INTERVIEW

Richard Berry en interview

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Depuis ces premiers pas au Conservatoire il y a cinquante ans, Richard Berry n’a cessé d’enchaîner les rôles au cinéma, en télé ou au théâtre jusqu’à endosser – par six fois – celui de réalisateur. Et si, de l’éclectisme de cette belle centaine d’expériences, le comédien peut nous donner l’impression d’avoir – au fil des années – tout exploré, il restait un domaine qui lui était encore pourtant étranger, celui du seul en scène… Attiré par ce défi de taille, Richard Berry a accepté de se jeter à corps perdu dans l’exercice périlleux, pointilleux, grisant et solitaire mais soutenu par des textes poignants : ceux qui ont permis à six avocats de plaider quelques-unes des plus grandes affaires judiciaires de notre pays…

 

RICHARD BERRY dans PLAIDORIES, JE VOUS DEMANDE L’IMPOSSIBLE

Festival de Ramatuelle / 10 août    Paris / 21 sept. > 02 décembre

Fréjus / 03 avril    Cannes / 04 avril    Grasse / 11 avril

 


« C’est terriblement excitant de ne dépendre de personne ! »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Dans Plaidoiries, on vous découvre pour la 1ère fois seul sur scène…

RICHARD BERRY : C’est véritablement un exercice à double tranchant car c’est à la fois terriblement excitant de ne dépendre de personne et extrêmement angoissant de savoir que le succès ou l’échec ne repose que sur vous ! J’ai la chance que ça se soit bien passé depuis le début et désormais, je n’éprouve que du plaisir ! Ça fait évidemment toujours peur chaque soir d’avoir à affronter, sans aucune défaillance, un texte pareil pendant une heure et demie mais c’est un challenge exaltant !

Vous auriez eu le courage de faire ça plus tôt dans votre carrière ?

J’aurais bien aimé avoir le courage et l’opportunité de le faire il y a dix ou quinze ans mais ça ne s’est pas présenté ! (rires) Pour Plaidoiries, il se trouve que beaucoup d’éléments étaient réunis tels que le thème qui m’a passionné grâce à toutes ces plaidoiries qui traitent de sujets de société qui ont bouleversé l’Histoire, le métier d’avocat qui, comme celui d’acteur, cherche à convaincre son auditoire et puis, bien sûr, l’expérience acquise au fil des années et sans laquelle je n’aurais certainement jamais osé me lancer dans une telle aventure !

On compare souvent les deux métiers…

Le seul grand point commun entre un comédien et un avocat est cet art de la conviction mais ce qui les distingue, c’est l’écriture et l’enjeu… L’avocat est en général son propre auteur donc ses propos engagent son point de vue et surtout, il a entre ses mains des vies humaines…

Six histoires, six plaidoiries, six avocats…

Même si je n’ai pas l’impression de composer sur scène six personnages différents, les mots de ces six avocats impliquent forcément une certainement façon de les défendre et de les jouer… Ce sont six affaires auxquelles j’ai été sensible car au vu de mon âge avancé (rires), je les ai toutes connues, y compris celle de Ranucci. Directement ou indirectement, je me suis senti concerné par les sujets qu’elles développent.

Des histoires vraies…

Quand je suis sur scène, j’en ressens encore, bien que le temps ait passé, la gravité… Ce sont des affaires qui résonnent encore dans la tête des spectateurs et bien souvent, s’ils ont oublié le verdict, ceux-ci se prennent au jeu comme des jurés. Leurs réactions dans la salle donnent parfois l’impression que tout est de nouveau remis en question et ça change chaque soir en fonction des âges et des intérêts de chacun puisque ça traite autant de terrorisme, d’infanticide, de banlieue que d’avortement…

La réalisation a permis à l’acteur de s’exprimer par lui-même ?

Absolument ! C’est bon de ne dépendre, de temps en temps, que de soi-même ! Je suis libre de choisir les sujets que j’aborde mais aussi la façon dont je vais les défendre… À travers le travail de réalisateur, on a accès à tout, de la mise en scène, au casting en passant par les costumes ou le jeu du comédien, c’est un pur exercice de création qui est, je dois bien l’avouer, très jouissif ! (rires)

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photos Céline Nieszawer

 


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Interview parue dans les éditions n°405 #1, #2, #3 et #4 spéciales été 2019

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