COUPS DE COEUR

Michèle Laroque en interview pour son 3ème long-métrage « Alors on danse »

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On met une vie entière à savoir qui l’on est !

 

C’est avec une comédie romantique et feel good que Michèle Laroque a, pour la 3ème fois, endossé son rôle de réalisatrice. Adapté du film du britannique Richard Loncraine, Alors on danse nous invite à nous interroger sur nos choix de vie en suivant l’histoire de Sandra, une femme certes « bien mariée » mais cocue qui, en retournant auprès de sa soeur, va autant retrouver ses racines que son milieu modeste, ses rêves et ses idéaux.

 


🎟️ Michèle Laroque pour son film « Alors on danse » au cinéma le 16 mars 2022


 

 

Morgane Las Dit Peisson : Alors on danse fait réellement danser en salles !

Michèle Laroque : Quand j’ai eu l’idée de faire ce film, avant même de commencer à l’écrire, j’ai immédiatement eu une vision, celle de faire danser la France entière pendant la tournée d’avant-premières ! (rires) C’est ce qui se passe à la fin des projections alors en plus de la joie que j’éprouve à être sur les routes pour retrouver le public, je suis émue à chaque fois que je le vois jouer le jeu dans les salles… La réalité dépasse de loin le rêve que j’avais ! Il règne une communion et une bienveillance qui, aujourd’hui, semblent complètement dingues ! C’est beaucoup grâce à Sofiane Chalal et à ce qu’il dégage quand il danse. Il est vice-champion du monde de hip-hop – ce qui n’est quand même pas rien (rires) – mais il est humble, simple et pédagogue, les gens le ressentent.

Ce sont des moments qui redonnent foi en l’Humain…

C’est ce que j’aime par-dessus tout ! Voir réunis tous ces gens qui n’ont rien à voir les uns avec les autres se mettre à danser et à chanter à la fin du film, c’est énorme ! Ils ne se connaissent pas, ne se seraient peut-être jamais parlé mais à un moment donné, ils ressentent la même émotion et partagent une expérience commune… C’est hyper fort et c’est d’ailleurs exactement ce qu’il se passe dans le film entre les protagonistes qui n’étaient pas spécialement voués à se rencontrer mais aussi pendant la scène chorale où de nombreuses personnes se mettent à danser ensemble pour défendre une même cause. J’ai adoré filmer ce moment car il y avait des gens de tous âges et de toutes origines… Voir qu’il se passe exactement la même chose « en vrai » dans les salles de cinéma, c’est à la fois émouvant et rassurant ! Je crois que seuls le sport et l’art peuvent réussir un tel exploit !

 

 

Des personnages de tous âges qui rappellent que tout le monde peut s’adonner au plaisir de la danse…

C’est exactement ça ! On s’imagine à tort qu’il faut être sportif, mince, jeune et doué pour danser alors on se met des barrières quand on ne correspond pas à ces critères. C’est comme la chanson, on a tendance à se restreindre par peur du ridicule mais c’est important de se rappeler qu’on peut se faire du bien en chantant sans pour autant être La Callas ! (rires) On se juge trop sévèrement et on se brime, on se frustre tout seul…

Thierry Lhermitte, par exemple, ne voulait pas danser mais en rencontrant Sofiane Chalal et en baignant dans l’ambiance du tournage où personne n’était là ni pour se juger ni pour réaliser des prouesses, il s’est lancé de lui-même ! C’est rare de ne pas être capable de suivre quelques pas de danse et c’est souvent la crainte de ne pas y arriver qui nous bloque et nous donne l’impression d’être nul. Il est essentiel d’apprendre à se foutre du regard des autres mais surtout de réussir à ne pas se juger trop sévèrement soi-même ! Il faut apprendre à lâcher cette pression qu’on se met inutilement sur les épaules…

 

 

Un film sur le lâcher-prise…

C’est tout à fait ça ! Alors on danse est une ode au lâcher-prise. C’est merveilleux de vouloir évoluer mais il ne faut pas mélanger le fait d’avancer dans sa vie avec celui de vouloir se prouver constamment quelque chose. Chercher à se dépasser en permanence nous prive, je pense, d’une part de liberté. Ce n’est pas évident, surtout à notre époque où l’on s’expose beaucoup et où l’on recherche inconsciemment l’approbation et l’admiration de l’autre mais il est essentiel, je crois, de réapprendre à profiter, à « kiffer » tout simplement ! (rires) Une belle journée, c’est une succession de petits kiffs et de temps en temps, il faut savoir se l’offrir !

Un 3ème film comme réalisatrice mais c’est une 1ère adaptation…

C’est un travail un petit peu différent qui présente l’avantage de savoir immédiatement ce qui nous plaît et ce qui ne nous plaît pas, qu’on va donc éliminer. Adapter un film permet d’être un peu plus rapide parce que la base et la structure sont là par contre, la difficulté majeure est évidemment de se l’approprier sans le dénaturer ni trahir la version originale qu’on a aimée. Avec Stéphane Ben Lahcene – le scénariste – on a respecté le film de Richard Loncraine mais on l’a peaufiné en y ajoutant tout ce qu’on aime ! J’ai trouvé ce travail très agréable.

 

 

Un casting 4 étoiles !

J’ai eu beaucoup de chance qu’Armelle, Jeanne Balibar, Isabelle Nanty, Patrick Timsit, Thierry Lhermitte, Jean-Hugues Anglade ou encore Antoine Duléry répondent tous présents ! C’est en effet un casting magnifique qui rend chaque rôle encore plus savoureux ! Dans un film on est obligé d’avoir des rôles « principaux » que le spectateur va suivre et d’autres, dits « secondaires » mais sans qui l’histoire ne pourrait pas avancer. Ils sont certes plus « petits » mais pas moins importants alors quand de grands comédiens acceptent de les endosser, c’est un cadeau inestimable !

Un film qui parle de danse mais surtout des secondes chances…

J’aimais l’histoire de cette femme qui traverse une épreuve et qui va contre toute attente réaliser qu’elle peut vivre une autre vie que celle qu’elle s’était choisie et que celle-ci peut la rendre bien plus heureuse. J’aime l’idée qu’un changement ou une rupture ne soit pas une fin ultime mais le début d’autre chose. En voyant évoluer Sandra dans le film, on prend conscience qu’en réalité, peu importe l’âge qu’on a, on ne se connaît pas si bien soi-même… On met d’ailleurs une vie entière à savoir qui l’on est ! (rires) Elle voulait être danseuse étoile, elle n’y est pas parvenue, elle est devenue « Madame Parfaite » dans un milieu qui n’est pas le sien, elle a passé ses années de mariage à s’adapter, à se conformer et à se persuader que ça la rendait heureuse. Mais lorsqu’elle est trompée, qu’elle quitte le château de son mari et qu’elle rentre dans la maison de son enfance où elle va cohabiter avec sa soeur, elle va – petit à petit bien sûr – se rapprocher de son passé, de ses rêves et donc d’elle-même. Elle va se redécouvrir, se laisser aller et rencontrer des gens avec de grandes qualités humaines.

 

 

Elle va d’ailleurs découvrir le monde du bénévolat…

C’était important pour moi de parler des bénévoles qui consacrent une partie de leur temps à essayer d’égayer la vie des gens qui souffrent en apportant un peu de légèreté dans leur quotidien… Je suis très admirative de ce don de soi…

©Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Cineum Cannes pour Le Mensuel / Photos Christine Tamalet & Thibault Grabherr

 


Interview parue dans Le Mensuel n°429 de mars 2022

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