INTERVIEW

Vincent Lindon et François Damiens en interview

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Conscients que le cinéma vit actuellement une crise sans pareil et que sans effort de part et d’autre – acteurs, productions, public, presse… – on risque de finir par voir se fermer les salles une à une, Vincent Lindon et François Damiens ont tenu à – un peu comme leurs personnages – se faire un road-trip plutôt sportif qui les emmène parfois jusque dans trois villes différentes par jour ! Cousins à l’écran dans le nouveau film de Jan Kounen, les deux comédiens ont été séduits – comme le public – par la finesse avec laquelle le réalisateur nous fait pénétrer certes dans la relation houleuse et distante de ces deux hommes que les caractères opposent – un chef d’entreprise submergé de responsabilités et un contemplatif à la sensibilité exacerbée – mais aussi dans leurs subconscients, leurs failles, leur rapport à l’enfance et leurs faux-semblants…

Vincent Lindon & François Damiens, « Mon cousin »

Film de Jan Kounen en salle à partir du 30 septembre


« Il était impensable de rester tranquillement chez nous,dans notre tour d’ivoire… »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Pour présenter le film Mon cousin, vous vous êtes lancés dans une véritable tournée d’avant-premières…

VINCENT LINDON : J’ai l’impression que c’est de plus en plus courant que des équipes de film fassent ce genre de tournée. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion d’en faire mais j’ai tenu – tout comme François – à partir sur les routes pour présenter Mon cousin de ville en ville pour une raison très précise. Bien sûr la première motivation est que j’adore ce film – même si ça devient presque banal de dire qu’on a aimé faire ce qu’on a fait – mais si on a tenu à être présents, c’est par solidarité… Les gens viennent, font un pas pour essayer de relancer le cinéma et faire en sorte que la fréquentation en salles reprenne alors pour François comme pour moi, il était impensable de rester tranquillement chez nous, dans notre tour d’ivoire, en attendant que seul le public fasse un effort ! C’est une question de respect que de faire la moitié du chemin, de venir à sa rencontre et de rentrer dans l’arène en même temps que lui ! On a les mêmes appréhensions que lui mais aussi la même volonté de retrouver du plaisir…

Une tournée nationale qui s’achèvera par un passage en Belgique…

FRANÇOIS DAMIENS : On terminera par Bruxelles mais avant ça, on va passer par tout l’ouest et le nord de la France… En tout, on aura fait plus de 80 villes et la tournée aura duré autant de temps que le tournage du film en lui-même ! (rires) C’est assez rare mais comme l’a dit Vincent, on ne peut pas demander aux gens de faire quelque chose qu’on ne ferait pas nous-mêmes ! Et puis, pour être sincère, on n’est pas obligés de consacrer autant de temps à la promo de ce film, si on le fait, c’est que ça nous fait plaisir et que d’une certaine manière, on est assez « fiers » de notre travail…  Quand on ne l’est pas trop, on évite de le montrer, on se fait discret et on reste chez soi ! (rires)

Et puis c’est l’occasion d’avoir un retour direct du public, un peu comme lorsqu’on se produit sur scène…

FRANÇOIS : Exactement et ça fait un bien fou de voir les gens en vrai ! Quand on tourne une comédie, même si on n’est entourés que d’une équipe technique, on pense toujours à la réaction des gens qui viendront la voir…  

VINCENT : Et puis avec François, on a un gros point commun, c’est qu’on n’a ni Instagram, ni Facebook, ni tout le tremblement ! (rires) Ça nous permet de ne pas être « pollués » ou obnubilés par des « like » ou des commentaires désobligeants et donc de ne pas subir trop puissamment ces injustices ou ces flagorneries… Notre seul véritable moyen de savoir ce que les gens ont pensé du film, c’est d’aller les voir en vrai et de les regarder dans les yeux ! Ces rencontres et ces échanges n’ont pas de prix ! Quand on est rentrés dans la salle tout à l’heure, on a senti une énergie positive, une envie d’être là et c’est la plus belle récompense qu’on puisse recevoir…

Mon cousin fait partie des comédies qui vont au-delà du simple rire…

FRANÇOIS : C’est en effet un film qui a du fond. Les comédies qui n’ont pas de messages sous-jacents ni profondeur sont, je trouve, beaucoup moins intéressantes… Dans Mon cousin, le fond était là et il ne nous restait plus qu’à ajouter de fines couches de comédie qui ont l’air, au vu des réactions du public, de faire mouche ! Ça prouve que le goût des gens est beaucoup moins manichéen qu’on voudrait nous le faire croire et qu’ils aiment que comme dans la vraie vie, les sentiments et les sensations s’alternent et se chevauchent… 

VINCENT : Depuis le début, secrètement, on avait envie de faire d’une manière différente et moderne, voire même surprenante et un peu barrée, une comédie qui s’appuye sur les bases organiques des grandes comédies de la tradition française comme L’emmerdeur ou La chèvre… C’est toujours passionnant de voir se rencontrer deux personnages qui ne le devaient pas car ça crée un système de vases communicants. Les deux protagonistes vont avoir un impact l’un sur l’autre, évoluer grâce au contact de l’autre et finalement, c’est ça la vie : aller vers autrui et se nourrir de lui… Je n’aime que les scénarios où les personnages ressortent plus intelligents à la fin de l’histoire comme moi, en tant qu’acteur, j’ai besoin de finir un tournage en me sentant plus « pointu » et compétent. Je ne veux pas théoriser sur l’Art mais, à mon sens, ça sert à faire grandir celui qui le fait et celui qui le voit.

Tourner ce film et partir en tournée ensemble vous a appris à vous connaître…

FRANÇOIS : Personnellement, j’avais très envie de tourner avec Vincent mais aussi avec Jan Kounen, le réalisateur, alors recevoir une proposition de scénario qui m’offrait ces deux possibilités et qui, en plus, m’a plu dès la lecture ne pouvait pas se refuser ! Vincent et moi sommes radicalement différents mais même si on n’a pas du tout la même carcasse, on a le même moteur à l’intérieur et on essaye toujours de faire de notre mieux alors on ne pouvait, je crois, que s’entendre et s’apprécier… Je n’ai pas fait d’école de théâtre ou de cinéma donc c’est un privilège que de pouvoir travailler avec des gens qui comme lui connaissent aussi bien leur métier et se donnent à fond en permanence. Ce tournage a certes été un plaisir mais en plus, il a été très enrichissant pour moi…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au CGR Chabran Draguignan en août 2020 • Photos Pathé Films


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Interview parue dans les éditions n°417 #1, #2, #3 et #4 du mois de septembre 2020

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