INTERVIEW

Dominique A en interview

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Lui qui n’a pas une réelle propension au narcissisme et qui se sent des plus à l’aise lorsqu’on le prend de dos en photo, a eu la riche idée de faire appel à Sébastien Laudenbach pour illustrer la pochette et créer les images d’animation de son album sorti il y a un an, Toute latitude… Imaginé comme le premier volet d’un diptyque, celui-ci ne montrait qu’une facette de ce que l’artiste appelle lui-même ses « contradictions » avant de le compléter par un deuxième chapitre, seulement sept mois plus tard. Moins électrique et plus mélodique, Dominique A a choisi de l’ouvrir sur La poésie qui, comme une sorte de processus de pensée positive inversée, se plait à dresser un constat alarmant qui ne peut que s’arranger au fil des autres morceaux avant de s’achever sur une Fragilité qui, contrairement aux apparences, est loin de toute abstraction poétique mais bel et bien engagée...

 

 


« J’avais envie de me mettre au defi… »


MORGANE LAS DIT PEISSON : L’année 2018 a été chargée…

DOMINIQUE A : (rires) C’est vrai que vu de l’extérieur, sortir deux albums et un livre peut impressionner mais je vous rassure tout de suite, je n’ai rien d’un super héros ! (rires) J’ai juste pris du temps en amont pour faire les choses sereinement donc il n’y a pas de course contre la montre ni de pression particulière ! D’ailleurs, lorsque l’album Toute latitude a vu le jour en début d’année, La fragilité – dévoilé en octobre -, était déjà prêt.

Deux albums, deux facettes…

L’idée première de ce diptyque a été la scène… J’avais envie de différentes humeurs scéniques et après Éléor je ne voulais pas directement revenir avec un disque trop feutré pour ne pas tomber dans une certaine « routine ». Avant de sortir La fragilité, j’ai eu besoin de casser mes habitudes… C’est pour ça qu’avec Toute latitude, je me suis embarqué dans quelque chose de plus âcre et électrique qui a accompagné un travail plus axé sur le rythme que sur l’harmonie. Avec La fragilité je suis sans doute revenu à quelque chose qui me ressemble un peu plus mais de toutes façons, depuis le début, je suis toujours dans un entre deux, comme pris en otage par mes propres contradictions que je me suis résolu à ne pas résoudre ! (rires)

Seul sur scène…

Pour cette tournée, oui et d’ailleurs, ça me permet de jouer avec cette ambivalence… Il y a des moments qui frôlent l’électrique et d’autres où c’est l’arpège qui prend le dessus mais ce qui compte c’est, peu importe la forme utilisée, qu’on maintienne une certaine tension essentielle pour capter l’attention du public. D’ailleurs, même si je suis seul en scène, la scénographie et l’éclairage sont fondamentaux…

Des textes mais pas que…

On a souvent eu tendance à mettre en avant mes textes comme s’ils se suffisaient à eux-mêmes alors que pour moi, la musique et les mots sont d’égale importance… D’ailleurs, quand je commence à travailler sur une chanson, le point de départ c’est une envie musicale, c’est le désir d’un son. La teneur des textes ne se révèle qu’au fur et à mesure de l’écriture… Par contre, j’ai mis longtemps à l’admettre, mais ce sont souvent les mots qui permettent aux gens de cultiver une étroite relation avec une chanson car ce sont eux qui vont déclencher ou non une affection durable. J’en ai fait le constat avec les années même si je ne voulais pas reconnaître cette part d’intellectualisation de la musique…

La fragilité

L’idée de ce titre s’est imposé à moi car je suis engagé dans des actions sociales au sein d’un collectif d’artistes et, au fil de mes rencontres avec ceux qui oeuvrent sur le terrain et ceux qui sont en précarité, je me suis rendu compte que ce qui nous liait, c’était cette vulnérabilité… L’accepter, ce n’est pas se complaire dans un éloge de la faiblesse mais bel et bien de regarder en face le problème pour tenter de le résoudre. Mettre un voile sur ce qui dérange comme ont tendance à le faire les politiques ne le règle pas, ça le met simplement de côté. À mes yeux, La fragilité est une chanson politique…

50 ans, 30 ans d’expérience…

Ce n’est pas un moment particulièrement agréable que de passer ce cap… Je crois que je l’ai vécu comme des tas de gens… Il y a comme un compte à rebours qui se déclenche à cette date là ! (rires) Je n’hésite plus, par exemple, à me débarrasser de livres puisque je sais que je n’aurais plus le temps de les relire… C’est assez déplaisant ! (rires) Mais d’un autre côté, l’âge permet de se sentir plus « solide » et plus sûr de soi. Je suis moins dans la tension et la nervosité sur scène, j’ai la sensation d’être en mesure de faire « mieux » avec « moins » et je crois que cette tournée en solo résulte un peu de ça… J’avais envie de me mettre au défi et de savoir si j’étais arrivé là où j’avais envie d’aller, bien que j’espère ne pas être parvenu au bout du chemin ! (rires)

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photos Ph. Lebruman

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Interview parue dans les éditions n°401 #1, #2 et #3 du mois de mars 2019

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