INTERVIEW

Rachid Badouri en interview

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RACHID BADOURI
dans  Arrête ton cinéma ! et Badouri rechargé

 À Saint Raphaël le 24 mars 2015 

« Des gens me reconnaissent dans la rue alors qu’ils n’ont jamais vu mon spectacle

et ça c’est quelque chose de complètement dingue !»

Le tout premier one man show de Rachid Badouri, Arrête ton cinéma !, pourrait bien vous sembler tout nouveau puisqu’il n’est pas encore passé dans la région et pourtant, il semblerait qu’il touche déjà à sa fin. Car, même s’il l’interprète avec une fraîcheur presque juvénile, l’humoriste, que nous connaissons en grande partie en France grâce à ses nombreuses participations à l’émission d’Arthur, Vendredi tout est permis, aux côtés d’Ary Abittan et Claudia Tagbo, est loin d’être un débutant. Tout droit venu du Québec où son spectacle tourne depuis 2007, Rachid Badouri, actuellement en pleine préparation du prochain volet de sa carrière scénique, a su séduire le public français grâce à une spontanéité et à une sincérité qui lui avait déjà rapporté l’adhésion de ses concitoyens. Dans son spectacle, il aborde un petit peu tous les thèmes qui lui passent par la tête dans une mise en scène qui n’est pas sans rappeler le goût du show de ses confrères eux aussi venus du Grand Nord comme Stéphane Rousseau ou Véronic DiCaire. Car même si nous sommes paraît-il tous égaux, il faut bien reconnaître que dans le domaine des arts de la scène, nos amis québécois ont une petite longueur d’avance… Par nécessité autant que par passion, nos grands cousins ont, en général, plusieurs cordes à leurs arcs et bon nombre sont ceux qui passent du chant à l’imitation en passant par l’humour et la danse avec une facilité souvent déconcertante… Rachid Badouri n’a pas échappé à la règle et s’amuse justement, entre deux anecdotes sur son quotidien québécois et ses racines marocaines, à se rêver en Rachid Jackson en exécutant quelques pas de danse hérités du King of Pop…

 

rachid-badouri-interview-le-mensuel-2014-arrete-ton-cinema-badouri-recharge-CMorgane L : Vous serez le 15 mars à Nice et le 08 avril à Aix en Provence mais ce n’est pas la première fois que vous tournerez en province…

Rachid Badouri : Non effectivement, ce sera ma deuxième expérience en France. J’avais déjà fait quelques villes la première fois comme Lyon, Bordeaux et Marseille mais je ne suis jamais encore venu à Nice ! Je dois avouer que j’ai vraiment hâte car une tournée sans passer par Nice n’est pas une vraie tournée ! (rires)

Ce qui est très curieux, c’est qu’en France, on a l’impression que votre spectacle « Arrête ton cinéma ! » est quasiment tout neuf alors qu’en réalité, vous tournez avec au Québec depuis 2007… A-t-il beaucoup changé depuis ?

C’est vrai que même s’il n’a pas pris une ride, ce spectacle là date d’assez longtemps. Pour la France, déjà, il a énormément changé. Il a pris un air français et j’ai au fil du temps improvisé pas mal de choses que j’ai fini par garder car c’est important en humour de bien s’imprégner de l’endroit où l’on est si l’on ne veut pas être simplement de passage.

Je pense connaître la réponse, mais au bout de sept ans, on ne se lasse jamais de jouer un spectacle ?

Ça pourrait bien sûr… Mais à chaque fois, chaque soir de représentation, j’essaye de faire de ce spectacle une première. J’essaye de faire comme si c’était tout nouveau pour moi et j’y arrive grâce à l’improvisation. J’improvise beaucoup, j’interagis avec la salle et le public français aime bien ça. Alors faites attention car si quelqu’un rit étrangement, rit en retard, arrive en retard, me regarde de travers, a oublié d’éteindre son téléphone… je vais décrocher complètement du texte pour m’engouffrer dans cette brèche qui m’est offerte ! (rires)

L’improvisation était quelque chose d’assez naturel chez vous ?

Oh non ce n’était vraiment pas quelque chose de naturel chez moi mais c’est quelque chose que j’ai mis en pratique dès les premiers spectacles. J’ai appris à le faire avec le temps pour que ça me permette de ne pas tomber dans le piège de la routine et le quotidien.

Quelles sont les autres retouches que vous avez dû faire à votre one-man pour le rendre compréhensible par les français ?

J’ai dû remanier énormément de références car si on n’a pas de sentiment d’appartenance, si on ne se reconnaît pas dans une blague, on va automatiquement moins en rire. J’ai donc changé quelques passages qui faisaient trop référence au Québec mais on a eu de la chance avec ce spectacle là, car sans le savoir, on avait écrit un spectacle assez international parce que lorsque l’on parle de Michael Jackson, on s’adresse à tout le monde ! Pareil pour le film Grease, pour le métier de steward que j’ai exercé, ça s’adresse à tout le  monde… C’est pour ça qu’avec le recul, je peux finalement dire qu’il n’y a pas eu beaucoup de références à changer. Si j’avais été un humoriste engagé politiquement par exemple, ça aurait bien plus compliqué ! (rires)

S’adapter à une nouvelle culture prend du temps…

Oui mais en même temps, on savait qu’on ne venait pas pour deux semaines alors les premiers mois que l’on a passé en France on servi à ça… Ils nous ont servi à nous perdre dans Paris, à découvrir de nouvelles choses, à nous poser des tonnes de questions, à comparer entre les deux pays et à incorporer dans le spectacle toutes ces nouvelles connaissances.

Votre carrière était plutôt très bien lancée au Québec alors comment a-t-on l’idée d’abandonner cette sécurité là pour se remettre en danger ailleurs en recommençant tout à zéro loin de chez soi ?

Sincèrement, ça faisait vraiment partie de mon plan de carrière lorsque j’ai démarré. D’ailleurs, afin de bien choisir notre production, on a sélectionné celles qui étaient capables de nous envoyer à l’international. C’est pour que l’on a choisi Juste Pour Rire dans l’espoir qu’elle nous fasse tourner dans la francophonie mondiale. M’expatrier a vraiment été dès le début une profonde envie, un réel plan de carrière.

On voit régulièrement des québécois qui viennent séduire le public français comme Anthony Kavanagh, Véronic DiCaire ou encore Stéphane Rousseau, mais qu’est-ce qui vous attire autant chez nous ?

Les croissants ! (rires) Mais pas seulement… (rires) Ce qui nous attire c’est que Paris est un peu l’Eldorado des québécois, le Hollywood français des québécois. Lorsque l’on marche, même très fort, au Québec, personne n’entend parler de nous en Suisse, en France, au Maroc ou en Belgique mais quand on est connu en France, que l’on a succès à Paris, tout à coup, les portes de la francophonie mondiale s’ouvrent. C’est en passant par Paris que j’ai eu Marrakech, que j’ai eu Haïti, que l’ai pu aller en Belgique, c’est par Paris que j’ai des offres au Liban… Alors que pour nous, la seule province américaine qui nous offre la possibilité de jouer en français est peut-être la Louisiane. C’est pour ça que la France est aussi importante à nos yeux.

Et certains de nos artistes français arrivent à séduire autant le public québécois ?

Non malheureusement je dois vous avouer qu’on ne les aime pas tant que ça… (rires) Évidemment ce n’est pas vrai ! En chanson, Patrick Bruel, Francis Cabrel, Enrico Macias, Charles Aznavour et en humour, Gad Elmaleh qui affiche complet en quelques heures, Jamel Debbouze, Franck Dubosc qui a très bien su charmer les québécois… (rires) Il y a finalement pas mal de français qui cartonnent chez nous aussi.

Donc l’échange entre nos deux pays est relativement équilibré…

Oui oui si on l’ajuste à la moyenne des populations, c’est assez équilibré !

