INTERVIEW

Ivan Calbérac en interview

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Bien qu’ayant goûté aux planches il y a quelques années, c’est derrière une caméra ou avec un stylo à la main qu’Ivan Calbérac se sent pleinement vivant ! Préférant imaginer et raconter des histoires plutôt que de se restreindre à n’en vivre qu’un tout petit bout en tant comédien, l’auteur et réalisateur semble avoir autant trouvé son style que son public. À l’origine de L’étudiante et Monsieur Henri, On va s’aimer ou encore de La Dégustation qui se joue en ce moment au théâtre, le conteur s’est lancé dans l’adaptation cinématographique de son roman Venise n’est pas en Italie. Sorte de road-trip familial où l’on découvre les défauts, les attentes et les incompréhensions de chacun, ce film rappelle combien les liens qui nous unissent, même naturels et génétiques, exigent une attention de chaque instant…

 

 


« Ce film raconte l’histoire d’un choc social…. »


MORGANE LAS DIT PEISSON Présenter un film, c’est proposer une version figée…

IVAN CALBÉRAC : Ça fait deux ans que je travaille sur ce film et là, une version que j’ai estimée  être la bonne est enfin visible… C’est émouvant de la présenter à des publics, de les entendre rire, de les voir émus, de recueillir leurs avis, de répondre à leurs questions… Ce sont des moments privilégiés que je suis très heureux de pouvoir vivre. C’est excitant et terrifiant à la fois, on traverse un tas d’émotions mais je ne m’en priverais pour rien au monde ! 

Venise n’est pas en Italie évoque la difficulté d’accepter ses proches tels qu’ils sont…

Oui et celle-ci peut revêtir plusieurs visages… Il y a la honte qu’on peut avoir de ses parents mais aussi la difficulté pour ces derniers d’accepter leurs enfants tels qu’ils sont… Venise n’est pas en Italie explore un peu les deux camps et rappelle ainsi qu’il est nécessaire de communiquer un peu plus. Et puis, ça parle aussi de se réconcilier avec ses origines pour mieux accepter son héritage familial et apprendre à n’en extraire que le meilleur…

Des parents qui teignent les cheveux de leur fils…

Je l’ai vécu… Mes parents m’ont teint les cheveux en blond chaque mois de mes 7 à mes 13 ans… Ça peut prêter à faire sourire aujourd’hui mais pour moi à l’époque, c’était violent car névrotique de la part de mes parents… Ça m’a fait perdre confiance en moi, j’avais dans l’idée qu’il me fallait être différent de ce que j’étais naturellement pour être conforme à une norme ou en tous cas à ce que l’on attendait de moi. J’ai grandi, j’ai mûri alors maintenant c’est derrière moi mais ça interroge sur le comportement de certains parents qui, que ce soit au niveau physique, sportif, sexuel ou scolaire, n’arrivent pas à accepter leur enfant tel qu’il est et tentent, en pensant souvent bien faire, de le faire correspondre à ce qu’ils attendaient de lui ou à ce qu’ils imaginaient pour lui…

Ce film est adapté de votre roman…

Venise n’est pas en Italie a en effet d’abord été un roman publié en 2015 et face à son succès en librairie, on a eu envie d’en faire un film… C’est une écriture très différente qui a demandé un an d’adaptation… Il faut, pour le cinéma, réussir à s’éloigner de tout ce qui est trop « littéraire » pour ne garder que la dramaturgie. On a eu besoin de créer de nouveaux personnages et de modifier certaines scènes car le niveau d’imaginaire n’est pas le même entre la lecture et l’écran. Au cinéma, on impose des images, un réalisme fort et une psychologie encore plus fine… 

Valérie Bonneton et Benoît Poelvoorde…

Ils étaient mes premiers choix alors j’ai été fou de joie quand ils ont accepté de tourner ! Et puis ils ont réussi à façonner leurs personnages tels que je les imaginais tout en se les appropriant. Il ne faut pas perdre de vue qu’un film est une œuvre collective et qu’on n’est plus le seul auteur. Les acteurs écrivent à leur manière en donnant vie à des personnages qui, jusque là, étaient fictifs et ça fait du bien de réaliser qu’au fond, on n’est jamais vraiment seul…

Particulièrement au cinéma…

C’est ce que je trouve magnifique ! Le cinéma, est un métier de passionnés qui s’unissent, à un moment donné, autour d’un seul et même projet. C’est beau de voir une quarantaine de techniciens oeuvrant avec autant de précision que de synergie, ça ressemblerait presque à un ballet ! (rires) Le réalisateur vient avec ses premières idées puis, chaque professionnel apporte sa touche, sa patte et c’est ça qui fait qu’à la fin d’un tournage, un film peut voir le jour. 

Une histoire de famille mais aussi de société…

On a vraiment tourné à Venise avec une  équipe italienne, ça a été très compliqué vu le nombre de touristes présents en permanence mais si on l’avait fait en studio, je pense qu’il aurait certainement manqué l’âme de cette ville si majestueuse… On retrouve donc la Sérénissime  telle que l’on se l’imagine mais on en découvre également une facette moins luxueuse puisque ce film raconte l’histoire d’un choc social. Emile, le jeune héros, tombe amoureux d’une fille dont le niveau de vie est bien plus élevé que le sien mais il va se rendre compte que ce milieu qu’il idéalisait renferme lui aussi ses problèmes et ne garantit pas le bonheur.

Si les gens de réconcilient avec leurs familles après avoir vu ce film, je serais vraiment ravi car c’est tout ce dont je rêve !

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson lors de l’avant-première organisée par le cinéma Le Lido de Saint-Raphaël • Photos droits réservés


Interview parue dans les éditions n°403 #1, #2, #3 et #4 du mois de mai 2019

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