INTERVIEW

Julie Zenatti en interview

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Désireuse de rappeler que les frontières terrestres que nous connaissons ne sont en réalité que l’héritage de nos diverses conquêtes passées mais en aucun cas le fruit d’une volonté divine ou fatidique, Julie Zenatti a décidé de revisiter des racines que – bien qu’on ait tendance à l’oublier – bon nombre de territoires ont en commun… En hébreux, en italien, en français ou en arabe, c’est dans un voyage au coeur de tout ce qui rapproche les pays qui bordent la Méditerranée que l’artiste, en véritable chef d’orchestre, a eu la féroce volonté de nous emmener. Accompagnée de douze autres interprètes aux origines aussi diverses et variées que celles qui font toute la grandeur de notre espèce, la chanteuse invite tant à la tolérance qu’au partage avec un projet collectif intitulé Méditerranéennes

 

“MÉDITERRANÉENNES”

Retrouvez l’album ici

 


« Cet album est un message d’amour, de tolérance et de paix… »


 

Morgane Las Dit Peisson : Méditerranéennes est un album collectif qui regroupe 13 artistes – dont tu fais partie – au total…

Julie Zenatti : C’est un projet magnifique qui a été un peu complexe à mettre en place pour des questions d’emplois du temps… Méditerranéennes a donc mis une petite année à voir le jour, à se mettre en place artistiquement, une année pour adapter les titres, essayer des choses, se tromper et parfois se surprendre… 

Ça te trottait dans la tête depuis longtemps ?

Je pense qu’en effet c’était une idée un peu larvée dans mon esprit, je n’avais pas vraiment conscience de la forme que ça pouvait prendre mais l’envie de partager un héritage et d’aller vers une musique qui a valeur de madeleine de Proust est quelque chose qui a finalement toujours été présent dans chacun de mes albums… 

Cet album arrive à un moment clef de notre Histoire…

Ce qui est certain, c’est qu’en tant qu’artiste mais avant tout en tant qu’humain, on est très influencé par ce qui nous entoure et par le monde dans lequel on vit. Avant d’être chanteuse, je suis une maman, une femme, une citoyenne et ce qui est sûr, c’est que dans le contexte actuel, l’idée de faire un album autour de la Méditerranée en compagnie d’artistes issus de cultures riches, belles et joyeuses est arrivé tout naturellement, au bon moment, mais n’est certainement pas le simple fruit du destin… Je crois que c’est l’inconscient qui a parlé puisque je ne crois pas véritablement au hasard…

On est habitué à voir le monde par les terres et les frontières mais cet album change l’axe de vue en mettant la mer au centre comme une immense patrie…

C’est exactement l’idée de cet album, d’ailleurs “Méditerranée” signifie bien “une mer entre deux terres”… Cette mer que l’on a en commun fait que même sans qu’on s’en aperçoive nécessairement, on a de nombreuses ressemblances et beaucoup de choses à se donner l’un l’autre… Je crois que si l’on est face à face, ce n’est pas pour rien. Cet album est un message d’amour, de tolérance et de paix qui j’espère saura s’élever un peu contre les évènements que l’on subit depuis deux ans et qui ont petit à petit déshumanisé, à nos yeux, certains pays méditerranéens. Il faut coûte que coûte se souvenir qu’ici ou là-bas, que d’un côté d’une frontière comme de l’autre, ce sont avant tout des êtres humains faits de chair et de sang qui y vivent, des gens qui ont un coeur, des sentiments et des enfants… Il ne faut jamais oublier ça à cause d’une poignée de cons fanatiques qui détournent des cultures ou des religions pour tenter de justifier leurs actes…

Le méditerranéen est joyeux, chaleureux, nostalgique et généreux… Tu as suivi cet exemple au point, sur certaines chansons, d’avoir préféré t’effacer pour laisser la place aux autres artistes… 

Pour moi Méditerranéennes, c’est toi, c’est moi, c’est lui, ce sont eux, c’est tout le monde mais ce n’est pas Julie Zenatti, c’est d’ailleurs pour ça qu’il est compliqué à promouvoir car – tout bêtement – on ne le trouve pas en magasin à la lettre Z mais à la lettre M… C’est réellement un collectif d’artistes et peut-être même qu’un autre album sortira un jour sans moi et sans Chimène Badi ou Lina El Arabi… Je n’ai été que l’investigatrice de l’idée, le chef d’orchestre de la réalisation mais l’album n’existe que grâce à tous ces gens qui y ont participé. De Slimane à Elisa Tovati en passant par Claudio Capéo et Enrico Macias, je les ai tous choisis pour les hommes et les femmes qu’ils sont avant tout. Au delà de leurs talents, ce sont des gens qui sont tournés vers l’autre, qui portent en eux une bienveillance, une curiosité et une liberté de parole qui peut soulager les craintes et combattre l’ignorance.

C’est l’ignorance qui nous éloigne…

C’est en effet l’ignorance qui nous sépare car elle amène avec elle son lot de peurs et on ne peut blâmer personne d’avoir peur pour son avenir et ses enfants… Il faut juste réussir à ne pas laisser nos craintes avoir le dernier mot car elles nous conduisent trop souvent à un repli sur nous-mêmes. On ne le dira jamais trop, il ne faut pas faire d’une minorité une généralité…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo DR

Interview parue dans Le Mensuel de mai 2017 n°381 éditions #1 et #2

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