INTERVIEW

Les Choristes en interview

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Réalisateur du film à succès Les Choristes, Christophe Barratier a fini par se laisser séduire par l’idée d’adapter son oeuvre cinématographique à la scène… Sous les traits d’un spectacle musical mêlant tant la musique que la comédie et le chant, cette nouvelle lecture de l’histoire semble finalement tomber sous le sens tant l’esthétisme et la musicalité du long-métrage s’y prêtaient. Après avoir séduit le public parisien qui les retrouvera d’ailleurs en début d’année prochaine, c’est en tournée que les six comédiens et une quizaine d’enfants issus du choeur de la Maîtrise des Hauts-de-Seine refont vivre en ce moment l’histoire de Clément Mathieu, ce professeur de musique devenu surveillant de jeunes garçons difficiles. Croyant profondément au pouvoir rédempteur de ces sept notes qui depuis la nuit des temps inspirent, séduisent et soulagent chaque être humain, il va changer le cours de la vie de ces jeunes grâce à la patience et la passion…

 

À Nice le 13 octobre 2017 • À Marseille le 14 octobre 2017


« J’ai presque envie de refaire le film maintenant que j’ai mis sur pied le spectacle ! »


Morgane Las Dit Peisson : Partir en tournée avec le spectacle Les Choristes est une première…

Victor Le Blond (rôle de Mondain) : Je dois avouer que je suis un peu stressé à l’idée d’entamer la tournée car ça va bousculer les habitudes que l’on avait prises aux Folies Bergère à Paris mais d’un autre côté, c’est très excitant de se dire que l’on va pouvoir partir à la rencontre de publics différents chaque soir !

Ton personnage – Mondain – est un adolescent alors que tu es âgé de 20 ans… 

Victor : Bizarrement, j’ai réussi assez facilement à me replonger dans l’adolescence pour interpréter le rôle le Mondain… Je crois que c’est en grande partie dû au fait que dans le film Les Choristes, le personnage qui me parlait le plus quand il est sorti, était celui-ci… C’est une grande chance pour moi de l’interpréter !

Pourquoi le personnage que tu campes te plaisait-il tant ? 

Victor : Mondain est un personnage qui arrive à peu près au milieu de la pièce et qui apparait comme l’élément perturbateur… C’est un mauvais garçon, un être violent qui vient déranger la vie de l’internat mais qui, malgré tout, suscite de nombreuses interrogations sur les raisons qui l’ont poussé à devenir comme ça… L’air de rien, il y a un petit soupçon d’humanité dans ce personnage et c’est justement ça qui est passionnant à jouer.

Jusque là, tu étais plus habitué au jeu devant la caméra…

Victor : J’ai commencé par le cinéma puis j’ai pu faire un peu de télé mais ce spectacle est ma toute première expérience en comédie musicale avec du jeu certes, mais aussi une petite partie chantée… (rires) Je ne suis pas chanteur du tout mais un coach vocal – Baptiste Famery -, m’a énormément accompagné pendant la préparation du spectacle donc je m’en sors à peu près bien ! (rires) Par contre, c’est une magnifique aventure, c’est très chouette de pouvoir se confronter au spectacle vivant, à la scène et au public, c’est nouveau pour moi mais ça me plait énormément !

Depuis l’an dernier, Les Choristes connait une nouvelle vie…

Christophe Barratier (metteur en scène) : Quand on m’a proposé d’adapter Les Choristes en comédie musicale, j’ai pas mal travaillé de façon à ne surtout pas « photocopier » les pages du scénario car une oeuvre, pour exister au théâtre, doit répondre à des critères bien précis… Par contre, c’est vrai que la transposition est restée très fidèle au point que parfois, j’ai la sensation que c’est le film qui a été adapté de la pièce ! (rires) Je ne suis peut-être pas objectif mais sur les planches, le résultat est aussi naturel que saisissant et réussit à ne pas tendre vers une comparaison avec le long-métrage.

L’histoire est presque devenue une sorte de « classique »…

Christophe : J’ai la sensation, au fil du temps, que les personnages comme celui de Clément Mathieu sont devenus plus forts que ceux qui les ont interprétés… Les gens viennent non pas voir un artiste mais une histoire, un peu comme un Tintin ou un Astérix et ça, pour un réalisateur et désormais metteur en scène, c’est très touchant.

Les chansons doivent prendre une toute autre dimension sur scène…

Christophe : Les morceaux sont évidemment les mêmes que dans le film mais ils vivent inévitablement de façon différente puisque – contrairement aux versions enregistrées à la perfection en studio -, là, chaque soir, ils sont sublimés par une cinquantaine de mouflets et trois solistes qui alternent en raison de la législation sur le travail des enfants… La scène est magique car elle est imprévisible, surtout avec de si jeunes interprètes ! C’est d’ailleurs presque incroyable d’observer l’impact qu’ils peuvent avoir sur le public…

Adapter le film tombait, pour vous, sous le sens ?

Christophe : Non ce n’était vraiment pas une évidence pour moi de créer ce nouveau volet… En tous cas, ce qui était sûr, c’est qu’il était hors de question de faire une suite des Choristes un jour ! Alors j’ai réfléchi avant d’accepter ce projet et surtout, j’ai pris une dizaine de jours pour me replonger dans la réécriture afin de me rendre compte de ce que ça pouvait donner. J’ai pris un tel plaisir dans cette phase de réflexion que c’est à ce moment là que c’est devenu une véritable évidence !

Le choix des acteurs, après un si gros succès, a été compliqué ? 

Christophe : Je ne voulais pas reprendre les acteurs qui avaient fait la réussite du film pour ne pas donner l’impression au public qu’il ne s’agissait que d’un vulgaire produit dérivé destiné à faire des entrées. Je voulais qu’il ait des surprises tout en restant dans une certaine continuité… C’est pour cette raison qu’il y a de nombreuses similitudes entre les différents Clément Mathieu qui ont existé au cinéma et sur scène. Gérard Jugnot, que j’ai choisi pour Les Choristes en 2004, n’était pas aux antipodes de Noël-Noël qui incarnait quant à lui le rôle dans la première version de 1945 intitulée La Cage aux rossignols et sur scène, Jean-Louis Barcelona s’inscrit à merveille dans cette même veine.

Travailler avec des enfants est particulièrement compliqué ?

Christophe : Justement non ! Une fois qu’on les a bien choisis en fonction des typologies de personnages que l’on recherche, c’est souvent plus facile d’avancer sereinement avec des enfants qu’avec certains adultes ! (rires)

Le résultat sur les planches est tel que vous l’aviez imaginé ?

Christophe : Je crois même qu’il dépasse toutes mes attentes ! (rires) Certains personnages – notamment le professeur de mathématiques  et le gardien – sont, en tous cas j’en ai l’impression, plus intéressants dans la pièce qu’ils ne l’étaient dans le film… Les faire renaître sur scène m’a vraiment permis de les retravailler et de leur apporter plus d’émotions et de profondeur… J’ai presque envie de refaire le film maintenant que j’ai mis sur pied le spectacle ! (rires)

© Propos recueillis par Delphine Goby O’Brien • Photos Bruno Barabazan

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