INTERVIEW

Mathilda May en interview

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RENCONTRÉE À L’OCCASION DE LA TOURNÉE DU SPECTACLE MUET LE BANQUET QU’ELLE A IMAGINÉ ET MIS EN SCÈNE, MATHILDA MAY – QUE L’ON RETROUVERA DÈS CE MOIS-CI À L’AFFICHE DE LA PIÈCE LA GUERRE DES ROSE – AFFICHE FIÈREMENT LA RICHESSE ET L’ÉCLECTISME DE SON UNIVERS ARTISTIQUE… ATTIRÉE PAR UN HUMOUR ANGLO-SAXON À LA BUSTER KEATON ET AVIDE DE DÉCOUVERTES, L’AUTEURE ET COMÉDIENNE ISSUE DU MONDE DE LA DANSE A SU, AU FIL DE SES EXPÉRIENCES SCÉNIQUES ET CINÉMATOGRAPHIQUES, TROUVER UNE VOIE QUI A LA PARTICULARITÉ DE NE RESSEMBLER À AUCUNE AUTRE…

 

MATHILDA MAY dans la pièce « LA GUERRE DES ROSE » À LA CIOTAT LE 22 JANVIER • À SAINT RAPHAËL LE 03 FÉVRIER • À VALLAURIS LE 07 FÉVRIER • À GRASSE LE 27 AVRIL

 


« J’aime par-dessus tout observer l’humain… »


MORGANE LAS DIT PEISSON C’EST RARE DE VOIR UN AUTEUR SUIVRE SA PIÈCE SUR LA ROUTE…

MATHILDA MAY : On est au début de l’exploitation donc pour le moment, je suis la troupe partout non pas parce que je ne lui fais pas confiance mais parce que la forme de ce spectacle est assez particulière et qu’elle exige de nombreux petits ajustements… C’est très chorégraphié et chronométré, c’est une mécanique terriblement technique mais qui doit absolument rester vivante alors j’essaie de peaufiner et de régler tous les détails.

REGARDER ET JOUER UN SPECTACLE GÉNÈRE AUTANT DE STRESS ?

Je suis toujours un peu tendue avant chaque représentation et je dois reconnaître qu’en n’étant pas sur scène, c’est encore pire ! (rires) C’est une réelle épreuve émotionnelle pour moi… J’ai connu différents types de trac mais celui-ci est encore pire que tous les autres ! Le trac est un processus utile qui sert à rendre plus performant, un bègue ne bégayera par exemple plus sur scène et un malade ne ressentira plus ses symptômes non plus… C’est fantastique quand on est en action car ça nous transcende mais quand, comme moi avec Le Banquet, on assiste à sa propre création en se sentant impuissante, on conserve le trac horrible qu’on a avant de monter sur les planches et il nous bouffe de l’intérieur pendant une heure et demie ! (rires)

VOUS AVEZ CHOISI UNE FORME COMPLÈTEMENT OVNIESQUE DE SPECTACLE…

C’est vrai que Le Banquet mais aussi le précédent, Open Space, sont des paris voire même de véritables défis artistiques, techniques et personnels mais si on n’ose pas jouir de l’audace et de la liberté que la scène peut nous offrir, je ne vois pas où l’on pourrait s’y adonner… Il y a tellement d’autres terrains dans la société où l’on est constamment contraint de se plier aux convenances et aux schémas imposés que ce serait irrespectueux, à mes yeux, que de ne pas tenter de m’en affranchir à travers la création.

DE LA DANSE, DU BURLESQUE, DU MIME, DES BORBORYGMES…

Il y a pas mal de chapelles dans les métiers artistiques avec des cloisonnements entre la danse contemporaine et la danse classique ou encore le théâtre subventionné et le théâtre privé et bien que ça participe à la richesse de notre offre culturelle, j’aime rompre ces barrières pour créer des spectacles qui soient le fruit de mes différentes passions artistiques. La danse a été mon premier métier, la musique est l’essence même de ma vie et le jeu fait partie intégrante de moi alors je n’avais pas envie de faire un choix entre les trois…

UN SPECTACLE THÉÂTRAL SANS MOTS…

En France, on a tendance à associer – à très juste titre – le théâtre à la langue alors que le langage du corps et le ressenti sont essentiels. Je pense que tout parle. Un regard, un geste ou un hochement de tête peut parfois suffire à se raconter sans utiliser un seul mot… Quand on ferme les yeux, on entend mieux et je crois que quand on supprime la parole, on finit par se connecter à l’autre pour compenser naturellement ce manque… J’aime par-dessus tout observer l’humain et c’est ce que j’essaye de partager à travers mon travail.

UN BANQUET DE MARIAGE EST UNE FÊTE FAMILIALE…

J’ai choisi cet évènement car un mariage est un moment charnière dans l’existence… On renonce à une liberté, on change de vie, on épouse un conjoint mais aussi une belle-famille et le banquet est sans nul doute l’instant où beaucoup de choses se règlent et se préparent… C’est passionnant à décortiquer car tous les sentiments, les griefs, les regrets, les doutes et les non-dits s’invitent à la fête et sont exacerbés par une excitation et un alcool qui fait tomber les masques…

LE BANQUET EST LE FRUIT DE VOS EXPÉRIENCES ET RAPPELLE QU’AUCUNE D’ENTRE ELLES N’EST INUTILE…

C’est exactement ce que je ressens… Je n’ai jamais renoncé à une vie pour une autre, chaque « vie » complète la suivante et la nourrit… Mais j’ai aussi la chance d’avoir trouvé la scène pour que toutes ces vies successives fassent sens et se rejoignent… Il est important de se questionner et d’entretenir sa singularité, peu importe le domaine, car c’est elle qui nous façonne.

ON VA VOUS RETROUVER EN TANT QUE COMÉDIENNE DANS LA GUERRE DES ROSE

On a commencé à répéter et, même si je me suis glissée à nouveau dans ma peau de comédienne sage et docile, j’ai la chance que La guerre des Rose permette de bien délirer ! (rires) C’est une situation folle, une guerre dans un couple qui se déchire pendant son divorce et qui va tellement loin que ç’en est monstrueusement drôle ! Avec mon partenaire, Pascal Demolon, on peut se déchaîner et s’amuser car la pièce est dingue ! Moi qui suis d’un tempérament plutôt calme, cette partition me permet vraiment de devenir une autre personne…

LE JEU ET UN LIVRE, V.O.

C’est un récit autobiographique sur mon parcours… Chaque chapitre est une petite histoire et j’y raconte des choses très drôles et des trucs pathétiques mais, avec le recul, je me rends compte que ce chemin qui n’était pas tracé d’avance a finalement un sens et j’aime à penser que je n’ai aucune idée de ce que je ferai dans cinq ans ni qui je serai… C’est ce goût du mouvement que j’exprime dans ce livre.

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Théâtre Anthéa d’Antibes lors de la représentation de son spectacle « Le Banquet » • Photos Marthe Lemelle & Richard Schroeder


Interview parue dans les éditions n°398 #1, #2 et #3 du mois de janvier 2019

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