INTERVIEW

Didier Gustin & Philippe Chevallier en interview

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Dans un restaurant de province plutôt cossu sorti tout droit de l’imaginaire de Patrick Sébastien, un député souffrant d’une crise aiguë d’honnêteté, ne se sent plus le courage de mentir à sa femme et à sa maîtresse… Les réunissant toutes deux à la même table pour peser le pour et le contre afin de prendre la meilleure décision possible, le pauvre homme incarné par Didier Gustin n’est pas prêt de rentrer dans le droit chemin s’il écoute tous les conseils du bavard et non moins intrusif sommelier campé quant à lui par un Philippe Chevallier aux notes explosives…

 

 

Didier Gustin & Philippe Chevallier

Le sommelier : Opéra de Toulon / 07 février

 


« S’apprécier permet toujours d’amener une pièce un peu plus loin… »


De retour au théâtre…

Philippe Chevallier : J’ai la chance d’être avec deux charmantes comédiennes  et un très grand acteur d’au moins 1m87 : Didier Gustin ! (rires) Nous formons tous les quatre un quatuor – ce qui n’étonnera normalement personne – pour interpréter Le sommelier ! C’est une pièce magique de Patrick Sébastien mise en scène par Olivier Lejeune pour qui j’ai énormément d’estime, de respect et d’affection.

Didier Gustin : C’est vrai qu’il faut bien choisir les projets que l’on accepte mais il faut aussi espérer que s’ils fonctionnent, la troupe s’entende bien ! Sincèrement, tous les quatre on se marre autant dans les loges que sur scène, c’est hyper important pour notre santé mentale mais aussi pour le bon déroulement de la pièce… Même si on doit jouer la comédie quoi qu’il arrive, s’apprécier et s’amuser ensemble permet toujours d’amener une pièce un peu plus loin. 

Une pièce Magique ? 

Philippe : Ah oui n’ayons pas peur des mots ! (rires) Cette pièce fait rire les gens de bout en bout, c’est assez divin… Et puis, elle a un petit côté Sacha Guitry, elle est très fine. Au premier abord, Patrick Sébastien peut avoir un aspect butor alors qu’il est en réalité une personne polymorphe, capable de tout et surtout du meilleur ! Quand j’ai eu le texte entre les mains, je l’ai lu d’une seule traite et je l’ai refermé en disant que je voulais le jouer ! Le grand public n’a peut-être pas immédiatement cette image de lui en tête mais Patrick est réellement un excellent auteur…

Didier : Patrick Sébastien écrit depuis le début de sa carrière. Il a écrit des spectacles, des émissions, des sketches, des livres, des pièces et même si on a l’impression de le connaître grâce à son travail en télé ou ses musiques de fête, il est avant tout une plume, il suffit de revoir sa pièce Le secret des cigales pour s’en persuader…

Des points communs entre cet auteur et toi… 

Didier : Il y a une espèce de filiation entre Patrick Sébastien et moi, j’ai d’ailleurs eu envie de faire ce métier après l’avoir vu sur scène… J’aime beaucoup ce monsieur, il a fait des choses extraordinaires que ce soit sur scène ou en télévision et j’ai énormément d’admiration pour lui. C’est un bourreau de travail, un vrai amoureux des artistes et ça, ça me plait… J’aime d’ailleurs énormément à la fin de chaque spectacle présenter tous les gens  – sur scène ou dans l’ombre – qui ont oeuvré à offrir une soirée de bonheur au public. C’est une tradition qui se perd de plus en plus au théâtre et je le regrette…

Le sommelier, une comédie de moeurs actuelle…

Philippe : Exactement ! On retrouve en toile de fond l’éternel triangle amoureux auquel se rajoute un trouble-fête : un sommelier joué par ma modeste personne… (rires) Le tout est enrichi par Didier qui a la capacité d’apporter une touche de music-hall dans son jeu grâce au député qu’il interprète et qui s’adonne de temps en temps à quelques imitations… Et puis, qui dit « député » dit « politique » ! (rires) C’est une thématique qui n’a jamais laissé de marbre l’auteur et qui passionne également énormément Didier et Olivier Lejeune qui s’en sont donnés à coeur joie pour ajouter des petits détails qui touchent à l’actualité et ça, c’est de l’or en barre !

Un triangle amoureux plutôt singulier… 

Philippe : C’est un malheureux député qui est comme l’âne de Buridan, il hésite entre sa femme et sa maîtresse. Plutôt que de conserver sa petite vie tranquille en profitant des deux, il va, dans un élan de gros surmoi ou de prise de conscience, se dire qu’il ne peut pas continuer ainsi et il choisit alors d’organiser un dîner au restaurant avec elles deux ! Pour une fois, l’homme adultère n’est pas pris en faute et ça change complètement la teneur de la pièce.

Un homme politique moral donc ? 

Philippe : C’est immoral et très moral en même temps puisqu’on se retrouve en effet avec un homme politique – d’un parti assez récent – pris de remords… Ça n’arrive tout de même pas tous les jours ! (rires) Malheureusement pour lui, au moment où il veut devenir honnête, il tombe dans les griffes d’un personnage assez intéressé par l’argent… Moi ! (rires) 

Un sommelier bavard…

Philippe : Mon sommelier tire les ficelles… C’est un filou, un gredin qui, moyennant une somme coquette et rondelette va se proposer de l’aider… J’ai bien aimé ce personnage et je suis rentré dedans assez vite. En revanche, le texte m’a, quant à lui, demandé plus de travail. Il est très charpenté, onctueux, riche et phrasé donc j’ai mis du temps à l’apprendre…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au festival Les Nuits Auréliennes de Fréjus • Photos droits réservés


Interview parue dans les éditions n°403 #1, #2, #3 et #4 du mois de mai 2019

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