CINÉMA

Jérémy Ferrari & Éric Judor en interview pour le film « Les K d’or »

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« Il faut apprendre à lâcher et ça, c’est le plus compliqué… » Jérémy Ferrari

 


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Pour la 1ère fois, et après des années de réflexion, d’écriture et de travail acharné, Jérémy Ferrari arrive dans les salles obscures devant et derrière la caméra ! S’il n’est pas nécessaire d’avoir vu ses 3 spectacles pour comprendre ou apprécier « Les K d’or », les fidèles adeptes de son humour noir y retrouveront le style, le rythme et l’esprit critique qui ont fait son succès. Avec une intrigue frôlant l’absurde – le fils présumé de Khadafi recrute une jeune femme déradicalisée pour l’aider à libérer une journaliste retenue en otage par un djihadiste, le tout en inventant un prétexte caritatif et en embarquant un malvoyant (campé par Éric Judor) et un chien amputé d’une patte -, le réalisateur y infuse subrepticement du propos et réussit à faire de son film une comédie aussi incisive que grand public

 

 


 

 

Jérémy Ferrari & Éric Judor en interview pour le film Les K d’or

interview / cinéma / comédie / action

 

interview filmée disponible ici le 10 mars 2026

 

 


 

 

Morgane Las Dit Peisson : Ce film est un projet sur lequel tu travailles depuis des années…

 

Jérémy Ferrari : On ne se rend pas toujours compte du taf qu’il y a derrière un film, et encore moins du temps que ça prend, mais c’est extrêmement long ! Déjà, j’avais écrit une première version dans laquelle il n’y avait que des rôles principaux masculins, dont Guillaume Bats… Il était hors de question de le remplacer après son décès, donc j’ai  fait une refonte totale du scénario et des 3 personnages

 

 

4 si on compte Bobby, le chien…

 

Jérémy : Oui, évidemment ! (rires) Il a maintenant une notoriété bien plus importante que celle d’Éric, alors que ce dernier incarne magnifiquement Ryan…

 

Éric Judor : Donc après avoir remplacé Guillaume Bats, je suis devenu le second rôle du chien à trois pattes ? (rires) Il ne faut vraiment pas avoir d’ego dans ce métier !

 

 

Jérémy : On a d’ailleurs créé une association qui s’appelle Hey Bobby grâce à ce chien qui joue le rôle de Tribord. Quand on l’a rencontré, il était dans un refuge pour animaux handicapés et on s’est aperçu que ces initiatives-là étaient encore moins soutenues que les autres. Alors on récolte des fonds pour aider ces lieux d’accueil, tout en incitant les gens à adopter ces chats et ces chiens. 

 

Éric : C’est vrai que c’est essentiel de trouver des gens prêts à accorder du temps, de la patience et de la place aux animaux handicapés…

 

Jérémy : Pas tant de place que ça, car il manque des bouts… (rires) Donc c’est une démarche beaucoup moins généreuse qu’elle n’y paraît…

 

 

Derrière l’aspect artistique, il a fallu trouver le financement…

 

Jérémy : Autant le pitch a tout de suite convaincu Éric, autant les financiers ont été plus frileux ! (rires) Quand tu annonces que c’est l’histoire d’un mec – peut-être le fils de Khadafi – qui part dans un camp de djihadistes pour récupérer une journaliste, accompagné d’une fichée S, d’un malvoyant et d’un chien à trois pattes, il n’y avait qu’Éric pour trouver ça formidable ! (rires)

 

Éric : Ça m’a immédiatement séduit, pour moi c’était mainstream ! (rires) J’ai compris qu’on allait taper très large ! Tout le monde a des super souvenirs de Kadhafi et surtout, tout le monde aime l’argent, donc cette quête de l’or avec un malvoyant et un chien amputé réunissait tous les ingrédients pour fabriquer un succès grand public ! Il y a tous les sentiments dans Les K d’or, c’est fou ! (rires)

 

© Iconoclast, Be Kind Films, StudioCanal

 

Tu as l’habitude de peaufiner chaque détail pour tes spectacles, le cinéma en est criblé…

 

Éric : Toi, tu veux savoir s’il a appris à déléguer ? (rires) Absolument pas ! Il était tout le temps sur tous les fronts, dans tous les combats et ce qui est horrible avec lui, c’est qu’il ne s’arrête jamais ! Il aurait pu nous faire tourner pendant 72h d’affilée si on avait tenu ! (rires) Dans sa tête, il faisait Avatar ! (rires)

 

Jérémy : Je n’ai vraiment pas changé sur ça… La preuve : 9 mois de montage ! (rires) Normalement, pour une comédie, ça prend trois fois moins de temps… Et puis c’est vrai que, par rapport à la scène, il y a une tonne de détails à penser entre les costumes, les décors, les accessoires, les lieux, les lumières… Même si j’ai eu la chance d’avoir des équipes formidables, le rôle d’un réalisateur c’est de tout avoir en tête et d’être capable de trancher. Ça, ce n’est que la 1ère phase de fabrication, qui est encore très différente de l’étalonnage, du mixage et du montage…

 

© Iconoclast, Be Kind Films, StudioCanal

 

Mais ce qui m’a été bénéfique sur le tournage, c’est que je ne connaissais pas l’ampleur de l’efficacité d’un mixage et d’une synchro pour améliorer un film ! Du coup, j’ai tout fait à fond en me disant que c’était toujours ma dernière chance de faire le mieux possible… En revanche, même si je sais maintenant qu’on peut faire des miracles après, c’est un truc à se rappeler. Si j’ai la chance d’en refaire un, j’espère garder à l’esprit de continuer à poncer chaque étape de fabrication, sans être tenté de m’économiser en pensant que c’est rattrapable… Bien que me connaissant, il y ait peu de risque que ça arrive ! (rires)

 

Éric Judor au Megarama Nice-Vauban @syspeophoto

 

Le plus angoissant, surtout quand on est habitué à la scène, c’est de figer définitivement le film ?

