Keziah Jones en interview : « Se sentir chez soi est avant tout un état d’esprit ! » À retrouver en tournée…

Keziah Jones en interview
© Léane Le Meur

Keziah Jones

Entre Lagos et Paris, Keziah Jones poursuit son chemin musical avec sa guitare en bandoulière et cette liberté qui le caractérise depuis ses débuts… Inventeur du « Blufunk », un style bien à lui mêlant blues, funk et rythmes africains, le guitariste virtuose nigérian n’a jamais cessé d’explorer d’autres sonorités. Après un album live et de nombreuses tournées, il prépare un nouveau projet qui s’ouvre aux technologies numériques… Toujours aussi attaché à ses racines, mais résolument tourné vers l’avenir, il nous parle de sa musique, de son regard sur le Nigeria et de cette philosophie du « Blufunk » qui l’accompagne depuis ses premières années dans les rues et le métro londoniens…

Delphine Goby O’Brien : Un nouveau chapitre musical se dessine…

Keziah Jones : Oui ! Je prépare un nouvel album, déjà enregistré et mixé, qui devrait sortir d’ici la fin de l’année. C’est une musique très différente de ce que je faisais auparavant, avec des sonorités assez électros. C’est une autre façon d’aborder la composition, davantage à partir d’un concept que d’une performance instrumentale.

Keziah Jones en interview
© Léane Le Meur

Le « Blufunk », bien plus qu’un genre musical…

À l’origine, le Blufunk décrivait ma manière de jouer : je faisais tout en même temps, la basse, la guitare et les percussions ! Désormais, avec un vrai groupe sur scène, le style a évolué et ça s’est aussi métamorphosé en philosophie, en manière de penser et de faire face aux difficultés. Lorsque j’étais jeune et que je me produisais dans la rue, loin de chez moi, sans argent, il fallait trouver comment se débrouiller dans un environnement sans règles ni repères. C’est ainsi qu’est née cette philosophie, encore plus nécessaire aujourd’hui, dans ce monde devenu plus complexe et plus déroutant que jamais…

Évoluer entre Lagos et Paris…

J’ai toujours dit que se sentir chez soi était avant tout un état d’esprit ! Mais oui, j’ai ma maison à Lagos, avec un petit studio que j’ai installé pour travailler. C’est un équipement assez simple, mais j’y ai mes livres, mes instruments. Je vis aussi à Paris car j’aime être en France et y donner des concerts. Ce pays a été l’un des premiers endroits à apprécier mon travail. J’y ai toujours reçu un très bon accueil, et c’est pour cette raison que je reviens régulièrement, avec l’envie de présenter quelque chose de nouveau au public.

La musique africaine rayonne dans le monde entier…

Le Nigeria compte une population immense et très jeune, qui utilise les nouvelles technologies pour faire entendre ses mélodies et son art partout dans le monde. Internet a largement contribué à effacer les frontières entre les genres musicaux, favorisant ainsi la découverte des musiques de ce continent. Avant, dans les magasins de disques, on trouvait essentiellement du rock et de la pop. Pour dénicher du jazz, du blues, du gospel ou de la musique africaine, il fallait farfouiller au fond de la boutique ! (rires) Pourtant, tous ces styles avaient profondément influencé le rock et la pop ! Aujourd’hui, avec le streaming, ces catégories sont beaucoup moins cloisonnées, permettant de rencontrer plus facilement d’autres sons.

Mais l’influence des mélodies africaines ne date pas d’hier. Le jazz, le blues, le funk et le gospel, qui se sont développés en Amérique, ont des racines qui remontent à la côte ouest-africaine…

© Propos recueillis par Delphine Goby O’Brien à Jazz à Juan pour Le Mensuel / Photo Léane Le Meur

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