INTERVIEW

Slimane en interview

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Ressorti vainqueur de la cinquième saison de The Voice l’an dernier, Slimane, dont la carrière a indéniablement décollé depuis, ne cesse de parcourir les routes pour rencontrer ce public qui, en moins d’un an, est devenu le sien. Armé de son tout premier album À bout de rêves, l’auteur-compositeur-interprète savoure en effet à chaque date de tournée le bonheur que c’est de voir des salles pleines reprendre en choeur des morceaux qu’il n’a pas façonnés en sortant de l’émission, mais pendant la décennie qui a précédé ce joli coup de pouce du destin…

 

« À BOUT DE RÊVES »

À Monaco le 14 avril

 


« Sur scène, quand on reçoit autant d’amour, c’est compliqué de contenir ses larmes… »


 

Morgane Las Dit Peisson : La tournée a l’air de très bien se passer…

Slimane :  Oui et c’est même parfois difficile de le réaliser car ce que je suis en train de vivre en ce moment a vraiment été un rêve d’enfant… Les gens sont présents, ils connaissent mes chansons, les chantent avec moi et sincèrement, c’est aussi bouleversant qu’indescriptible ! J’ai l’immense chance que le public soit festif, attentif et qu’il vienne de tous les horizons… Plus que des concerts, ce sont de véritables rassemblements d’êtres humains et c’est incroyablement beau à voir. Je n’aurais pu imaginer pouvoir vivre quelque chose d’aussi intense un jour, ça fait de moi le plus heureux des hommes ! (rires)

Face à tant d’émotions chaque soir, tu arrives à ne pas pleurer ?

On nous a toujours inculqué dans nos sociétés qu’un homme fort était un être imperturbable alors que pour moi, la force au contraire, c’est d’oser pleurer et exprimer sa sensibilité. Cacher ses sentiments, je crois que c’est fuir la réalité… Et puis, c’est vrai que sur scène, quand on reçoit autant d’amour, c’est compliqué de contenir ses larmes surtout que je ne peux pas m’empêcher – quand je vois une salle pleine, debout, en train d’applaudir – de repenser au chemin parcouru aux côtés de mon pianiste avec qui je chante depuis que j’ai 16 ans. Ensemble, on a joué dans des bars où l’on ne demandait même pas à être payés alors aujourd’hui, quand je nous vois sur scène, c’est un mélange de bonheur, de satisfaction et de reconnaissance envers la vie et envers les gens…

C’est important de rappeler, pour les plus jeunes, qu’il y a eu des années de travail avant le passage par The Voice

J’essaye d’en parler le plus possible parce qu’effectivement, à part quelques rares exceptions comme Louane ou Kendji, l’émission ne fait que mettre en lumière des années de labeur et de remise en question. Quand j’ai sorti mon album À bout de rêves juste après The Voice, beaucoup de gens ont trouvé qu’il était sorti rapidement alors qu’en réalité, ça faisait 10 ans que je travaillais dessus et que j’attendais d’avoir la possibilité de le sortir ! (rires) C’est bien, je pense, de le rappeler car on a tendance à faire trop de raccourcis et à laisser croire que c’est la télé qui « fait » les artistes… 

C’est compliqué de rester serein quand le succès arrive ?

Je pense que je m’en sors bien car j’ai la chance que ça arrive maintenant, après ce parcours… J’ai vraiment conscience de ce que je vis, j’ai un recul sur les choses et je ne l »aurais peut-être  pas eu à 18 ans… (rires) Je m’efforce de ne pas me laisser tourner la tête pour ne rien avoir à regretter plus tard et surtout je respecte chaque instant et chaque personne dont je croise la route… Être connu tout à coup, c’est très agréable mais un peu étrange aussi, alors je fais tout mon possible pour conserver un maximum de moments de « normalité » avec mes amis et ma famille pour ne jamais me déconnecter de la réalité. 

Le titre Frérot est un message fort pour la jeune génération…

J’avais envie, dans ce morceau, d’exprimer tous ces moments où l’on s’inquiète pour les gens qu’on aime, en particulier les plus jeunes dont l’éducation est de plus en plus compliquée et de cet instant où l’on a l’impression de ne plus pouvoir maîtriser ce que l’autre devient. Voir partir à la dérive un de ses proches sans qu’il nous laisse lui venir en aide, c’est douloureux et dramatique… Guider les jeunes, c’est le rôle des adultes mais aussi des artistes… IAM, pour moi, a été un grand frère spirituel et j’espère à mon tour pouvoir véhiculer des valeurs à travers ma musique.

Tes parents t’ont toujours soutenu…

J’ai eu cette chance et je les en remercie… Je les admire énormément car s’ils m’ont en effet toujours accompagné, ils ont été très respectueux et ne m’ont jamais poussé non plus… J’ai pu faire mes propres choix, sans aucune pression et dès 19 ans, je suis parti de la maison pour vivre de ma musique.

L’album s’intitule À bout de rêves

Comme « à bout de force »… Avant que je vive le tourbillon de The Voice, je vivais uniquement pour mes chansons, sans limite, jusqu’à parfois ne plus en pouvoir physiquement… L’expression « passion dévorante » est terriblement juste car ça nous porte autant que ça nous bouffe de l’intérieur quand on aime quelque chose aussi fort…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo Samir Bahrir

Interview parue dans Le Mensuel d’avril 2017 n°380 éditions #1 et #2

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