 

Jérémy : Pour moi, c’est le pire aspect du cinéma ! Je sais que j’aurai toujours envie de retoucher quelque chose à un moment donné et c’est un supplice de ne pas pouvoir le faire… Il faut apprendre à lâcher et ça, c’est le plus compliqué… 

 

Éric : 9 mois de montage… Ça répond à la question ! (rires) Il faut savoir dire au revoir mais c’est vachement difficile, surtout quand on le voit en salle, avec les réactions du public. Je pense qu’il n’existe pas de comédies parfaites, elles peuvent s’approcher d’une forme de perfection, mais même le plus gros carton peut être amélioré… Et c’est pour ça qu’on a toujours cette envie de recommencer et de se lancer dans un nouveau projet…

 

Jérémy Ferrari & Éric Judor au Megarama Nice-Vauban @syspeophoto

 

Le travail de réalisation a ressemblé à ce que tu imaginais ?

 

Jérémy : Oui, quand même pas mal… Je pense qu’avoir fait un film à 40 ans plutôt qu’à 25, d’avoir eu des potes qui faisaient les leurs, d’être allé sur des tournages, d’avoir déjà géré des équipes et d’avoir travaillé avec des comédiens m’a conditionné à savoir que ça allait être dur, que ça allait être long et que j’allais douter. Du coup, je n’ai pas été surpris de l’intensité et des difficultés de la réalisation. Je pense notamment au bout à bout, qui est une étape horrible ! Tu tournes au Maroc, tes images sont envoyées directement au monteur en France et il bosse avec la scripte à distance. De là, il fait un prétravail de montage et, même si on m’avait averti qu’il ne fallait pas paniquer parce que l’aperçu allait être archi brut, ça m’a achevé, j’ai cru que j’allais mourir et j’ai mis au moins 20 minutes avant de reparler après le visionnage ! 

 

Éric : Et dire que c’est ce que le public va voir… C’est pas ouf mais on s’habitue à force de le regarder, au bout d’un moment on se dit que ça passe ! (rires) 

 

Jérémy : La toute première fois, c’est hard ! (rires) Seulement après, tu réalises le nombre de rushs que tu as en stock et tu comprends que ça va bien se passer… 

 

Jérémy Ferrari au Megarama Nice-Vauban @syspeophoto

 

Avec le choix d’un scénario autour de Khadafi, on retrouve ton goût pour les histoires vraies…

 

Jérémy : C’est exactement ça, je voulais m’appuyer sur un fait réel et c’est grâce à l’un de mes coauteurs – Saïd Belktibia – qu’on a eu l’idée de Khadafi, connu pour avoir eu une sexualité assez débordante, bien que ça n’ait pas été pas son seul problème ! (rires) De là, on a imaginé une aventure avec une Française, dans les années 80-90, puisqu’il venait beaucoup voir notre ami Nicolas Sarkozy… À ce moment-là, il était jugé totalement fréquentable et ce n’est que plus tard, qu’on changera d’avis… De cette « rencontre », on s’est dit qu’il avait pu avoir un fils

Quand il est mort en 2011, il était considéré comme l’homme le plus riche du monde, mais ayant senti le vent tourner, il a planqué son oseille un peu partout. Aujourd’hui, des gens le cherchent encore ! De fil en aiguille, ça nous a donné l’idée de transformer le petit Noé – le fils imaginaire – en chasseur de trésor… Tout ce cheminement me permettait d’avoir un semblant d’histoire vraie, qui l’est peut-être, qui sait ? (rires)

 

Jérémy Ferrari & Éric Judor au Megarama Nice-Vauban @syspeophoto

 

On ne peut pas tout dire, mais il y a plusieurs couches de lecture et on retrouve tes thèmes de prédilection : politique, handicap, santé, religion, associations, radicalisation, guerre…

 

Jérémy : L’histoire est en effet trop complexe à raconter sans tout dire, les personnages évoluent et on se rend compte qu’on les a sûrement jugés trop vite au début du film… Mais puisque je veux que les gens se déplacent en salles, je n’en dirai pas plus ! (rires) En revanche, c’est vrai qu’à l’écriture, je ne me suis pas tellement aperçu que j’y mettais autant des thèmes que j’avais déjà abordés dans mes spectacles. Ça s’est vraiment fait très naturellement… Je pense aussi que c’est parce que c’est mon premier film. Il y a à l’intérieur un peu de tout ce qui m’anime… Maintenant, j’espère que les scores me permettront d’en refaire un, parce que j’ai trouvé cette expérience extraordinaire !

 

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Cinéma Megarama Nice-Vauban pour Le Mensuel / Mars 2026 / Photos @syspeophoto

 

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