INTERVIEW

Piers Faccini en interview

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Plus qu’un simple album, l’auteur-compositeur-interprète anglais Piers Faccini s’est lancé, avec I dreamed an island, dans un audacieux projet conçu un peu comme un roman. Fruit de connaissances accumulées, de curiosités, de recherches et de sonorités héritées des différentes cultures que la Méditerranée a accueillies au fil des siècles, ce dernier opus nous invite à redécouvrir ce vaste territoire avec un nouveau regard…

⇒ À Mandelieu La Napoule le 17 mars 2017

 


« J’ai imaginé I dreamed an island comme une célébration d’un certain multiculturalisme… »


 


Morgane Las Dit Peisson : 
Vous semblez très attaché à la France…

Piers Faccini : Oui, je vis en France depuis 13 ans maintenant mais j’avais déjà eu l’occasion d’y habiter quelques années étant enfant. C’est d’ailleurs là que j’ai commencé à parler le français et c’est peut-être pour ça que je n’ai plus vraiment un accent typiquement anglais. J’ai choisi d’y revenir à 18 ans car j’avais à l’époque rencontré une jolie parisienne… (rires) 

Vous n’êtes venu que par amour ?

Ça été une sérieuse motivation mais j’avais également très envie de m’inscrire aux Beaux-Arts… Quand je me suis décidé, les examens d’entrée étaient clôturés mais j’ai découvert qu’il existait une ancienne tradition pour y entrer en auditeur libre : qu’un professeur aime ton travail et t’accepte. Du coup, j’ai débarqué avec mon porte-folio et on m’a donné une place. Deux ans plus tard, je suis rentré à Londres et au bout d’une dizaine d’années, après avoir rencontré ma femme, j’ai eu envie de me poser et de partir vivre à la campagne. On avait envie d’aller en Espagne et en cours de route on est tombé amoureux des Cévennes !

C’est la sérénité des paysages qui vous a conquis ?

On a élu domicile dans le sud des Cévennes grâce, en effet, à la beauté des paysages… C’est une région qui a une lumière magnifique, un climat méditerranéen, de l’espace et la force de la montagne. Là-bas, c’est la nature qui domine, c’est un endroit extrêmement riche où il y a peu de maisons et c’est exactement tout ce que je désirais…

Dans la composition et la création artistique, la communion avec la nature joue beaucoup ?

C’est vraiment quelque chose que je ressens fortement et c’est d’ailleurs pour ça  que je recherchais un lieu de ce type pour y installer un studio. Dans les bois, on n’entend plus les voitures qui passent mais juste les oiseaux, c’est magique même si c’est vrai que ça a été un grand écart pour moi qui ai habité presque toute ma vie dans le centre de Londres… Je suis quelqu’un de très extrême et je passe facilement du noir au blanc…

À l’écoute de l’album I dreamed an island, il y a à la fois une nostalgie et une inquiétude qui se dégagent en même temps qu’une certaine sérénité…

Ça me fait plaisir évidemment d’entendre ça car c’est dans cet état d’esprit que je l’ai conçu. J’ai imaginé I dreamed an island comme une célébration d’un certain multiculturalisme, une cohabitation de peuples de foi et de races différentes. Cette île est rêvée comme un endroit où l’on assisterait à une sorte de danse entre ces peuples et ces langues. Il y a quelque chose de très positif là-dedans mais il est très important de ne pas en faire une utopie pleinement idéaliste ! C’est pour ça qu’elle est tempérée par une certaine réalité qui nous rappelle ce que nous vivons aujourd’hui. C’est une vision que l’on pourrait avoir d’une Europe multiculturelle et tolérante… Je prends position pour défendre cette idée et ce désir car, contrairement à ce que l’on peut parfois entendre, nous avons toujours été multiculturels. 

C’est un voyage sans frontières de la Méditerranée…

C’est une sorte de thèse où j’essaye d’expliquer  ce qu’est un troubadour provençal et surtout d’où il vient… S’il est français à nos yeux aujourd’hui, il provient pourtant de l’age d’or arabe fondé par une dynastie syrienne. Ce n’est qu’un tout petit exemple mais dans notre identité et dans tout ce que nous célébrons, il y a toujours eu ce brassage des cultures et si nous décidons de fermer la porte à ce dialogue, nous devrons accepter un terrible appauvrissement… 

Cet album n’a pas qu’un intérêt musical…

J’ai en effet fait un blog parce que le contexte est assez complexe et que j’avais envie de partager des idées et des points de vue avec les gens. La musique a aussi cette dimension politique… Ça me permet d’aller plus loin et d’échanger avec les gens sur les morceaux bien sûr, mais aussi sur l’Histoire et l’actualité comme Trump ou le Brexit. Le piège, c’est d’oublier notre passé et nos origines et je pense qu’on vote pour Trump ou le Brexit quand on a commencé à oublier nos propres histoires…

Blog de Piers Faccini : www.idreamedanisland.com/fr

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo Olivier Metzger

Interview parue dans Le Mensuel de janvier 2017 n°377 éditions #1 et #2

 

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