« La vie est un rêve » de Brigite Piedfert paru chez Calmann-Levy, collection Ancrages
Quand la presse féminine défie son époque
Native de Montivilliers, près du Havre, Brigite Piedfert nourrit depuis toujours deux passions : sa Normandie et l’Espagne, dont elle a enseigné la langue pendant des années. Ajoutez à cela un goût prononcé pour l’Histoire et vous obtenez les ingrédients qui traversent une grande partie de ses romans…
Avec La vie est un rêve, direction Le Havre à la fin du Second Empire. Le port connaît alors une formidable expansion et la famille Dutilleul prospère grâce au négoce du café et du cacao. Edmond, le plus jeune fils, profite quant à lui de cette aisance en parfait dandy : voyages en Angleterre et en Allemagne, boxe anglaise et vie plutôt insouciante…

Jusqu’au jour où tout bascule. Après la disparition d’un ami qui avait créé un journal ouvertement hostile à Napoléon III et à qui il avait prêté de l’argent, Edmond rachète l’imprimerie et se lance dans un projet pour le moins audacieux : concevoir un magazine destiné à la gent féminine, entièrement écrit, composé et imprimé par des femmes.

Le Flambeau des Dames est né. Et forcément, en cette année 1870, l’idée ne plaît pas à tout le monde ! Edmond et ses rédactrices vont devoir affronter préjugés, résistances et quelques menaces bien plus inquiétantes. Pourtant, les lectrices sont au rendez-vous et les mentalités évoluent doucement dans une France en pleine transformation.

Mais l’Histoire va brutalement rattraper leur aventure. Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse suite à des frictions concernant le Trône d’Espagne. Très vite, le conflit bouleverse le pays et Le Havre se prépare au pire. Marchandises transférées vers l’Angleterre, mobilisation, pénuries… Jusqu’au papier et à l’encre qui commencent à cruellement manquer. Le Flambeau des Dames y survivra-t-il malgré le succès de son premier numéro ?
Comme à son habitude, l’écrivaine mêle fiction et réalité historique avec une belle précision, nous plongeant dans un XIXème siècle en pleine mutation. Si son journal féminin est imaginaire, le monde de la presse, la société havraise et les bouleversements de l’époque sont particulièrement bien restitués. Une histoire vivante, palpitante et documentée, portée par une idée aussi moderne qu’incongrue pour son temps et qui se lit avec autant de plaisir que de curiosité.


