Patrick Fiori en interview avec Jean Menconi pour le concert « Corsu Mezu Mezu » au Vélodrome

Patrick Fiori en interview avec Jean Menconi
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Si Patrick Fiori arpentera les routes cet été avec ses propres morceaux, c’est pour son concert « Corsu Mezu Mezu » qu’il investira le mythique Vélodrome de Marseille le 23 mai prochain ! Soirée de tous les superlatifs, celle-ci réunira pas moins de 1000 personnes à la logistique, 5000 choristes, un orchestre philharmonique et 130 artistes corses et continentauxqui n’ont pas hésité un instant à suivre le chanteur dans ce projet aussi unique que pharaonique ! De Francis Cabrel à Florent Pagny en passant par A Filetta, Marc Lavoine, Voce Ventu, Patrick Bruel, Bénabar, Jean-Louis Aubert, Jenifer, Il Cello ou Carla Bruni, tous partageront leur passion et leur vision d’une terre magnétique, sauvage et généreuse…

Morgane Las Dit Peisson : Merci de m’accueillir dans votre prochaine demeure, au Vélodrome de Marseille…

Patrick Fiori : C’est impressionnant d’être dans un endroit aussi emblématique de cette ville – Marseille – qui a toujours été tellement accueillante et qui m’a vu grandir… C’est assez particulier de se retrouver ici…

Patrick Fiori en interview avec Jean Menconi
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Ce concert – « Corsu Mezu Mezu » – à Marseille sera encore plus riche de sens que le 1er

Patrick : C’est vrai que, par rapport au 1er « Corsu Mezu Mezu » à Paris, il y aura toute une symbolique en plus. Car si Marseille est ma ville natale, mes origines maternelles sont corses. La boucle sera en quelque sorte bouclée ! (rires) On aurait pu débuter l’aventure ici, mais je trouvais intéressant d’ajouter un petit défi supplémentaire en organisant le 1er concert à La Défense Arena, avant de redescendre dans le sud. Je pensais que ce serait compliqué d’attirer le public parisien dans cet exercice hybride, mais il m’a rapidement fait mentir ! (rires)

Ici, on est à la « maison » mais c’est un autre challenge qui nous attend car dans ce stade, on est dans le poumon, dans le cœur de Marseille. C’est un lieu qui vit au rythme de ses matchs et de ses évènements, qui a vu passer une multitude de tensions et de bonheurs, un lieu où je venais enfant. C’est assez récent d’y programmer des spectacles alors la complexité ne réside plus dans la crainte que la proposition ne parle pas aux spectateurs, mais plus dans les défis techniques qui sont colossaux ! 

Les chiffres donnent en effet le vertige…

Patrick : Complètement ! (rires) À Paris, il y avait déjà 25 000 personnes, 1000 choristes et un bon nombre de chanteurs mais là, on est passé à la vitesse supérieure en termes d’effectifs, d’artistes, de mise en scène, d’infrastructure… Ça va être extraordinaire mais pour que ça le soit, ça représente un travail titanesque pour chaque équipe.

Patrick Fiori en interview avec Jean Menconi
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Un projet qui se prépare depuis longtemps…

Patrick : Ça fait deux ans qu’on est sur l’organisation, le plus compliqué étant de jongler avec la disponibilité de chacun. Concrètement, on y est depuis le 1er concert. Rabah Houia de chez Sud Concerts – qui coproduit le spectacle – m’a annoncé 3 minutes avant le coup d’envoi à La Défense Arena, que le stade était réservé ! Je n’avais qu’une hâte, c’était de pouvoir le dire à tout le monde à la fin du show ! (rires) Entre-temps, ça a été l’occasion de rencontrer d’autres artistes de la nouvelle scène insulaire mais aussi du continent, ce qui explique qu’on soit si nombreux à se réunir le 23 mai prochain…

On aura en effet des milliers d’artistes sur scène…

Patrick : J’ai encore du mal à le réaliser tellement les chiffres donnent le tournis mais oui, il y aura 5000 choristes, 130 chanteurs, un orchestre philharmonique, une place de village reconstituée dans le Vélodrome… La Corse va avoir la dimension culturelle qu’elle mérite !

3 albums réunis sur scène…

Patrick : Je suis si heureux de pouvoir partager au plus grand nombre toutes ces magnifiques chansons qui ont bercé toute notre enfance et qui vont être interprétées par des artistes venant des quatre coins de France, et même d’ailleurs ! Sans oublier les créations et quelques surprises…

L’occasion de partager une musique, certes, mais surtout une culture, une philosophie et des traditions…

Jean Menconi : C’est exactement ce que les gens ressentent quand on va chanter à l’étranger. À l’issue des concerts, ils nous remercient de les avoir fait voyager en leur transmettant une partie de notre état d’esprit et de notre savoir-faire. C’est vrai qu’on a beau représenter un « petit » territoire, on est toujours très bien accueillis, même en dehors de nos frontières.

Patrick : À l’heure où tout se divise, nous on additionne, on rassemble et c’est ça qui est chouette. Je suis sincèrement heureux que des artistes comme Francis Cabrel, Julien Clerc ou Soprano aient accepté de faire la démarche de chanter en corse car, au-delà du travail et du temps que ça exige, ça met un joli coup de projecteur sur cette culture encore trop méconnue ou parfois caricaturée.

Tous ont de telles carrières qu’ils n’ont pas besoin de se prêter au jeu, ils en ont juste envie et ça c’est le plus beau cadeau… Bien qu’elle fasse partie de notre pays, la Corse interroge, on se demande qui elle est réellement, par quoi elle est passée et ce qu’elle désire… Je ne suis certainement pas le plus objectif quant à cette île, mais je pense pouvoir affirmer qu’elle est véritablement envoûtante et intéressante

Le chant en Corse est une tradition orale qu’on a perdue sur le continent…

Jean : Chez nous, on n’a ni honte ni peur de chanter. C’est un moyen d’expression comme un autre. Cette tradition de la polyphonie nous vient des confréries qui chantaient dans les églises, tandis que le chant nous a été léguée par les bergers qui correspondaient à distance pour parler de la vie courante, voire pour s’engueuler ! (rires) Les polyphonies, quant à elles, sont très vieilles et existent dans le monde entier mais c’est vrai qu’elles sont essentielles dans le chant corse, qui a été déposé à l’Unesco. Et même si, en tant qu’artistes, on peut faire de la variété corse, de la pop, du rock ou n’importe quoi d’autre, on a toujours à cœur de défendre ce patrimoine. C’est pour ça que le concert du 23 mai restera dans l’Histoire…

Patrick : Ça fait un peu peur quand il dit ça ! (rires)

Patrick, tu es le chef d’orchestre de ce projet…

Patrick : C’est un rêve d’enfant ce qui est en train de se passer… C’est dingue ! Ça peut paraître un peu fleur bleue mais j’ai, dès tout petit, imaginé tout ça… Comme quoi, il faut être patient dans la vie, savoir attendre le bon moment, y croire, avoir envie et travailler sans cesse… Faire chanter tous ces gens ensemble et leur trouver le morceau qui leur correspond, ce n’est pas du hasard, c’est du cousu main. Il faut être profondément amoureux des artistes pour savoir exactement ce qui leur collera à la peau instantanément, sans dénaturer ni le titre ni l’interprète… C’est pour ça que, même si j’aime chanter de tout mon cœur, je prends un plaisir monstre en œuvrant dans l’ombre…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson à l’Orange Vélodrome de Marseille pour Le Mensuel / Photos DR

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