COUPS DE COEUR

Tarek Boudali en interview pour son film « 30 jours max »

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Après Epouse-moi mon pote, son 1er film en tant que réalisateur où il abordait les thèmes du mariage blanc, de l’amitié, de la nationalité et de l’homosexualité, Tarek Boudali est revenu avec 30 jours max où, accompagné de Philippe Lacheau et Julien Arruti, il se demande ce qu’il ferait s’il ne lui restait que très peu de temps à vivre. Entre gags, vannes, courses poursuites et humour presque cartoonesque, ce second long-métrage a réussi à séduire 1 200 000 spectateurs au cinéma en seulement 2 semaines et ce malgré le couvre-feu…


📀 30 jours maxle nouveau film de et avec Tarek Boudali disponible en VOD, DVD et BLURAY dès le 31 mars 2021


« La vie est trop courte pour risquer d’avoir des regrets… »


« Avec 30 jours max, il y a un goût d’inachevé… »

Morgane Las Dit Peisson : 30 jours max est ton 2ème film en tant que réalisateur sort en DVD et VOD…

Tarek Boudali : C’est une sortie un peu particulière cette fois-ci car jusqu’à présent, tous nos films avaient eu des vies « entières » au cinéma avant d’être proposés à la vente ou à la location. Avec 30 jours max, il y a un goût d’inachevé car il n’a eu le temps de rester en salles que deux semaines avec un couvre-feu, alors cette sortie en DVD est plus importante que les précédentes. J’ai évidemment envie qu’il ait un second souffle et qu’il soit tout de même vu par le plus grand nombre de personnes possible.

Toi, Philippe Lacheau et Julien Arruti faites beaucoup d’avant-premières…

On a vraiment besoin d’être au contact des gens et heureusement, malgré le contexte sanitaire, on a pu en faire pour 30 jours max ! Ça fait énormément de bien d’entendre les réactions du public et de pouvoir échanger directement avec lui, c’est d’ailleurs difficile pour moi de mettre un mot là-dessus tellement c’est fort de vivre ça… Quand tu entends toute une salle rire sur ton film, c’est juste magique ! Cette communion là n’est possible que dans les salles alors j’espère qu’elles rouvriront très bientôt car on a tous besoin de se réunir à nouveau pour se divertir, s’aérer l’esprit et s’évader.

Le cinéma est peut-être encore plus en danger que la scène puisque les avancées technologiques nous permettent de voir presque tout ce qu’on veut, quand on veut et où on veut…

Je pense que le cinéma – en tant que lieu – a encore un avenir malgré tout parce qu’il propose une immersion totale dans une création. C’est un partage et une expérience que seule une salle sombre peut offrir… Les sensations sont communicatives, les rires ou les sursauts sont emplifiés et surtout, notre attention est pleinement captée contrairement à un film que l’on va regarder à la maison entre deux allers-retours à la cuisine ! (rires) Les deux activités sont complémentaires mais le cinéma reste une sortie, un rendez-vous et je crois que ça a son charme…

« Il faut savoir rester humble, modeste et attentif à chaque personne sur le plateau ! »

Dans 30 jours max, tu as les 3 casquettes : réalisateur, scénariste et comédien principal…

La clef, c’est d’être bien entouré, d’avoir de très bons producteurs, une excellente équipe technique et une team « rapprochée » à tes côtés. J’avais mon « chef op », mon 1er assistant et ma scripte avec moi non-stop et je me suis « obligé » à les écouter parce que je suis bien conscient que je n’ai pas la science infuse ! (rires) Un film, c’est un travail d’équipe donc il faut savoir rester humble, modeste et attentif à chaque personne sur le plateau car, avant d’être un professionnel du cinéma, elle est un spectateur. Toute idée est bonne à écouter…

Avoir tous ces « rôles » ne t’incite pas à être plus dur et exigeant envers toi-même ?

Tu vises juste… (rires) Dans la vie de tous les jours, je suis assez dur vis-à-vis de moi-même alors dans le boulot… (rires) J’en demande beaucoup aux autres mais je ne me fais pas de cadeaux non plus. Je pense que c’est important de ne pas prendre tout ça à la légère. Jusqu’à présent, on a eu la chance de ne faire que des films qui ont très bien marché et on remercie le public pour ça. On le respecte tellement qu’il est hors de question de se foutre de sa gueule, c’est pour ça qu’on ne se repose pas sur nos « acquis ». À chaque nouveau tournage, on se met encore plus de pression que sur le précédent parce qu’on se remet en question… On se demande ce qui va faire marrer les gens et comment les surprendre à chaque fois alors qu’ils connaissent désormais notre mécanique d’humour. On n’a pas d’autre choix que d’être durs envers nous-mêmes si on veut repousser nos limites.

Ne pas dérouter les gens sans faire du « réchauffé » c’est difficile mais si ça ne l’était pas, ça n’aurait aucun intérêt !

« On travaille tous avec bienveillance… »

Vous travaillez en « bande » et jouez les uns pour (et avec) les autres…

Bizarrement, on a naturellement réussi à rester à nos places à chaque fois. Si je suis comédien sur un film de Philippe, je lui fais un retour bien sûr mais je n’interfère pas au moment du tournage et vice versa. On a la chance de pouvoir tout se dire avec franchise, autant le bon que le mauvais donc une fois qu’on s’engage sur un de nos projets, c’est qu’on l’a accepté tel qu’il était. On peut évidemment se conseiller mais chacun reste vraiment à la place qu’il lui a été attribuée sinon ce serait l’anarchie ! (rires) Peu importe la mission que l’on a sur un de nos films, on travaille tous avec bienveillance dans le seul but de le tirer vers le haut…

En imaginant tes personnages pour ce film, inconsciemment tu as pensé à eux ?

