INTERVIEW

Olivier de Benoist en interview

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Après une femme et une belle-mère auxquelles le public s’est attaché sans jamais les avoir aperçues une seule fois, Olivier De Benoist a décidé de s’attaquer aux autres membres de sa famille qui, jusqu’à présent, n’avaient pas trop trinqué : ses enfants ! Père de quatre sources inépuisables d’inspiration grâce à qui il a écrit le spectacle que lui-même préfère à l’heure actuelle, ODB a, avec Le petit dernier, gagné en finesse et en précision…


« Ça m’effraie de penser que je peux devenir mature ! »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Le petit dernier va t’accompagner pendant de longs mois…

Olivier De Benoist : Ça impressionne un peu de voir que quand tu débutes un nouveau spectacle, des dates sont déjà calées sur les deux ans à venir alors pour ne pas paniquer ou même s’essouffler, il faut le travailler en permanence et chercher à peaufiner chaque détail. J’ai tendance à comparer un spectacle à une voiture de course qui, quand elle est réglée à la perfection, fonctionne à merveille et permet à son conducteur de se dépasser ! En ce moment, je suis encore dans une phase où je suis obsédé par les niveaux de rire, l’efficacité de certains effets, l’ajout ou le retrait de vannes, dans l’espoir d’atteindre le niveau le plus parfait possible… Savoir, en novembre 2019 qu’on jouera au moins jusqu’en juin 2021, c’est certes une pression mais c’est surtout une incroyable chance pour un artiste qui, par définition, a plutôt tendance à vivre dans l’inconnu…

Le public te connaît désormais bien…

C’est vrai que quand le public vient me voir sur scène, il sait désormais à quoi s’attendre alors il est très chaleureux. Par contre, ce n’est pas nécessairement plus « facile »… Quand tu n’es pas connu, il faut convaincre et quand tu l’es devenu, il ne faut pas décevoir… Il n’y a rien de pire que de s’imaginer que les gens auront préféré le précédent ou seront restés sur leur faim !

C’est curieux mais c’est un métier où l’on ne capitalise jamais, on remet à chaque fois son titre en jeu, on repart d’en bas et, étape par étape, on remonte… Mais ce qui est beau  et enrichissant dans l’ascension de l’Everest, c’est le chemin parcouru, pas le sommet…

Un quatrième spectacle…

En toute franchise, plus on avance dans le temps et plus c’est difficile et long à écrire… Il faut, avant de chercher à épater le public, réussir à se surprendre soi-même et après une dizaine d’années de travail, on devient beaucoup plus exigeant et intransigeant ! (rires) Quand on se lance, le temps que chaque idée se mette en place, on est criblé de doutes et on a la sensation que tout a déjà été dit et été fait par nous comme par les autres… Pour Le petit dernier, j’ai eu envie d’être moins trash, moins « paillard » et graveleux qu’avec les précédents alors ça m’a demandé une autre gymnastique d’écriture…

Après ta femme, tes enfants…

(rires) Personne n’est épargné dans la famille ! D’ailleurs, comme le public me demande souvent de leurs nouvelles, ma femme et ma belle-mère font évidemment des apparitions dans ce nouveau spectacle… (rires) En réalité, je crois que les thèmes sont secondaires. Cette fois-ci j’ai choisi de m’en prendre aux dernières personnes qui ne m’en voulaient pas encore à la maison mais ce qui prime en humour, ce sont réellement le jeu et l’écriture.

Tes enfants sont, comme tes spectacles, quatre…

J’ai deux garçons et deux échecs (rires) qui ont entre 2 et 14 ans… Et comme j’avais de nouveau besoin d’échapper aux biberons et aux réveils nocturnes, j’ai décidé, pour la quatrième fois, de remonter sur scène ! (rires) Je suis quelqu’un de très organisé… (rires)

Un large éventail d’âges et donc de problématiques…

Ça m’a en effet ouvert pas mal de voies différentes car les préoccupations d’un ado de 14 ans n’ont strictement rien à voir avec les questions que les parents se posent pour un bébé de 2 ans. D’ailleurs, ça m’a donné l’idée de créer la School of Lexomil, une école des parents dans laquelle je distille des conseils puisqu’on ne naît pas parent, on le devient ! Moi qui suis un expert, je propose des tutos pour expliquer comment nourrir, changer ou endormir un bébé de façon, évidemment, un peu délirante… (rires) Et puis, j’aborde des thématiques improbables comme l’enfant préféré, l’éducation, la place de l’enfant dans la famille… J’ai une fille qui a « tué le père » en voulant devenir, selon elle, la première humoriste de la famille, j’ai un enfant préféré qui est évidemment un garçon, un bébé qui demande beaucoup (trop) de boulot et un ado cérébralement limité… (rires) J’expose les faits jusqu’à demander aux parents dans la salle si, sans la question de l’affect, ils seraient vraiment prêts à tout recommencer… C’est interactif, on pèse le pour et le contre ensemble, on étudie les avantages d’avoir un animal de compagnie plutôt qu’un enfant et, fantasme ultime, j’imagine un plan social qui me permettrait de me débarrasser de ma progéniture comme on met des salariés à la porte ! (rires)

Tes enfants ont, j’espère, le sens de l’humour…

Oui, heureusement, comme leur mère ! (rires) Par contre, c’est amusant de voir qu’ils n’ont pas tous le même rapport au spectacle… Le « numéro 3 », qui a 9 ans, adore me donner des blagues et il suit hyper bien ses dossiers puisqu’il me demande ensuite régulièrement si je les ai testées et si elles ont marché et ma fille aînée, quant à elle, est devenue ma « testeuse » officielle de vannes depuis que ma femme – fatiguée de m’entendre depuis 15 ans (rires) – a rendu son tablier ! Bien sûr, on retrouve quelques traits de leurs caractères ou quelques-unes de leurs anecdotes dans mes personnages mais je rassure tout le monde, mes enfants de scène n’ont pas grand chose en commun avec les vrais ! (rires) Ils n’ont pas assez de tares pour que ça fasse hurler de rire toute une salle ! (rires)

Un one-man qui va souvent t’éloigner d’eux…

Un spectacle, c’est un peu comme un enfant, ça te prend tout ton temps, toute ton énergie, ça t’obsède… Tu le fais naître, tu le fais grandir, tu vis avec lui et un peu comme un enfant, à un moment il t’échappe…

Contrairement aux enfants, on peut préférer un des ses spectacles ?

Oui et je crois vraiment qu’en ce qui me concerne, c’est Le petit dernier car, grâce à l’expérience, j’ai gagné en finesse et en précision.

L’enfance, au coeur de ce one-man mais surtout de ton métier…

On fait un métier génial qui nous permet de garder un pied dans l’enfance puisqu’on joue en permanence… C’est un privilège incroyable et c’est d’ailleurs pour ça que j’aurais très peur qu’on parle d’un de mes spectacles en disant que c’est celui de « la maturité »… Ça m’effraie de penser que je peux devenir mature car au plus profond de moi, je me sens clown. Devenir à 100% adulte et sérieux serait la pire chose qui pourrait m’arriver !

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Radisson Blu Hotel de Nice • Photos Pascal Ito


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Interview parue dans les éditions n°412 #1, #2, #3 et #4 du mois de mars 2020

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