INTERVIEW

La Bajon en interview

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Comédienne formée au Cours Simon pendant trois ans, l’humoriste La Bajon en a conservé le sens du travail ainsi qu’un goût prononcé pour l’incarnation… Car bien qu’au fil des années elle ait développé une capacité naturelle à aller vers son public en s’adressant directement à lui depuis la scène, elle ne s’est jamais détournée du jeu à proprement parler. Créant sans cesse pour ses vidéos des personnages issus du peuple tels qu’une factrice, une infirmière, une cheminot, une femme de ménage ou bien des « puissants » comme l’avocate de Pénélope Fillon ou la plus riche héritière du pays, La Bajon, sur scène comme sur le web, entend bien dénoncer les abus – trop fréquents – de notre société…

 

 

La Bajon dans Vous couperez

La Ciotat / 07 juinToulon / 15 juin  

 


« J’aime surprendre les gens ! »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Le spectacle Vous couperez a une tendance à afficher complet…

LA BAJON : C’est fabuleux de voir que le public est au rendez-vous à chaque fois, de découvrir les petits messages qu’il me laisse sur les réseaux sociaux avant chaque date et de le rencontrer après les spectacles. Il me donne constamment des preuves d’amour, c’est aussi touchant qu’incroyable et ça me donne encore plus envie de jouer et de tout faire pour ne surtout pas le décevoir ! Je veux que les gens repartent en étant traumatisés bien sûr et en trouvant le spectacle meilleur que les vidéos ! (rires)

Des vidéos et un spectacle, deux entités…

J’aime surprendre les gens alors même si on retrouve évidemment l’univers des vidéos sur scène avec quelques sketches en format interview, le déroulé n’est pas le même. Il y a une véritable histoire avec un fil conducteur quasi cinématographique, une évolution et un dénouement. Je ne voulais pas d’une simple succession de sketches.

Des personnages qui rappellent que derrière l’humoriste se cache une comédienne…

On retrouve l’avocate, la femme de ménage, le facteur et le médecin mais je reviens constamment en tant que La Bajon pour casser le quatrième mur et m’adresser directement au public. J’aime ce mélange d’incarnation et de stand-up mais c’est vrai que ce qui m’anime le plus, ça reste le jeu…

Un large panel de personnages…

À l’origine, avec Vincent Leroy qui travaille avec moi, on ne parlait pas du tout de politique, on mettait en avant des métiers très différents les uns des autres. Nos personnages proviennent de tous les milieux sociaux professionnels car rien qu’en termes d’incarnation, c’est un pari d’être aussi drôle et crédible dans une personnalité très forte, puissante et cruelle qu’en se glissant dans la peau d’une personne plus modeste que l’on croise tous les jours. Leur véritable point commun est que généralement, ils sont très incompétents dans leur fonction et ça les rend, je trouve, encore plus drôles et attachants…

Ils ont en tous cas toujours quelque chose à dire…

Exactement, on a à coeur de leur donner la parole pour qu’ils puissent délivrer des messages de fond… Je me nourris maintenant pas mal de politique dans ce but là tout en prenant garde à ne pas tomber dans le piège de ne faire que ça. Les dernières vidéos ont d’ailleurs été faites sur les infirmiers et les spationautes pour nous éviter à nous-mêmes de nous enfermer dans un seul univers. On a la chance de faire beaucoup de vues sur le web alors on veut en faire profiter ceux que l’on n’entend pas assez…

Le nombre élevé de vues est une source de stress ?

On a toujours stressé alors oui ! (rires) Que l’on fasse beaucoup de vues ou non, quand on clique sur « Publier », on a envie que ça plaise mais surtout, on veut être fier du travail fourni. Il m’est arrivé de me faire critiquer mais, bien que ce ne soit jamais un plaisir, je ne l’ai jamais regretté car j’étais convaincue d’avoir été sincère et d’être allée au bout de ce que je voulais.

Désormais les femmes ont leur place dans l’humour…

Les mentalités ont heureusement énormément évolué ! Pendant longtemps, pour beaucoup, une femme ne pouvait pas être drôle et féminine à la fois alors qu’aujourd’hui, il se dit que les femmes peuvent se permettre, sur scène, d’aller plus loin que les hommes… Je ne sais pas si c’est vrai mais je remarque que l’on est de plus en plus nombreuses à oser l’ouvrir pour aborder des sujets pas toujours des plus faciles… Ce que les gens recherchent en humour, c’est avant tout je crois, une personnalité et une certaine folie.

Le rire a toujours été présent ?

Dans la vie de tous les jours, je suis une personne qui rit beaucoup… Ça fait partie de moi et même quand je suis triste, je finis toujours par rire ! Du coup, faire rire les autres est arrivé assez naturellement chez moi et ç’en est même devenu un besoin, presque une drogue !

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Palais de la Méditerranée de Nice • Photos Pascal Ito


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Interview parue dans les éditions n°404 #1, #2, #3 et #4 du mois de juin 2019

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