Festival Mercredi Du Rire : 12 août 2026 / 21:00 / Fos-sur-Mer / Place des Producteurs
- Les Arts du Rire : 18 août 2026 / 21:00 / Ramatuelle / Théâtre de Verdure
- 18 septembre 2026 / 20:30 / Vidauban / Salle Polyculturelle
- ★ Mandelieu Comedy Festival : 01 novembre 2026 / 18:00 / Mandelieu-La Napoule / Centre Expo Congrès
- 21 novembre 2026 / 20:30 / Le Grau-du-Roi / Espace Jean Pierre Cassel
- 05 février 2027 / 20:30 / Saint-Laurent-du-Var / Espace Grappelli
- ★ 07 mai 2027 / 20:30 / Sainte-Maxime / Le Carré
- « Ça va bien se passer » prochainement sur France TV / drame / 1h30
- réalisation par Slimane-Baptiste Berhoun
- avec Mathieu Madenian, Léonie Simaga, Clément Deboeur…
« Je n’ai pas le droit d’être en colère, j’ai une belle vie… »
Mathieu Madénian
Bien qu’on pourrait penser qu’il monte sur scène sans le moindre effort tant il y est à l’aise, Mathieu Madénian ne s’aventure jamais dans un exercice en dilettante… En radio, en télé, sur les réseaux, en tournage ou sur les planches, le comédien aborde chaque projet, depuis une vingtaine d’années, avec un savant mélange de travail rigoureux, de simplicité, de talent (bien sûr) mais aussi de franc-parler ! Et si le public lui est fidèle à chacun de ses spectacles, il se plaît également à le suivre dans les différents rôles qui lui sont confiés en télé ou au cinéma…
Morgane Las Dit Peisson : Tu n’arrêtes pas de tourner…
Mathieu Madénian : À pleurer de rire tourne depuis un petit moment en effet… Il a fait un an à Paris, suivi d’une une tournée et là, je repars au moins jusqu’à L’Olympia d’avril ! Je passerai à un nouveau spectacle, je pense, début 2028…
La plupart des gens savent ce qu’ils vont faire jusqu’à la fin de leur vie et quel sera le montant de leur retraite ! Pour un artiste c’est surréaliste, alors j’estime que j’ai une chance incroyable de pouvoir me projeter à moyen terme. J’ai une vision à deux ans et, dans ce métier, c’est un luxe ! (rires)
Si tu joues, c’est que les gens se déplacent…
Dans ma carrière, il y a des hauts et des bas, il y a des spectacles qui marchent moins bien, celui-ci – je ne sais pas pourquoi – fonctionne encore mieux que les précédents… Ça fait partie du jeu. Le but, c’est d’essayer de durer… Tu peux faire un gros buzz une fois, mais être là 15 ou 20 ans plus tard, c’est une autre histoire ! (rires)
Un one-man qui part de ton regard de jeune papa sur la société…
Oui, il parle de tout en fait… La naissance du petit a été un prétexte pour décortiquer le monde dans lequel on vit. Si c’était pour aller sur la parentalité, il y a des gens qui le font beaucoup mieux que moi, et surtout, c’est un sujet qui me saoule ! (rires) Donc j’ai fait 20 minutes sur le gamin qui me permettent d’éclater dans tous les sens. Quand tu es parent, tu t’intéresses à l’avenir de ton enfant et autant dire que les inquiétudes sont si multiples que c’est du pain béni pour un humoriste…
L’actualité est encore plus anxiogène depuis que tu es père ?
Quand tu as un gamin, l’avantage, c’est que tu n’as plus le temps de regarder la télé, du coup, tu n’allumes plus BFM et tu ne sais pas ce qui se passe ! (rires) En revanche, puisqu’il a 3 ans, je peux te parler des problèmes de Peppa Pig et de l’âne Trotro, je suis incollable ! (rires)
Plus sérieusement, oui, c’est anxiogène… Tu te demandes si tu n’as pas fait une connerie en imposant à un enfant de vivre dans le monde actuel… D’ailleurs, la plupart des « bons » écolos te diraient que la première démarche écologique à suivre, c’est d’arrêter de se reproduire… Mais c’est tellement bien un gosse !
Ça a tout changé ?
Oui, ça change littéralement tout ! Et si quelqu’un te dit le contraire, c’est un enfoiré, c’est soit qu’il veut te piéger, soit qu’il ne s’en occupe pas ! Du jour au lendemain, rien n’est plus pareil… Tu t’aperçois que tu étais un mec super autocentré alors qu’une fois qu’il débarque, il n’y a plus que lui, il devient la base de tout. Pour te dire, je joue dans 10 minutes mais, dans ma tête, je suis déjà en train de me demander comment attraper des fourmis avec lui demain pour les observer à la loupe… (rires)
Les comédiens affirment souvent qu’ils ont gardé leur âme d’enfant, ça tombe bien…
Sa mère représente l’équilibre donc ça me permet, de mon côté, de faire le con ! (rires) Honnêtement, c’est assez jouissif d’avoir l’occasion de s’offrir un petit voyage dans le temps… Je lui ai ressorti mes anciens Playmobil, je lui raconte des histoires, on joue… On dit qu’on élève un enfant mais, malgré mes 50 ans, je peux te garantir qu’il m’éduque tout autant !

