Arthur Dupont en interview pour le film « Une fille en or »

  • interview / cinéma / comédie / romance
  • le 15 avril 2026 au cinéma / 1h26
  • de Jean-Luc Gaget
  • avec Pauline Clément, Arthur Dupont, Émilie Caen

« On rêve tous de faire illusion… »

Bien qu’il soit en train de finaliser son 1er album (dont le titre « Respirer » est déjà disponible), Arthur Dupont n’abandonne pas l’art du jeu. Après « Bus Palladium », « Ma famille t’adore déjà », « L’outsider » ou encore « Les petits meurtres d’Agatha Christie », l’acteur a craqué pour « Une fille en or », une comédie romantique teintée de quelques pointes d’humour potache. Sous les traits de Paul, chef d’entreprise tyrannique, antipathique mais surtout névrosé, il donne la réplique à Pauline Clément, avec qui il façonne un duo plein de charme, de singularité et de pudeur. 

Vous semblez prendre un plaisir fou à tourner…

Arthur Dupont : Ce que j’aime quand on tourne et qu’on joue avec la caméra, c’est qu’on est dans un travail chirurgical. C’est ce sens du détail que j’affectionne particulièrement, mais aussi le décor, les costumes, la lumière… Car si le cinéma est un art visuel, narratif et poétique, c’est avant tout une création très artisanale. Il y a tellement de métiers entre l’image et le son, qu’être un des ingrédients de cette cuisine-là me procure un immense plaisir. La seule chose qui manque sur un plateau, c’est le public !

Vous êtes d’ailleurs revenu au théâtre après une longue absence…

Je n’avais plus fait de théâtre pendant 15 ans, mais quand j’y suis retourné pour Oublie-moi, j’ai pris un plaisir fou et j’ai renoué avec un trac différent de d’habitude. La scène, c’est l’obligation du lâcher-prise, c’est se jeter dans le bain et s’adapter à la température, c’est faire corps.

C’est quelque chose d’un peu métaphysique… On n’est plus tout à fait soi, on n’est pas tout à fait quelqu’un d’autre, mais on est dans l’instant pur, au service d’une histoire, avec des gens en face à qui on doit l’honnêteté, la sincérité et l’exigence. On n’a pas le droit de se planter et si on se plante, c’est le présent qui prend le relais. Comme dans la vraie vie, on doit trouver des pirouettes pour s’en sortir, car on ne peut pas s’arrêter pour refaire une prise…

Dans « Une fille en or », votre personnage n’est pas des plus agréables, tout comme dans « Les petits meurtres d’Agatha Christie »…

Et pourtant, je suis quelqu’un de très aimable au point que le réalisateur d’Une fille en or – Jean-Luc Gaget – me trouvait trop sympathique pour jouer le rôle de Paul ! (rires) 

Avec l’inspecteur Beretta dans Les petits meurtres, il y avait quelque chose qui tenait plus du bagout, une envie d’en découdre et de séduire. Et puis il était l’homme de son époque, des années 70… Il était un peu macho avec une espèce de bêtise assumée, un mélange de naïveté, de vraie sincérité, de bravoure, de courage et de ridicule qui le rendait quand même touchant. Je me suis éclaté à explorer ce personnage et cette manière d’être

Dans Une fille en or, Paul est beaucoup plus sombre… Il est taciturne, il fait la gueule tout le temps, il n’est pas drôle et il ne va pas bien. Comme il est très malheureux et qu’il n’accepte pas de l’être auprès des autres, il préfère être dur afin que personne n’ait envie de gratter sous la surface… C’est un personnage qui est tellement loin de ce que j’avais déjà connu que j’ai vraiment voulu relever le défi ! Et puis, quand on part à la découverte d’un rôle, on se rencontre toujours un peu soi-même…

Un personnage en retrait, qui observe et reste dans le contrôle…

Sa boîte de vidéosurveillance le résume à merveille… Il veut tout savoir, tout maîtriser, tout voir, y compris ce qui ne se voit pas en faisant appel à la voyance… C’est là qu’on comprend qu’il y a en réalité une grande peur chez lui et une immense fragilité. Il y a une incapacité à accepter l’incertitude de la vie, alors que c’est ça qui en fait toute sa beauté. Est-il devenu comme ça parce que sa femme l’a quitté ou l’a-t-elle quitté parce qu’il était comme ça ? Moi, je me suis imaginé, en le façonnant, que cette rupture n’avait été qu’un révélateur de ce qui l’empêchait d’être joyeux et léger. Le fait de s’être fait larguer le replace simplement dans une solitude qui l’oblige à se regarder dans le miroir… 

Un personnage qui va heureusement évoluer, dans sa tête et dans sa gestuelle…

Ça a été un travail de chaque instant de réussir à être, physiquement, dans la raideur de ce personnage-là, et surtout de réussir à le faire évoluer par petites touches. Il fallait qu’on arrive, avec Pauline Clément, à le faire se frotter aux codes de la comédie romantique sans le dénaturer, par bribes… Dans Une fille en or, on n’est pas dans de grandes déclarations et ça doit rester très délicat, car ce sont deux inadaptés sociaux. Il est dans l’incapacité de dire ce qu’il pense et ce qu’il aime, tandis qu’elle, elle se libère en étant maladroite et en disant des choses que personne n’assumerait ! (rires) Elle devient presque témoin de ce qu’elle dit sans pouvoir se maîtriser. Bien que ça puisse apparaître comme un handicap, c’est bizarrement sa force, c’est ce qui exaspère Paul au début, et qui va finir par le fasciner…

Vous parlez de vos rôles avec beaucoup de passion et de gourmandise…

C’est vrai que j’adore décortiquer les personnages que j’ai à incarner parce que j’aime l’idée d’avoir à les créer. Il y a plein d’acteurs qui sont pris pour ce qu’ils sont et qui tirent le personnage à eux, parce que c’est ce qu’on attend d’eux. Ce n’est pas de la fainéantise, c’est la rançon du succès ! Certains sont tellement populaires que le public ne veut pas les voir disparaître derrière un rôle alors que moi, mon plaisir, c’est d’être capable de faire croire que le mec que je joue existe vraiment. Je veux qu’il soit là en chair et en os, comme s’il vivait indépendamment de moi.

Mais je pense que c’est le fantasme de tout comédien, y compris de celui qui est choisi pour ce qu’il est dans la vraie vie… On rêve tous de faire illusion…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson aux Rencontres Cinématographiques de Cannes pour Le Mensuel / Photo Klaudia Kaczmarczyk

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