Forcément, ce sont les moins chers du marché ! (rires) Et puis surtout je n’arrive pas à les semer ! (rires) Sérieusement, oui, ça ne fait pas partie du « cahier des charges », il n’y a pas d’obligation tacite pour que l’on joue toujours ensemble mais on se connaît tellement et on se fait tellement rire mutuellement que sans le vouloir, en écrivant mes personnages, ce sont leurs traits qui sont apparus et ce sont leurs voix que j’ai entendues…

« Depuis que je suis gamin, je rêve de faire du cinéma ! »

Une comédie pure avec des gags potaches mais des thèmes profonds : l’appréhension de la mort, la confiance en soi, le besoin de reconnaissance…

Je ne pense pas particulièrement à la mort mais il y a très longtemps je m’étais posé la question existentielle de savoir ce que je ferais s’il ne me restait que très peu de temps à vivre et je me suis dit que ça pouvait faire une bonne comédie ! Ça prouve qu’au cinéma, il n’y a pas de thème lourd ou léger, tout dépend du traitement qu’on lui réserve.

La mort n’est pas le sujet de fond du film, plutôt un prétexte pour justifier la « quête » de mon personnage et sa volonté de s’affranchir des barrières qu’il s’est lui-même imposées.

C’est quelque chose qui m’a souvent « travaillé »… Depuis que je suis gamin, je rêve de faire du cinéma. Parfois, je me suis entendu dire que je n’y arriverais jamais et parfois, c’était moi, par peur, qui m’en persuadais. Je ne connaissais personne dans ce milieu et pourtant, aujourd’hui, je peux vivre de ma passion, c’est la preuve que tout le monde peut réussir à atteindre son but. Si on a un objectif, il ne faut jamais baisser les bras et foncer car la vie est trop courte pour risquer d’avoir des regrets… Il faut toujours, peu importe le domaine, aller au bout des choses.

À chaque fois qu’il y a de l’émotion, c’est vite chassé par un gag, c’est une volonté de faire rire ou un « instinct » de protection ?

Je n’essaye pas (enfin je ne crois pas…) de me protéger derrière des gags, la comédie est vraiment un leitmotiv pour moi, je ressens le besoin de faire rire les gens. Et je me demande même si les séquences émotions me viennent plus pour servir le rire que pour les faire exister en tant que telles… J’ai du mal à donner un caractère trop sérieux aux scènes et même celles de véritable action sont entrecoupées de vannes ! (rires) En tant que spectateur, j’aime aussi le drame mais pour le moment, c’est vraiment à travers la comédie que je ressens le besoin de m’exprimer…

En tant que réalisateur, tu t’es « offert » la présence de Marie-Anne Chazel et José Garcia…

Que des professionnels du cinéma comme eux acceptent de jouer dans mon film, c’est une  fierté car ça « valide » en quelque sorte mon travail. Ça a été un très beau cadeau pour moi car ils ont fait partie des gens qui m’ont donné envie de faire ce métier mais il était hors de question, en les voyant sur le plateau, que je me remette dans la peau du gamin que j’étais quand je les regardais au cinéma… J’étais là pour les diriger et eux m’ont écouté comme n’importe quel autre réalisateur. Ils sont adorables humainement alors que ce sont de super stars. Ils ne m’ont jamais pris de haut et professionnellement, ce sont de vrais bosseurs ! J’ai été impressionné de voir comme ils ont travaillé leurs rôles alors que sont deux Rolls qui auraient pu, pour ce genre de comédie, venir à la cool… Lors des pemières lectures, ils sont arrivés avec des propositions, ils avaient travaillé leurs personnages, ils avaient déjà imaginé des costumes et des attitudes… Ils sont vraiment à fond sur chacun de leurs projets et ça donne une sacrée leçon aux « jeunes » comédiens que nous sommes ! (rires) Ils ne sont pas là où ils en sont par hasard !

« Si je m’étais loupé, il n’était pas certain que je me relève… »

Dans 30 jours max, le travail de l’évolution de ton personnage te fait passer d’un Pierre Richard à un Tom Cruise qui fait lui-même ses cascades…

C’est drôle parce que c’était mes deux références ! Ça a vraiment été plaisant à jouer car ça a exigé un véritable travail de transformation dans les postures et les attitudes du personnage. Physiquement, je me suis lancé dans un entraînement rigoureux car je me suis en effet offert le kiff de faire moi-même mes cascades ! Je n’y étais pas obligé mais c’était important pour moi d’y arriver. J’aime l’adrénaline et les cascades. Quand je voyais Tom Cruise faire les siennes, je trouvais que ça apportait vraiment une tension supplémentaire à l’action. 

J’ai eu la chance que les assurances veuillent bien me suivre y compris sur la séquence assez dangereuse de la moto où je suis torse nu, sans casque et où je slalome à 100 km/h entre des voitures… Si je m’étais loupé, il n’était pas certain que je me relève… Mais c’était incroyable à faire ! Surtout que j’ai passé le permis exprès pour cette scène… J’étais vraiment novice ! (rires)

Ça a été un tournage physique et intense ! Heureusement, je fais déjà pas mal de sport en temps normal mais j’ai quand même dû redoubler d’efforts en amont du tournage pour être au mieux de ma forme et le plus résistant possible…

Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Photos par David Koskas (Axel Films Production)


Interview parue dans Le Mensuel n°419 d’avril 2021

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