CINÉMA

Gérard Jugnot & Nicolas Cuche en interview pour le film « Pourris gâtés »

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« Le vrai bonheur n’est pas dans la possession… »

 

Même s’il a à nouveau cédé à l’appel de la réalisation (son prochain long-métrage s’intitulera Le petit piaf), Gérard Jugnot prend toujours autant de plaisir à incarner « simplement » un personnage. Dans le dernier film de Nicolas CuchePourris gâtés -, le comédien s’est glissé dans la peau d’un père de famille fortuné qui, après le décès de sa femme et pour compenser ses nombreuses absences professionnelles, a fini par tout laisser passer à ses trois enfants. Devenus des adultes riches, paresseux, irrespectueux et capricieux dépensant sans compter, ils vont rapidement devoir apprendre – suite à une idée étonnamment tordue de leur père – à survivre dans le monde « réel » en gagnant eux-mêmes l’argent du foyer… Drôle et émouvante à la fois, cette comédie pleine de fraîcheur offre une très jolie leçon de vie !

 

 

 


 

🎟️ Gérard Jugnot pour « Pourris gâtés » au cinéma le 15 septembre 2021 • Avant-première en présence de l’équipe du film le 04 septembre 2021 à 20h15 au Pathé Gare du sud de Nice

 

 


 

 

Morgane Las Dit Peisson : Une importante tournée d’avant-premières…

Gérard Jugnot : Pour moi c’est très important, surtout dans le registre de la comédie, d’écouter et de ressentir les salles pour savoir si les rires, les silences et les émotions que l’on espérait ont lieu là où on les imaginait… Ce n’est pas parce que le film est « figé » et qu’il ne nous appartient plus qu’on ne se sent pas concerné. J’aime accompagner jusqu’au bout les projets auxquels je crois !

 

 

Pourris gâtés réussit à accrocher le spectateur bien que ce dernier se doute évidemment un peu de la morale de fin…

Nicolas Cuche : Ça vient du plaisir que l’on a à donner à quelqu’un ce qu’il attend mais ce n’est en effet pas le plus facile à mettre sur pied ! Il faut trouver le juste équilibre entre plaire et surprendre pour que le spectateur ne décroche pas. Ça peut être frustrant pour lui qu’un scénario soit systématiquement à contre-courant de qu’il désire, il ne faut donc pas céder au jeu de la surenchère…

 

 

Gérard Jugnot : C’est exactement comme une comédie romantique où l’on sait d’emblée que deux personnes que tout sépare vont finir par tomber amoureuses ! (rires) D’une certaine manière, on connaît la fin depuis le début mais on crève d’envie de savoir comment ils vont se rencontrer et se découvrir… Hitchcock avait abordé de façon passionnante cette question des « bienfaits » de l’attente en comparant la surprise et le suspens. Dans le premier cas, le spectateur est, comme les personnages, instantanément secoué tandis que dans le second, il est « complice » du réalisateur. Il voit l’action arriver et la tension monter, il fait alors pleinement partie du déroulement de l’intrigue.

 

 

Pour qu’une comédie soit bonne, il faut un savant mélange d’humour et de fond…

Gérard Jugnot : Je trouve cette histoire très jolie… J’incarne un père effondré de se rendre compte qu’il a littéralement, pensant bien faire en les choyant, fait de ses enfants des êtres Pourris gâtés complètement inaptes à la vie courante ! Pour réparer sa propre erreur et tenter de leur inculquer, sur le tard, quelques valeurs essentielles, il va leur jouer un tour quitte à ce que ça lui retombe dessus !

L’éducation est un thème finalement assez simple mais qui touche et angoisse tous les parents ! (rires) On ne naît pas parent, on le devient au contact de l’enfant alors on improvise un peu, on fait de notre mieux, on essaye de trouver un juste milieu entre le rendre heureux, le protéger et le préparer à la dureté de l’existence…

J’aime ce cinéma où l’on peut autant rire que ressortir en méditant sur quelque chose. Le cinéma doit nous toucher et nous concerner même s’il représente souvent la vie « en mieux » : plus drôle et plus belle…

 

 

Un thème universel…

Gérard Jugnot : C’est ça qui est malin dans ce film ! Cette famille a de l’argent mais même dans les milieux modestes, de nos jours, on a tendance à vouloir gâter nos enfants à tout prix ! Il suffit de voir le délire commercial qui a lieu chaque année à Noël et qui fait les choux gras de l’industrie chinoise ! (rires) Les gens sont prêts à se ruiner pour leurs enfants en pensant que c’est ça qu’ils attendent d’eux alors que comme le chante si bien Souchon dans Foule sentimentale, le vrai bonheur n’est pas dans la possession et l’accumulation mais dans la qualité des relations humaines…

 

 

Un film choral où le père ne punit pas bêtement mais décide de vivre la même expérience que celle qu’il va infliger à ses enfants…

Nicolas Cuche : Le rôle de Gérard est en effet très important dans le film car il rappelle que l’on peut s’interroger à tout âge sur sa propre vie et sur ses propres choix. En décidant de donner une leçon à ses enfants, il prend le parti de se mettre en danger pour s’en donner une à lui aussi… C’est un homme qui a formidablement bien réussi professionnellement mais qui se rend compte qu’en réalité, il est passé à côté de sa vie.

 

 

Gérard Jugnot : J’aime énormément les films de transmission car ils soulignent toujours qu’en donnant un peu, on reçoit beaucoup… J’adore la comédie car elle bien plus complexe qu’on ne se l’imagine ! Légère sur la forme, les sujets traités sont souvent graves, ou en tous cas sérieux sur le fond, et elle permet de les désamorcer.

 

Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au CGR Chabran de Draguignan / Photos par Arnaud Borrel pour Le Mensuel

 


Interview parue dans Le Mensuel n°423 de septembre 2021

 

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