Non classé

HUSTER – Interview

By  | 

Francis HUSTER

en interview

 « Il vaut mieux se casser la gueule dans un truc difficile que de toujours refaire la même choses »
  
31550_Francis_Huster         FRANCIS HUSTER
 
  
Morgane L
: L’histoire de la nouvelle « La Traversée de Paris »
Francis Huster : Marcel Aymé était fou de rage de ce que Pétain et le gouvernement de Vichy faisaient et il a écrit un bouquin pendant la guerre qui s’appelait « Le Chemin des Ecoliers » où il raconte l’histoire de deux jeunes adolescents qui font du marché noir.
Il est paru en 1945, c’est magique, c’est un « Autant en emporte le vent » pendant la guerre…
Il en a tiré après une nouvelle où il a transformé les deux adolescents dans ces deux héros, Grandgil et Martin.
Quand le chef d’oeuvre avec Gabin, Bourvil et De Funès a été tourné, Marcel Aymé a été très mécontent parce qu’on avait transformé beaucoup de choses par rapport à la nouvelle donc il a voulu, et Jean-Louis Barrault me l’a demandé, qu’on porte au théâtre le texte exact.
Il voulait absolument que l’acteur soit seul pour que ce soit le texte qui soit incarné.., il ne voulait pas de décors, il ne voulait rien.
 
Vous avez adhéré tout de suite sans craintes
Si bien sûr ! J’ai mis 20 ans pour faire le spectacle.
J’avais été très marqué par « La Peste » que je ne voulais pas recommencer…
Cette pièce je l’ai faite pour quelques représentations aux Bouffes Parisiens et ça a été un tel succès qu’on m’a demandé de partir en tournée, et là ça fait un an et demi que ça dure !
 
Seul en scène
J’avais été seul en scène il y a 30 ans dans « Hamlet » de Laforgue, « L’os de coeur », « La Peste » mais seul en scène, face au public, c’est un peu obligatoire tous les 4 ou 5 ans pour les acteurs, pour essayer d’imposer un texte qui leur tienne à coeur.
Il y a des fois dans ce métier où l’on est dirigé dans des rôles ou des oeuvres dont on ne partage pas le sens. Ça devient rare mais ça me semble très intéressant.
 
S’emparer du texte
Je pense que c’est un travail comme un pianiste, c’est une question de rythme.
 Il y a des acteurs qui sont faits pour interpréter des auteurs et quand on n’est pas dans le rythme de l’auteur, c’est impossible.
C’est un travail très très lourd, c’est un vrai travail de musicien.
 
Ce qui vous a séduit dans le texte
Tout m’a séduit.
Un acteur c’est quelqu’un qui a besoin de la perfection dans le texte. Là il passe du rire aux larmes et tout le monde ne l’a pas fait, Maupassant ne l’a pas fait, Zola ne l’a pas fait, Balzac ne l’a pas fait…
Marcel Aymé est un exceptionnel génie parce qu’il est typiquement français. Il est dans cette veine française qui peut être pathétique et boulversante ou se foutre de la gueule du monde !
Le coup de génie d’Autant-Lara c’est, évidemment, d’avoir réuni Bourvil, Gabin et De Funès…
Sans eux, ça n’aurait pas été le même film parce qu’il y a une vraie douleur humaine chez ces trois là, ces trois cinglés…
 
Vous touchez à tous les registres
Je pense que c’est une très bonne question dans le sens où l’on ignore qu’un acteur a un cerveau et des muscles et que si jamais il passe toujours au même endroit et ne joue que de la tragédie ou que du comique, ses muscles se dessèchent…
Les grands champions de cyclisme par exemple vont à la montagne, font la course contre la montre… Il faut oser le faire et tout le monde ne peut pas le faire.
Pour moi, la grandeur c’est le décathlon. C’est beaucoup plus performant de tout faire que d’être le meilleur…
Je n’aime pas beaucoup les acteurs qui se spécialisent tellement qu’ils deviennent des caricatures d’eux-mêmes, Il vaut mieux se casser la gueule dans un truc difficile que toujours refaire la même chose.
 
Vous comparez l’acteur au sportif
Pour moi c’est la même chose, on joue pour un public, si on retire le public des stades de football, il n’y a plus de football.
 
Petites salles pour faire découvrir le théâtre
C’est exactement ça.
Pour moi le devoir du théâtre c’est d’aller vers un public et que dans une petite salle, la vie de 2 ou 3 personnes changent parce qu’ils ont entendu un texte ou vu un acteur…
Je suis heureux, là maintenant, autant qu’ailleurs ! (rires)
 
Propos recueillis por Morgane Los Dit Peisson pour Le Mensuel

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply