CINÉMA

Pascal Elbé en interview pour son nouveau film « On est fait pour s’entendre » !

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« J’ai fait le film que je voulais faire… »

 

À travers On est fait pour s’entendre – son 3ème long-métrage en tant que réalisateur -, Pascal Elbé a choisi d’aborder un thème qui le touche personnellement mais qui concerne surtout 6 millions de français : la « malentendance ». Sujet étonnamment encore tabou, celui-ci est traité avec autant de bienveillance que d’intelligence, de justesse, d’émotion et d’humour dans une comédie romantique portée par un personnage lunaire au charme absolu, avec qui l’on vit l’expérience de la baisse auditive et de l’adaptation à l’appareillage en totale immersion !

 

 


 

🍿  Pascal Elbé dans « On est fait par s’entendre » au cinéma le 17 novembre 2021

Le 19 novembre 2021 dans le Top Sorties de BFM Nice Côte d’Azur à 19h45 (TNT canal 31)

 


 

 

Morgane Las Dit Peisson : Habituellement, quand vous venez en tournée, c’est plus pour du théâtre…

Pascal Elbé : C’est vrai qu’on n’a pas toujours le temps de partir sur les routes pour présenter les films qui sortent (et on devrait s’en excuser auprès du public) mais avec On est fait pour s’entendre, j’y tenais absolument. J’ai travaillé pendant trois ans sur ce film donc pouvoir échanger avec les gens directement et surtout les entendre réagir dans la salle est la meilleure des récompenses ! Je retrouve le rapport immédiat que j’aime tant au théâtre et ça fait oublier tous les efforts et toutes les difficultés qu’on a pu rencontrer à la fabrication ! (rires)

 

 

C’est intimidant de présenter son propre travail ?

Un peu en effet ! (rires) Mais ça oblige à apprendre le lâcher-prise, l’humilité et à admettre que le film ne nous appartient plus… Mais c’est ça qui rend la chose si belle et si passionnante ! C’est un cadeau merveilleux que de recueillir les impressions, les réactions et les critiques du public car ça veut dire qu’il n’est pas resté insensible à ce qu’on a créé et surtout, ça signifie qu’il va faire vivre et voyager le film.

 

Réalisateur, scénariste et comédien…

Ça reste très intense d’assumer les trois casquettes mais heureusement, tourner un film est un sport collectif ! On s’entoure d’une équipe et on se prépare énormément avant d’attaquer un tournage. Ce que j’aime particulièrement par exemple, c’est que pour façonner mes personnages, je pars à la rencontre de « vrais » gens avec qui je peux discuter de leurs métiers et de leurs vies. On s’instruit, on écoute, on apprend à se la fermer aussi (rires) et ça fait son chemin jusqu’à ce qu’on puisse s’exprimer avec une caméra.

Faire un film représente beaucoup de nuits blanches, des tonnes de choix, de doutes et de questionnements, ça se prépare avec minutie mais une fois que c’est fait et qu’on a tout donné, il y a un sentiment de travail accompli qui nous envahit… Bien sûr que je crève d’envie que les gens aiment On est fait pour s’entendre mais même si ce n’était pas le cas, je ne pourrais pas me reprocher de ne pas m’être investi à 100%… J’ai fait le film que je voulais faire…

 

 

Un exercice épuisant physiquement et mentalement…

Sincèrement, il y a quelque chose, quand on se lance sur tous les fronts comme ça, qui nous dépasse… Quand on réalise un film, on se met dans un genre d’état d’hyper conscience, on est capable de répondre à mille questions dans la journée, d’être partout à la fois tout en oubliant tout, tout à coup, pour se plonger – de façon presque schizophrène – dans son personnage comme n’importe quel autre comédien sur le plateau… On se sent comme Dieu ou au moins comme un super héros ! (rires) C’est une sensation assez étrange qui ne dure, je vous rassure, que le temps du tournage ! (rires) Dès que c’est dans la boîte, la magie retombe ! (rires)

 

Un comédien est une éponge qui observe tout le monde, y compris la technique…

Je crois en effet que j’ai inconsciemment beaucoup appris du travail de réalisateur en étant comédien… Rien ne vaut l’expérience et l’observation. Je pense que j’aurais été incapable de faire à 20 ans ce que je fais aujourd’hui. Il faut bien qu’il y ait des avantages à prendre de l’âge ! (rires)

 

 

Dans ce film, vous vous attaquez à un sujet étrangement tabou : la « malentendance »…

La vie en sourdine de David Lodge est un bouquin formidable où il aborde ce problème de perte d’audition et surtout d’absence de rapport à l’autre. Quand je l’ai lu, je me suis enfin senti apaisé, représenté et donc compris… Et dans la continuité, j’ai eu envie de faire un film sur ce sujet pour toucher, à mon tour, un maximum de gens et dédramatiser ainsi un peu la chose.

Et puis, surtout, c’est un thème très inspirant qui va au-delà de l’audition… On n’a jamais eu autant de possibilités pour communiquer et pourtant, on n’a jamais autant souffert de solitude qu’aujourd’hui ! On ne s’entend plus, on ne s’écoute plus et c’est aussi de ça dont j’avais envie de traiter.

 

La surdité, un handicap invisible…

Exactement et c’était aussi un prétexte pour rappeler que tous autant qu’on est, on a une singularité, une différence ou une fragilité qu’il faut apprendre, avec le temps, à accepter… J’espère vraiment que ce film pourra aider des gens à assumer d’être eux-mêmes, tout « simplement ».

 

 

La surdité, un enfermement…

Autant c’est du pain béni pour un sujet de comédie que dans la vraie vie, ça peut être un véritable enfer ! À travers ce film, j’ai voulu exposer les gênes que ça occasionne mais aussi les solutions qui existent car de nombreux problèmes d’audition ne sont pas une fatalité… J’ai donc dessiné un personnage qui me ressemble, qui veut rester dans l’instant présent, dans la société, qui a besoin du regard de l’autre et qui ne veut absolument pas se terrer par honte d’avouer qu’il entend mal.

 

On ne connaît pas l’origine de son mal, ce qui permet de s’identifier plus facilement…

En effet, je ne voulais pas remonter à la source du problème… En réalité, on ne fait pas assez de prévention sur l’audition et c’est donc quelque chose qu’on ne surveille pas bien. Les gros traumatismes sont rares. En général, on prend conscience du trouble assez tard car on s’est peu à peu habitué à vivre avec sans s’en rendre compte jusqu’au jour où ça devient vraiment gênant. On trouve des parades pour compenser… Mon ORL m’a par exemple dit que j’avais dû développer une lecture labiale pour donner le change alors bien sûr, ce sont des axes intéressants mais je préférais les tenir à distance du film pour me concentrer sur la comédie, l’histoire d’amour…

 

 

Un personnage qui n’entend pas mais qui est plus attachant qu’agaçant…

C’est ça le drame quand on n’entend rien ! (rires) C’est qu’on énerve nos proches mais qu’on ne s’en aperçoit même pas ! (rires) Je suis heureux que ça donne cette impression car c’est ce qui permet à tout le monde de se mettre dans sa peau et donc de le comprendre. J’ai d’ailleurs reçu de nombreux témoignages de familles ou d’audioprothésistes qui m’ont confié s’être rendu compte de ce que vivaient leurs patients grâce au film… C’est ce qui me dit que j’ai bien fait de tourner On est fait pour s’entendre

 

Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au cinéma Le Lido de Saint-Raphaël pour Le Mensuel / Photos S. Branchu & J. Panie / Jerico Films Père & Films / France 3 Cinéma


 

Interview parue dans Le Mensuel n°425 de novembre 2021

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