INTERVIEW

Davy Sardou & Xavier Lemaire en interview

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Attirant toujours les foules après plus d’un an et demi de représentations, la pièce Signé Dumas – mise en scène par Tristan Petitgirard qui souhaitait la remonter – retrace, dans une unité parfaite de temps, de lieu et d’action, la querelle qui a creusé un gouffre entre l’un des auteurs les plus populaires en France et son « nègre »… Tel un couple donnant naissance à des enfants, Alexandre Dumas et Auguste Maquet ont, à eux deux en effet, façonné quelques chefs-d’oeuvre de la littérature française comme Les trois Mousquetaires, La Reine Margot ou encore Le Comte de Monte-Cristo, jusqu’à ce que cette brouille fasse exploser ce binôme dont l’efficacité avait pourtant été prouvée au vu du succès des romans… Incarnés sur les planches par Xavier Lemaire et Davy Sardou, ces co-parents se livrent à une joute verbale savoureuse imaginée par Cyril Gely et Eric Rouquette.

 

 

Davy Sardou & Xavier Lemaire, Signé Dumas

Rousset / 07 janvier • La Ciotat / 08 janvier • L’Aggloscènes / Saint-Raphaël / 11 février

 


« C’est une manière de fuir la mort… »


Signé Dumas rencontre un succès indéniable…

Davy Sardou : Je pense que Signé Dumas est une pièce qui connaît le succès grâce aux différents éléments qui la composent… On a un sujet historique, deux personnages qui ont réellement existé – dont un très connu – et on dévoile une vérité que peu connaissent. Je crois que ça intéresse toujours les gens de découvrir l’envers du décor.

Deux personnages aux caractères très opposés…

Davy : Auguste Maquet – que j’incarne – est très effacé au début de la pièce. Il est au service de l’autre, il est là pour son bien-être et son succès mais, suite à un évènement, il va finalement se révéler beaucoup moins docile et soumis qu’il n’y paraissait… J’aime ces êtres de l’ombre, ces faux héros qui dévoilent petit à petit toutes les facettes de leur personnalité. C’est très intéressant à regarder mais aussi très agréable à jouer car ils offrent souvent de beaux « parcours » de jeu. Auguste Maquet va, en une heure et demie, connaître un véritable bouleversement de vie !

Xavier Lemaire : Alexandre Dumas est jouissif à jouer ! (rires) Il est complètement mégalomane, fantasque et tempétueux, je ne supporterais pas au quotidien ! (rires) Par contre, c’est amusant que Tristan Petitgirard – le metteur en scène – ait pensé à moi pour ce rôle car il me poursuit depuis longtemps… On m’a souvent dit que je ressemblais – physiquement j’espère (rires) – à Dumas et sur scène c’est passionnant d’incarner ce caractère fort et exhubérant qui fait face à un personnage aussi implacable et tout en intériorité qu’est Maquet… Il est épuisant et exige une énergie folle mais c’est un cadeau inestimable pour un acteur !

Metteur en scène et comédien…

Xavier : J’adore par-dessus tout être comédien ! D’ailleurs on entre souvent dans la maison du théâtre par l’art de l’acteur et une fois qu’on y est, on découvre les autres portes que sont celles de l’écriture, de la mise en scène ou de la production… Ça fait du bien de s’y adonner car c’est parfois difficile de ne dépendre que du désir des autres…

Le jeu, une envie de toujours…

Xavier : Oh oui ! J’avais à peine quatre ans que je rêvais déjà de devenir acteur ! (rires) Par contre, je n’ai pas rêvé une carrière, elle s’est dessinée naturellement, petit à petit… Je n’aurais pas, je crois, aimé être une star de cinéma, ça ne m’a jamais tenté. J’ai préféré mettre toute mon énergie dans le théâtre, alors quand j’endosse un costume comme celui d’Alexandre Dumas, je ne peux que me réjouir ! C’est le Graal !

D’où vient ce besoin de changer de peau ?

Xavier : Je crois qu’il y a plusieurs raisons à ça… Évidemment, « jouer » la comédie est un héritage de l’enfance mais je crois aussi que c’est une manière de fuir la mort… Le théâtre permet une surcharge de vie ! On la duplique en se glissant dans différents personnages, on la brave en – après chaque petite mort qu’est une fin de représentation -, reconstruisant l’histoire dès le lendemain, et puis on la ressent intensément chaque soir en « s’obligeant » à éprouver des émotions parfois très fortes auxquelles on ne se confronterait pas dans nos existences… C’est curieux mais très exutoire et thérapeutique, et ça me permet d’ailleurs d’être beaucoup plus apaisé dans ma vie à moi…

Une unité de temps…

Davy : Je trouve ça formidable que la pièce représente le temps de l’échange entre ces deux hommes car ça ajoute une tension dans l’évolution du conflit… Signé Dumas retrace cette heure et demie où la vie d’Alexandre Dumas a changé…

Une pièce qui fait réfléchir sur l’utilité de chacun…

Davy : Tout à fait, ça crée de la réflexion sur tous ces métiers de l’ombre qui sont rarement reconnus et puis, de par le contexte historique, on a un débat politique qui fait écho à ce que l’on connaît actuellement. La pièce se déroule en pleine Révolution et il y a tout ce débat sur les insurgés et la Monarchie qui vacille. D’ailleurs les auteurs Cyril Gély et Eric Rouquette se sont servis du vrai discours de Tocqueville à l’Assemblée pour faire dire à Maquet que le peuple souffre, qu’il est dans la rue, qu’il en a marre et lorsque l’on jouait l’hiver dernier à Paris pendant les évènements des gilets jaunes, il y avait une résonance politique terrible alors que deux siècles séparent ces deux périodes !

Dumas, plus réalisateur avant l’heure qu’usurpateur…

Davy : On dirait aujourd’hui d’Alexandre Dumas qu’il est un showrunner, quelqu’un qui crée un concept d’émission ou de série et qui ensuite s’entoure de scénaristes pour travailler. Ils en font peut-être « plus » au quotidien mais sans ce nom en tête d’affiche, ils n’auraient pas de boulot. La grosse différence désormais c’est que, grâce à des gens comme Auguste Maquet, les droits d’auteur sont mieux défendus aujourd’hui qu’ils ne l’étaient au 19ème siècle. D’ailleurs, lui y a été pour beaucoup car il s’est battu, en tant que président de la SACD, pour la reconnaissance de ces auteurs « fantômes »…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson à Vallauris • Photos droits réservés


Interview parue dans les éditions n°410 #1, #2, #3 et #4 du mois de janvier 2020

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