INTERVIEW

Fabien Olicard en interview

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Quand on entend le terme youtubeur, on a souvent tendance à penser à une influenceuse écervelée s’étant donnée pour mission de tester des produits de beauté ou à un jeune geek boutonneux sans vie sociale offrant ses conseils sur le dernier jeu vidéo à la mode au point d’en oublier que si YouTube apparait comme une finalité pour certains, elle est restée, pour la majeure partie des artistes qui s’en servent, une plateforme d’expression et d’exposition, un média tel que peuvent l’être la télé, la radio ou la presse papier. Et Fabien Olicard, mentaliste et humoriste passionné par la scène fait partie de ceux-là… Car bien qu’il déploie des moyens, un sérieux et une énergie dans la réalisation de vidéos sur internet, le jeune homme n’a pas pour autant choisi de rester enfermé dans cette réalité virtuelle. Donnant des conférences, écrivant des ouvrages, imaginant des spectacles et organisant même des chasses au trésor, c’est au contact des gens, en chair et en os, que cet amoureux de « l’autre » s’accomplit pleinement…

 


« On ne choisit pas de devenir mentaliste… »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Pour Performance d’Acteur, tu prépares un spectacle particulier…

Fabien Olicard : C’est un tel honneur de participer au plus vieux festival d’humour français pour célébrer ses 40 ans que ça méritait bien que je concocte quelque chose d’original… Fabrice Laurent, le directeur, était venu me voir à L’Olympia où j’avais choisi de faire passer avant moi non pas une, mais trois premières parties et l’idée l’a séduit. On est donc parti sur cette idée que l’on a pas mal améliorée ! J’ai invité quatre personnes qui vont présenter un extrait de leurs spectacles avant qu’elles n’interviennent dans le mien…

4 autres artistes donc…

Lola Dubini est une chanteuse fabuleuse qui a, en plus, la chance d’être extrêmement drôle ; Swann Périssé a, quant à elle, un humour féminin très engagé ; Céline H fait plutôt dans le burlesque et le cartoonesque bien qu’elle ait un vrai regard sur la vie et Max Bird est, en plus d’un ami, un passionné de culture générale qui arrive à rendre hilarant l’affrontement entre Isis et Osiris ! Ce qu’il fait est génial, il y a un réel jeu de comédien, du mime, de l’Histoire, de la science, de l’anachronisme… Son spectacle est une véritable pépite ! Je les ai tous connus sur scène avant qu’ils ne s’expriment, comme moi, sur YouTube alors je n’ai pas eu peur de mettre sur pied cette soirée avec eux ! (rires) Par contre, je ne me verrais pas faire monter sur les planches quelqu’un qui n’a pas ça en lui et qui n’a pas arpenté les plus petites salles de spectacle pour se roder… La scène est un vrai métier qui ne s’improvise pas !

 

Une soirée en deux actes…

Oui, après le spectacle, on va organiser un grand meet-up avec le public ! Pendant plus d’une heure et demie, on prolongera la soirée dans la salle pour discuter avec les spectateurs car les croiser pour faire un selfie c’est bien, mais prendre le temps d’échanger avec eux, c’est mieux ! Évidemment, on ne gardera pas les gens en otage après le spectacle mais on serait ravis qu’ils restent avec nous pour partager ce moment si spécial et convivial ! 

Ça demande à redoubler d’énergie et d’attention…

J’ai l’habitude de le faire seul et en effet, je considère presque cette partie comme un second spectacle car il ne faut pas relâcher la pression ! Il est essentiel de rester alerte, attentif et disponible, c’est d’ailleurs pourquoi je ne m’accorde pas plus de dix minutes de pause en loges entre les deux, je ne veux surtout pas courir le risque que l’énergie retombe ! Il faut à la fois rester dans son « personnage » scénique et prêter attention sincèrement à chaque personne avec qui tu entres en conversation donc c’est quelque chose que tu ne peux pas feindre, il est impossible d’être « à moitié » là. Alors quand je ressors de ces trois ou quatre heures intenses, je t’avoue que je suis en PLS dès que je me pose ! (rires)

Le mentalisme c’est une passion pour l’humain…

Je crois qu’on ne peut pas faire de mentalisme ou de lecture non verbale si on n’aime pas profondément « l’autre » car pour s’adonner à ce genre d’exercice, il faut être très à l’écoute… Quand on est, comme maintenant, en conversation, 85% de celle-ci passe par autre chose que les mots et leur sens. Tout le reste passe par les attitudes, les expressions du visage, les intonations, le langage corporel alors si on n’est pas pleinement intéressé par notre interlocuteur, on perd une grande partie de ses intentions et donc on est dans l’incapacité de se lancer dans de véritables déductions. 

Le mentalisme s’est imposé à toi ?

C’est un peu ça, en tous cas, on ne choisit pas de devenir mentaliste… Depuis tout petit, je m’intéresse à tout ce qui touche au domaine du cognitif, de l’illusionnisme et de la mémoire mais sans savoir quoi en faire spécialement ! (rires) J’ai eu envie de faire de la scène mon métier et j’ai ensuite décidé, tout simplement, d’y faire ce que j’aimais… Ça a donné du mentalisme et de l’humour ! (rires) J’adore bluffer les gens, les inciter à se bluffer eux-mêmes et j’aime pardessus-tout les mystères et les histoires mais comme j’ai toujours eu tendance à faire rire mon auditoire, j’ai compris que je pouvais abandonner le côté ésotérique ! (rires)

Une démarche pédagogique…

S’instruire par le divertissement me plait énormément ! Tous les mammifères apprennent, expérimentent et retiennent des choses grâce au jeu, l’être humain aussi… En tous cas, jusqu’à ce qu’on l’installe dans une salle pour écouter un professeur sans rien expérimenter ! Je suis persuadé que ce n’est pas la bonne méthode et c’est pour ça que je réalise de nombreuses vidéos truffées de conseils et d’astuces comme celle qui propose des moyens mnémotechniques à essayer chez soi. Je suis passionné par la découverte, j’aime être épaté et je n’ai qu’une envie à chaque fois, c’est de dire à tout le monde ce sur quoi je viens de tomber ! (rires) Du coup, je ne cherche pas à être particulièrement pédagogue, je ne me sens pas investi d’une quelconque mission, je suis juste « relou » ! (rires) Quand, par exemple, je donne quelques trucs au public pour qu’il réussisse à deviner à quelle carte pense un spectateur, c’est juste un kif énorme pour moi de voir tous ses yeux ébahis d’avoir trouver la bonne réponse…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Hard Rock Café de Nice • Photos Laura Gilli

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Interview parue dans les éditions n°402 #1, #2, #3 et #4 du mois d’avril 2019

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