INTERVIEW

Verino en interview

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Treize ans après ses premiers pas sur scène et sans acharnement médiatique particulier, Verino a su se faire une place de choix au coeur d’un paysage humoristique pourtant plutôt dense, grâce à une particularité inimitable : sa sincérité ! Ne sortant pas de nouveau spectacle à tour de bras tout en ne reproduisant jamais le même, Verino a choisi de vivre la scène comme une extension de sa propre existence. Avec naturel donc, il partage avec son public tout ce qui rythme sa vie : ses réflexions, ses observations et surtout sa famille ! Homme marié et amoureux, papa fatigué mais comblé par ses trois enfants et bosseur invétéré, c’est son quotidien que ce jeune homme de 36 ans déballe en toute simplicité comme s’il était en soirée avec ses meilleurs potes. Incisif tout en étant d’une flagrante gentillesse, l’humoriste qui semble être né sur scène tant il y est à l’aise donne le ton chaque soir en tchatchant en direct via Twitter avec son public et ce depuis sa loge…

 


« La scène, c’est ici et maintenant, c’est accepter de vivre l’instant présent… »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Ça fait déjà 13 ans que tu fais de la scène…

VERINO : Mon dieu oui ! (rires) Et je ne les ai pas vus passer et maintenant que j’ai trois enfants, c’est encore pire ! C’est une course permanente et les tournées sont même devenues des moments de « répit » ! (rires) Aujourd’hui, je n’ai pas eu de couches à changer, de biberons à donner, de jeux de société à faire avec le grand ni à expliquer la vie au petit, c’était presque des vacances ! (rires) Sérieusement, c’est très bon signe de ne pas réaliser que le temps passe, ça signifie que tu n’es pas inoccupé et angoissé dans un coin de ton appart’ en priant que l’inspiration revienne !

Ce qui est frappant, c’est que sur scène, tu sembles chez toi…

C’est exactement ça… Je me sens comme si j’étais dans mon salon en train d’accueillir des potes ! Pour moi, la philosophie du stand-up, c’est ça… C’est être le plus proche possible de ce que tu es réellement dans la vie. Je ne suis pas un mec nerveux et avec les années, je pense aussi que j’ai mûri et que je suis moins centré sur la réussite alors ça se ressent sur le plateau. Plus tu te sens à l’aise dans tes baskets et plus tu te concentres sur l’essentiel : ton propos.

Tu n’as jamais la sensation d’entrer dans l’arène ?

Oui et non… C’est étrange d’être seul en scène car même si tu sais que tu vas t’y sentir bien, tu es dans un mode de survie totale ! Pour survivre, tu es obligé de ne pas avoir conscience que tu es là pour survivre alors ça te met dans une sorte d’état assez paradoxal… Il faut que tu aies confiance en toi, sinon tu perds confiance en toi, c’est un cercle vicieux donc quand la scène est véritablement ton élément, tu fais tout, inconsciemment, pour que se mette en oeuvre ce développement de toi-même, cette ampleur… La scène, c’est ici et maintenant, c’est accepter de vivre l’instant présent. C’est pour ça que je suis intimement persuadé que tout le monde peut être stand-upper, il faut juste en avoir suffisamment envie…

Sur scène, tu es toi-même…

Et c’est pour ça que c’est toujours le même spectacle mais que rien, à l’intérieur, n’est jamais pareil ! (rires) Je parle de ma vie et vu que, comme tout le monde, elle est en perpétuel mouvement, le spectacle en fait les frais ! (rires) J’ai raconté mes premières expériences de père jusqu’à l’année dernière, puis j’ai eu envie de parler du deuxième enfant, puis j’étais à fond sur les deux, puis ma femme est tombée enceinte, puis le troisième est arrivé… Ça change ma vie, du coup, ça change aussi mes propos, ma vision du monde, mes engagements, mes problèmes, mes préoccupations pour les soucis de mes enfants qui, à 8 ans, 4 ans et 3 mois ne sont évidemment pas les mêmes alors, vu que j’ai choisi d’être une seule et même personne sur scène et en dehors, ça nourrit et influence en permanence mon spectacle.

Ça oblige à réécrire constamment…

C’est le gros problème ça ! (rires) Il y a toujours de l’impro sur scène mais même si tout peut sembler naturel, faire rire exige énormément de travail… Et l’ennui maintenant, c’est de trouver assez de temps pour écrire mais aussi pour apprendre les textes ! C’est une gymnastique mais je n’ai pas envie, par flemme, de ne pas transformer le spectacle chaque jour… Ce serait le début de la fin !

Et comme tu as du temps libre, tu sors également une vidéo par semaine…

Voilà ! (rires) Avant je les travaillais du mardi au vendredi pour être sûr que ce qui allait rester sur internet soit « bon » mais au fil du temps, j’ai fini par préférer qu’on voit l’immédiateté de ce que j’ai pensé dans la journée. J’écris le texte dans l’après-midi et je crois que mon cerveau a développé suffisamment d’automatismes pour réussir à l’apprendre rapidement, le mettre de côté pendant le spectacle et le ressortir à la fin. Je ne vais pas mentir, il y a des petites imperfections mais j’ai appris à admettre que celles-ci étaient déjà une démonstration de quelque chose. Je me permets d’être plus créatif que perfectionniste mais je le dois en grande partie à la bienveillance du public !

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson à l’Espace Victor Hugo de Puget-sur-Argens • Photos Svend Andersen & Julien Weber

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Interview parue dans les éditions n°402 #1, #2, #3 et #4 du mois d’avril 2019

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