INTERVIEW

Sabine Azéma en interview

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Si l’on connaît tous Sabine Azéma pour ses rôles dans les films Pas sur la bouche, Tanguy, On connaît la chanson, Le bonheur est dans le pré ou Un dimanche à la campagne qui lui a valu un César, c’est au théâtre que la comédienne a fait ses premiers pas. Fraîchement sortie du Conservatoire et réalisant après les vacances d’été qu’il lui fallait travailler, c’est, tel un conte de fées, que Claude Sainval, alors directeur de la Comédie des Champs-Élysées, l’a castée ! À l’affiche donc de La valse des toréadors de Jean Anouilh, c’est à Louis de Funès que celle qui fut surnommée « Fleur de trottoir » s’est retrouvée à donner la réplique !

Sabine Azéma au Musée Louis de Funès de Saint-Raphaël


« Le vrai talent, c’est avant tout de savoir surmonter son trac ! »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Une balade dans le Musée Louis de Funès…

SABINE AZÉMA : C’est une véritable réussite ! J’ai eu la chance de jouer ma toute première pièce de théâtre avec de Funès alors je ne peux qu’être émue de visiter cette exposition consacrée autant à l’homme qu’au comédien… On y découvre bien sûr son oeuvre et son jeu mais également ce qu’il avait dans le coeur, dans son âme et dans ses réflexions. C’est un musée sincère et populaire qui parle à tous car je crois qu’il n’y a pas une personne en France qui ne connaisse pas, ne serait-ce que de nom, de Funès…

On a tous un souvenir de de Funès…

C’est ça qui est magique avec lui, c’est qu’il a marqué nos vies. Personnellement, je lui dois mon premier fou rire au cinéma avec La grande vadrouille ! (rires) J’étais toute petite mais je me rappelle encore de ce rire qui transporte et qui fait du bien autant au corps qu’à l’esprit. Il n’y a finalement que très peu de comédiens qui en sont à ce point capables…

Une vivacité hors pair…

De Funès était d’une rapidité, d’une énergie et d’une folie incroyables ! Pendant que l’on jouait au théâtre – dix ans avant celle qui lui aura été fatale – il a fait une crise cardiaque tant il travaillait à un rythme perpétuellement effréné ! Mais bien que parfois je me dise qu’il faut faire attention et s’économiser pour ne pas mourir trop vite (rires), je finis toujours, comme tout comédien, à vivre intensément le moment présent…   

Un jeu unique…

Un comédien ne doit pas tricher en cherchant son propre rythme, il doit trouver ce qu’il est en mesure de donner… Tous les jeux peuvent devenir extraordinaires s’ils sont sincères, de Funès en est la preuve ! Alors que beaucoup font des grimaces et jouent faux, il a su dépasser toutes les bornes et les conventions pour façonner son propre registre… Si vous allez dans un cours d’art dramatique, on ne vous apprendra surtout pas à jouer comme ça ! (rires) C’était aussi surjoué que naturel et sans vanité, il fallait avoir le cran d’oser proposer ça à des réalisateurs ! À 60 ans, il faisait des culbutes, des galipettes, il courait dans tous les sens, il s’agitait… Ce n’était plus un enfant mais il avait la beauté de l’enfance et celle de l’instant. À un moment précis, il n’avait plus peur de rien et il osait… C’est un magnifique exemple de générosité à suivre quand on est comédien.

Un comédien exclusivement comique…

Et pourtant, on découvre à travers la visite du musée que c’était un homme des plus anxieux… La comédie était sûrement son exutoire. J’avais d’ailleurs été très surprise au théâtre de le découvrir angoissé. En coulisses on ne riait pas tellement, il s’enfermait dans sa loge et rentrait rapidement chez lui. Il était plus amoureux de la nature et des roses dans son jardin que des mondanités. On peut se surpasser sur scène en jouant pour un public tout en aimant la solitude et en ayant peur des gens…

À quel moment le comédien est-il le plus lui-même ?

Ça restera le plus grand mystère ! (rires) Je pense que chaque être humain est multiple mais que le comédien, contrairement aux autres, est incapable de ne faire exister au grand jour qu’une seule des facettes de sa personnalité… On peut être d’une timidité maladive tout en ressentant le besoin culotté de se présenter au plus grand nombre… C’est un mécanisme très curieux et assez inexplicable… Pourquoi se sent-on à l’aise en jouant devant des centaines d’inconnus alors qu’il suffit qu’un proche soit dans la salle pour que l’on perde nos moyens ? J’ai compris au fil de mes années de carrière que le vrai talent, c’est avant tout de savoir surmonter son trac ! (rires)

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Musée Louis de Funès de Saint-Raphaël • Photos droits réservés & Justine Delmotte / Ville de St-Raphaël


Interview parue dans les éditions n°409 #1, #2, #3 et #4 du mois de décembre 2019

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