Tout héritage est une métamorphose d’Irène Fenoglio
lecture / roman / mémoires / témoignages
- paru le 28 janvier 2026 chez Albin Michel
- 224 pages / 21.90€ / à commander ici !
Tout héritage est une métamorphose d’Irène Fenoglio : Ce qui nous façonne
Directrice de recherche au CNRS en sciences du langage où elle étudie l’impact de la langue française dans les relations internationales, Irène Fenoglio vient de publier – chez Albin Michel –, pour la 1ère fois, un ouvrage aussi intime qu’universel. À travers Tout héritage est une métamorphose, l’autrice ne propose ni histoire d’amour ni thriller intrépide, mais dévoile avec délicatesse le parcours des siens, afin de mieux comprendre le mécanisme de la transmission… Cette chose immatérielle qui tient plus de l’hérédité que de l’héritage.

Tout part d’un cahier d’écolier dont les pages, noircies par sa mère au fil de son existence, relatent sa propre histoire généalogique et ses racines piémontaises, mais également celle de son père. Né à Tende dans les années 20, bien avant que ce territoire dans la vallée de la Roya perde son identité italienne (en 1947), il sera naturalisé français, mais pas considéré comme tel pour autant. Et puisque le couple Fenoglio a fait partie de ces émigrés italiens ayant fui le régime de Mussolini, ils vont devoir, comme beaucoup, redoubler d’efforts pour s’intégrer, avec les 6 enfants qu’ils auront…

Irène, la 3ème de la fratrie née en 1951, raconte dans ce récit son enfance dans l’après-guerre, quand le rationnement existait toujours et qu’il était normal que les vêtements des aînés resservent aux plus jeunes. Elle se rappelle de sa honte d’aller à l’école chaussée des bottines du grand frère, mais aussi du talent de sa mère – fine couturière – qui savait « retourner les manteaux » pour leur donner une seconde vie, des tickets encore en vigueur et du sens de la débrouille dont chacun était obligé de faire preuve à cette époque… Étant, comme elle, un enfant du « baby-boom », je ne peux qu’attester de la véracité des faits et surtout des souvenirs qu’ils ravivent chez les lecteurs concernés, de près ou de loin. Évidemment, il en émane de la nostalgie, mais surtout une réflexion sur ce que, génération après génération, ces « accumulations » invisibles – drames, expressions, origines, expériences, stress, adaptabilité, joie, manques, caractères, éducation… – laissent comme héritage impalpable. Un récit qui pousserait même à s’intéresser à la notion d’épigénétique, cette science qui a mis à jour le lien entre ADN et mémoire ancestrale.
© Textes Jean-Louis Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Avril 2026 / Photo DR
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