Dans le spectacle, il y a aussi tes observations sur la société et ses incohérences…
C’est quand même dingue ce qu’on vit… Je parle un peu de politique sur scène, mais « de haut » car je ne suis pas non plus très spécialiste dans le domaine… Quand tu vois, par exemple, tous ces hommes et ces femmes politiques qui ont un casier judiciaire, ce n’est pas possible ! Avant même de déployer des idées, avoir un casier vierge devrait être la première condition pour pouvoir espérer représenter le peuple… Pour être chauffeur Uber ou faire des frites au McDo, tu dois être clean !
Être exemplaire devrait être obligatoire. Ça paraît tellement con comme principe que ça ne fait que mettre en évidence la folie dans laquelle on vit…
On peut découvrir ton univers autant sur scène que sur tes réseaux…
Les réseaux sociaux sont devenus importants, ils sont désormais une partie du travail à ne pas négliger… C’est un vecteur au même titre que la télé, la scène ou la radio et c’est un exercice intéressant. Je le fais de façon un peu improvisée, j’y glisse des petites réflexions rigolotes ou des coups de gueule, même si je ne suis pas là pour donner des leçons. Mon premier but, c’est que ce soit marrant.
Une liberté de ton et de forme…
Je n’ai jamais eu de problème avec la liberté… J’ai toujours bossé, que ce soit chez Drucker ou chez Charlie Hebdo. J’ai fait le grand écart et jamais personne n’a contrôlé mes textes, jamais je n’ai été censurer. Je réalise que j’ai eu une chance monstrueuse, ce qui n’est malheureusement pas systématiquement le cas de tout le monde…
Quand tu nous parles de la société, c’est de l’agacement, de l’incompréhension ou de la colère ?
Je n’ai pas le droit d’être en colère, j’ai une belle vie, je la gagne bien en faisant un métier de passion mais en effet, notre monde m’interroge… Souvent, j’applique le principe de l’entonnoir inversé. Je pars d’un truc qui m’arrive et je l’élargis aux gens pour les concerner beaucoup plus. Si je restais au premier stade, ce serait de la psychothérapie et ça n’aurait aucun intérêt !
J’essaie de parler de sujets qui me touchent et qu’à la fin du spectacle, je puisse me regarder dans la glace.
Kader Aoun est toujours à tes côtés pour l’écriture…
Je suis assez fidèle donc quand ça marche, je n’ai aucune raison d’aller voir ailleurs ! C’est une aventure qu’on a commencée ensemble et qu’on finira sûrement ensemble.
On te retrouve également régulièrement comme « pur » comédien…
Oui, il y a eu dernièrement Rien ne t’efface et bientôt Ça va bien se passer, dans lequel je n’ai pas fait « que » jouer. Je ne l’ai pas coécrit, mais je l’ai imaginé. Ça parle de trois assistants sociaux dans la région de Marseille et je ne suis pas allé chercher l’idée très loin de moi puisque ma sœur et ma mère font ce métier. C’est un téléfilm produit par Quad Drama, qui sera diffusé sur France 2 l’année prochaine.
Les auteurs ont développé le thème, épaulés de ma mère et de ma sœur qui ont apporté des conseils pour l’écriture… C’est un des trucs dont je suis le plus fier, c’est une jolie histoire pour notre famille…
Ce n’est pas compliqué, quand on a l’habitude de jouer ses propres textes, de ne pas être tenté d’interférer ?
Non, c’est bien aussi d’avoir les mots de quelqu’un d’autre, de se laisser diriger… C’est presque « reposant » de ne pas avoir à s’autogérer et ça te permet d’apprendre plein de choses. Mais même si tu es téléguidé, c’est un peu flippant parce que tu sais que le mec a bossé sur son film pendant des mois… Tu as donc une immense responsabilité et tu le prends peut-être encore plus au sérieux que quand c’est ton projet à toi.
Assurer la clôture du quinquagénaire Festival de théâtre de Roquebrune-Cap-Martin, c’est aussi une responsabilité…
Je trouve ça chouette parce que je sais que ce n’est pas évident, surtout avec la politique culturelle que suit la France ces derniers temps, de maintenir un festival à flot… Le mien a été suspendu pour le moment, alors je suis bien placé pour savoir que ça demande énormément de travail et d’investissement de la part des organisateurs. Il faut avoir du cœur pour les faire durer, donc je suis heureux de faire partie des artistes qui ont le privilège de s’y produire…
© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson Festival de Théâtre de Roquebrune-Cap-Martin pour Le Mensuel


