INTERVIEW

Bruno Salomone en interview

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Comédien et humoriste de nature plutôt discrète, Bruno Salomone s’est lancé le défi de se livrer, en partie, à travers son tout premier ouvrage, Les misophones. En effet, bien qu’il ne s’agisse pas d’une autobiographie mais bel et bien d’un véritable roman de fiction, celui-ci s’inspire d’une particularité dont l’artiste se serait volontiers passée ! Souffrant d’une pathologie considérée, à l’heure actuelle, comme un trouble neuropsychique, il a choisi d’en faire un thème de comédie afin d’aider tous ceux qui, comme lui, en sont atteints, bien souvent sans en avoir la moindre idée… Sorte d’allergie qui a la malchance d’être invisible, la misophonie – ou la haine du son – peut épuiser, exaspérer voire isoler les gens qui perçoivent chaque bruit du quotidien comme une agression involontaire ou pire, délibérée. Du « croquage » de pop-corn au cinéma à la mastication de son voisin de table en passant par la déglutition ou le reniflement de son collègue de bureau, tout ou presque peut devenir un enfer pour ces personnes qui, en plus de ne pas réussir à supporter ce qui les entoure, culpabilisent de gâcher la vie des autres en leur apparaissant si intolérants… Si des études ont admis que 20% de la population outre-Atlantique
étaient sujets à la misophonie et que Bruno Salomone – comédien qui a étrangement fait des bruitages une de ses spécialités – en est également atteint, il y a de fortes probabilités pour qu’on soit ou que l’on connaisse tous un misophone qui s’ignore…

 

 


« Je préfère en rire pour démystifier le truc… »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Les Misophones, ton premier roman…

BRUNO SALOMONE : C’est avant tout une histoire d’amitié entre deux gars qui se retrouvent seuls et qui sont en quête d’amour absolu. L’un des deux était en couple avec des enfants, l’autre est un éternel célibataire et ils vont se retrouver à cohabiter car ils ont tous les deux la particularité d’être misophones…

Misophonie ?

Littéralement, c’est la haine du son. Parmi les exemples les plus parlants pour la plupart des gens, il y a l’exaspération que peuvent provoquer les bruits répétitifs d’une goutte d’eau ou d’un tic-tac d’horloge et quand on commence à être un peu plus atteint, on supporte difficilement les bruits organiques : claquement de langue, mastication, reniflement ou grognement… Ce n’est jamais agréable pour personne – enfin normalement (rires) – mais pour un misophone, ces sons deviennent une véritable agression et le problème majeur c’est qu’évidemment, les redoutant, il en est inconsciemment à l’affût et une fois qu’il en a capté un, il se focalise dessus

C’est un trouble identifié depuis peu…

D’après le mec qui l’a découvert en 2000, Pawel Jastreboff, ce serait un dysfonctionnement du cerveau dont presque 20% de la population américaine serait atteinte. Ça signifie qu’on est nombreux – je m’inclus car j’en fais malheureusement partie – à être concernés sans le savoir et sans toujours réaliser que l’énervement qu’on ressent peut provenir d’un petit bruit de fond. Il y a une graduation qui va de 0 à 10… Et je ne te conseille vraiment pas d’être ami avec un niveau 10 ! On doit frôler le serial killer ! (rires) 

Pourquoi était-ce important pour toi d’en parler ?

Je m’y suis intéressé au point d’écrire un livre parce qu’au delà d’en être atteint, c’est une source inépuisable de comédie ! Je suis bien placé pour savoir que c’est très dur à vivre par moment mais je préfère en rire pour démystifier le truc. Et puis, en parler de façon légère permet de faire comprendre aux gens toute la difficulté de vivre avec une telle pathologie.

Un trouble handicapant…

D’une certaine manière, oui, car ça peut bouffer la vie de la personne atteinte mais aussi celle de ses proches… Les gens autour – et c’est normal – ne comprennent pas la souffrance qu’un misophone peut ressentir puisqu’ils « subissent » la même pollution sonore sans que ça n’agisse sur eux. Ça peut conduire à des tensions, à des conflits et à de l’isolement… Il y a des enfants qui n’arrivent pas à tolérer de passer des moments avec les membres de leur famille ou des parents qui vont aimer par-dessus tout leur enfant sans réussir à le supporter… La misophonie peut plonger des êtres dans une détresse inouïe car en plus de leur mal-être, ils se retrouvent à culpabiliser de s’en prendre à leurs proches…

Les misophones n’est pas un livre scientifique…

Exactement ! Je ne suis pas un médecin qui étudie ce trouble mais juste quelqu’un qui avait envie de contribuer à faire savoir que ça existe et si ça pouvait n’aider ne serait-ce qu’une seule personne, j’en serais heureux… Je suis passionné par les histoires et la comédie, j’aurais, même si je l’avais voulu, été incapable de ne pas aborder ce thème sous un axe drôle ! Dans mon roman, ça va très très loin, j’y réalise d’ailleurs pas mal de fantasmes de misophones… (rires)

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Grand Hôtel Beauvau de Marseille • Photos Patricia Franchino

FacebookFnac • Site de Bruno SalomoneSite de l’éditeur

 


Interview parue dans les éditions n°402 #1, #2, #3 et #4 du mois d’avril 2019

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