On a beau dire que l’on est tous faits pareil, il faut noter que les québécois semblent peut-être un peu plus forts que nous dans l’aspect spectaculaire du spectacle…

(rires) Je pense que c’est dû à l’héritage que l‘on a eu mais rien n’est mauvais, ni d’un côté ni de l’autre. Il y a d’ailleurs des gens, même au Québec, qui n’aiment pas mon style très showman et qui vont préférer un stand-up pur et dur avec un micro et un rideau. Mais je crois que tout ça vient vraiment des héritages de chacun. D’ailleurs, le stand-up français n’a peut-être que 10 ou 15 ans… Avant ça, il fallait obligatoirement un humour qui découlait plus de la Comédie française, de l’utilisation de personnages, du quatrième mur et de beaucoup de jeux de mots alors que nous, au Québec, en humour, on a plus la culture américaine du type stand-up avec une prémisse, une vanne, une chute, c’est cash, c’est direct et c’est vrai qu’aux Etats-Unis, il y a beaucoup de showmen. Je ne sais pas si c’est une coïncidence, mais c’est vrai que Kavanagh, Courtemanche qui était très spectaculaire, Stéphane Rousseau, Véronic DiCaire qui est plus une imitatrice qu’une humoriste et moi, avons plus ou moins ce même style en commun. Par contre, il ne faut pas croire que c’est l’unique mode de spectacle qui se développe au Québec et qui s’exporte ! Je pense par exemple à Louis-José Houde qui performe bien en ce moment qui excelle dans le stand-up avec micro bâton ou à Fred Pellerin qui est un raconteur comme on les appelle au Québec, et qui raconte des histoires fabuleuses…

Par contre, il faut avouer que vu de chez nous, c’est presque énervant de vous voir sur scène car on a la sensation que les québécois maîtrisent tous les arts de la scène entre la danse, la comédie, le chant…

(rires) Oui on trompe pas mal notre monde ! (rires) Mais je pense que c’est un peu un hasard. Si vous veniez au Québec et que vous alliez voir tous les spectacles d’humour en vogue en ce moment, vous verriez qu’il y a vraiment une richesse de genres. La seule chose que l’on a un peu tous en commun, c’est que notre prémisse ne dure pas trois minutes avant d’arriver à une chute… C’est l’école que l’on a… On s’autorise grosso modo vingt secondes maximum avant d’arriver à un point de chute. C’est très rare qu’un humoriste québécois prenne trois minutes pour installer une histoire. On est rôdé comme ça et les spectateurs, les « consommateurs » d’humour le sont aussi alors dès que quelqu’un arrive avec un humour qui demande un peu plus de temps « d’exposition », de mise en place, c’est un petit peu moins bien perçu mais uniquement par manque d’habitude. Le public est habitué au punch, à la vanne, à la chute.

Malgré tout ce rythme et toutes les plages d’impro dans « Arrête ton spectacle », on atout de même un vrai spectacle qui est écrit, qui est joué et qui parle de vous, de vos expériences ?

Oui tout à fait ! J’aime bien me présenter parce que beaucoup de gens en France ne me connaissent pas encore. J’ai envie de le dire qui est Rachid alors évidemment, ça commence par l’enfance et ça passe par mes passions, les différents styles musicaux que j’ai kiffé, je parle de ma passion pour Michael Jackson, ma passion pour le cinéma mais je parle aussi des différents jobs pas toujours anodins que j’ai eu… je crois d’ailleurs être la seule personne de mon entourage à avoir été steward ! (rires) Je parle de personnages qui ont touché le coeur des québécois avant de toucher celui des français comme mon papa, qui, avec son humour un peu noir, vient sur scène pour me taper la honte… (rires) Ces personnages là permettent d’apporter une touche d’autodérision.

