INTERVIEW

Luc Langevin en interview

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À tout juste 36 ans et après avoir débuté sa carrière en télé il y a une douzaine d’années, le québécois Luc Langevin s’est lancé dans une seconde aventure scénique alliant ses deux domaines de prédilection : la science et la magie. Créateur de tours qui nécessitent presque tous la participation du public, l’illusionniste, en faisant disparaître et réapparaître à deux endroits différents un spectateur qui filme avec son téléphone l’expérience de l’intérieur, tend à prouver qu’il faut toujours garder un regard critique sur ce que notre propre cerveau est, en toute bonne foi, persuadé d’avoir perçu ! Se jouant des trompeuses apparences tout en invitant au mystère, Luc Langevin ravive l’imaginaire de chaque personne présente dans la salle…


« La plupart des numéros de magie ne fonctionnent que grâce à des principes scientifiques… »


MORGANE LAS DIT PEISSON Vous êtes assez proche de votre public, y compris sur les réseaux sociaux…

LUC LANGEVIN : J’essaye d’être authentique… On me dit beaucoup que je suis avec mon public comme je suis dans la vraie vie et c’est vrai que j’aime bien partager avec lui des tranches de vie et pas seulement de la promo. Ensuite, tout est une question de dosage car il est vital de tout de même garder un jardin secret. Par exemple, avec ma conjointe, on n’a jamais voulu montrer le visage de notre fils sur les réseaux sociaux…

Un jeune papa en tournée…

Ce n’est pas toujours facile alors on a instauré une règle ! (rires) Lorsque je pars plus de dix jours comme c’est le cas pour cette tournée française, ma petite famille vient avec moi. Mon fils n’a que quinze mois, il change de jour en jour en ce moment et je n’ai vraiment pas envie de rater cette période de sa vie ! C’est très difficile de me séparer de lui… 

Ça apporte un équilibre…

Exactement et d’ailleurs, ça me rend également meilleur performeur sur scène quand je sais que je vais retrouver les miens le soir, c’est très apaisant et rassurant. Même si la magie est une passion depuis que je suis enfant, je ne veux pas la laisser dévorer ma vie de famille et prendre le pas sur elle. 

Sur scène, on se doit d’être à 100%, c’est « pire » en magie…

En effet, je crois que c’est encore plus vrai en magie ! (rires) Le spectacle Maintenant demain est très interactif, je fais monter les gens sur scène et les choix qu’ils font influent sans cesse sur l’issue des numéros alors je ne peux jamais me permettre de me mettre en « pilote automatique » ! (rires) La concentration est la clef de la réussite alors il faut essayer de bannir au maximum tout stress et toute fatigue.

Au delà de l’intérêt du tour, il y a celui pour l’humain…

Oui chaque personne que je rencontre ou qui monte sur scène m’intéresse. Je tiens à les appeler par leurs prénoms, à leur poser des questions et à partager réellement un moment particulier avec chacun d’entre eux même si je ne dois jamais perdre de vue mon tour. Ça complique un peu la donne mais enchaîner des numéros de « démonstration » les uns derrière les autres ne me passionne pas plus que ça…

Maintenant demain

Il y a une trame narrative dans ce spectacle… À 30 ans, j’ai pris conscience que j’avais à peu près réalisé tous les rêves que j’entretenais depuis l’enfance alors je me suis demandé ce que j’allais faire. J’ai mis longtemps à trouver la réponse et j’ai voulu la partager avec le public. Quand on a ce que l’on a toujours espéré avoir, que faire « maintenant » et qu’attendre de « demain » ? Maintenant demain est un regard vers l’avenir et il y a d’ailleurs un numéro dans le spectacle où j’ai une conversation avec une version plus jeune de moi-même mais aussi avec une version plus âgée même s’il est impossible de prévoir l’avenir. Il y a des théories scientifiques qui prouvent que si l’on connaissait l’avenir,  on le transformerait immanquablement. Le futur nous échappe sans cesse et ce spectacle s’interroge sur la manière dont on peut aborder ce « demain » dont il est impossible de savoir de quoi il sera fait…

Il s’agit du 2nd spectacle…

J’ai débuté par la télé au Québec mais maintenant que j’ai goûté à la scène, j’avoue que c’est devenu une drogue ! (rires) La télé est un média que j’aime énormément et qui me permet d’explorer des tonnes de numéros et de concepts mais j’ai la sensation qu’il n’existe rien d’autre sur terre qui, comme la scène, offre autant d’énergie et de sensations ! Un spectacle, ce sont des centaines de personnes qui rient ou réagissent et c’est littéralement enivrant ! J’apprécie de plus en plus l’art de la scène et je crois que je ne pourrais plus, aujourd’hui, m’en passer !

Une magie dépoussiérée qui s’adresse autant aux adultes qu’aux enfants…

Il était temps, je crois, que la magie se mette au goût du jour en offrant des numéros que les adultes pouvaient apprécier car eux aussi ont besoin d’émerveillement.

La science…

J’ai toujours été curieux et eu besoin de comprendre comment les choses fonctionnent… Ça m’a d’abord amené à m’intéresser à la magie vers l’âge de six ou sept ans en voyant un magicien qui arrivait à faire des tours qui allaient à l’encontre, apparemment, des lois de la nature. Vers douze ans, alors que je me posais beaucoup de questions existentielles et que la philosophie et la réligion ne m’apportaient pas toutes les réponses, j’ai fait la connaissance de la science à l’école et j’ai vu en elle une manière d’expliquer le fonctionnement du monde. Je me suis aperçu plus tard de toutes les ramifications qu’il y avaient entre la magie et la science puisque la plupart des numéros de magie ne fonctionnent que grâce à des principes scientifiques…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photos DR

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Interview à paraître dans les éditions n°401 #1, #2 et #3 du mois de mars 2019

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