Chose très surprenante encore, c’est que ce spectacle « Arrête ton cinéma ! » tourne en ce moment chez nous mais qu’au Québec, vous en jouez un tout nouveau « Badouri rechargé »…

Oui exactement ! Je joue les deux en alternance mais ce n’est si fatigant que ça finalement… Ça permet, comme on le disait tout à l’heure, de ne pas s’enfermer dans une certaine routine.

« Badouri rechargé » comme des batteries rechargées ?

Oui c’est un peu ça ! Ce n’est ni plus ni moins que la suite du premier « Arrête ton cinéma ! » avec les trois ans d’écart et d’absence du Québec qui les séparent. Ça parle de mon mariage et de tout ce qui m’est arrivé comme le décès de ma mère, mon volte-face envers la nutrition, mon séjour en France, mon départ du nid familial moi qui ai vécu longtemps chez mes parents… avec toujours la même sauce Badouri qui a pour but suprême de divertir les gens…

Vous n’avez donc pas hésité à aborder des sujets parfois douloureux, un peu sombres dans ce spectacle pour les mettre au service du rire ?

Pour faire rire oui mais aussi pour essayer de faire un peu réfléchir ou en tous cas de toucher les gens qui ont vécu ou qui vivent en ce moment certains de ces évènements. C’est important que les gens sentent qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils sachent que les artistes aussi vivent les mêmes drames et mêmes joies qu’eux. Un artiste n’est pas une personne intouchable et je crois que savoir que lui aussi a pu craquer peut aider certaines personnes à avoir moins mal, à se sentir moins isolées. Je suis comme tout le monde, moi aussi j’ai des idoles, et savoir qu’un de mes acteurs préférés a perdu sa mère et que lui aussi ça l’a énormément blessé, m’aidera à me sentir moins seul face à ma propre douleur.

Stéphane Rousseau dans son précédent spectacle « Les confessions » évoquait l’euthanasie de son père et je me rappelle m’être surprise à rire… Mais comment se sent-on sur scène, lorsque l’on arrive à faire rire une salle avec un sujet qui a été un drame pour nous ? On a l’impression d’avoir trahi la personne qui nous a quitté en provoquant le rire ou au contraire on a la sensation de lui avoir rendu hommage ?

Je pense qu’on lui rend un hommage… Et si on peut « utiliser » un décès pour toucher les gens positivement, c’est une belle et grande mission accomplie…

Ce nouveau spectacle « Badouri rechargé » est déjà prévu en France ?

Non pas encore car on n’a vraiment pas fini d’exploiter « Arrête ton cinéma ! » ! La bonne nouvelle par contre c’est que je ne ferai pas attendre trop longtemps les français entre ce spectacle là et le second puisqu’il est déjà fin prêt ! (rires) Je n’aurai pas à m’enfermer pour écrire pendant trois ans et les français m’auront sur le dos quasiment non stop ! (rires) Il est d’ailleurs déjà retravaillé pour la France et l’international alors après l’actuelle tournée, il n’y aura plus qu’à lancer la suivante ! (rires)

Pour booster la rencontre du public français, les émissions d’Arthur et la télévision en général vous ont beaucoup aidé ?

Oh oui ! C’est inévitable surtout en France car chez vous la télé est vraiment un médium extrêmement puissant. Au Québec aussi elle est très importante mais il y a tellement plus de chaines et d’émissions que finalement ça semble un peu plus facile de se faire connaître. Finalement en France, vous n’avez pas énormément d’émissions qui permettent de donner une grande « exposure » aux humoristes à part quelque chose comme « On n’demande qu’à en rire », des grandes entrevues, de grands Inside mais c’est vrai que vous avez moins de possibilités d’exposer les talents humoristiques.

Ça a l’avantage, grâce à l’audience, d’attirer des gens en salle qui n’auraient peut-être jamais poussé la porte…

Oui ça c’est le plus beau pouvoir de la télévision ! Des gens me reconnaissent dans la rue alors qu’ils n’ont jamais vu mon spectacle et ça c’est quelque chose de complètement dingue ! (rires)



Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel
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