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Comment devenir Anna Karénine (sans finir sous un train) : Le premier roman d’Eleonora Sottili

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Comment devenir Anna Karénine (sans finir sous un train) d’Eleonora Sottili

lecture / roman étranger / littérature italienne

 


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Auteurs en culotte courte

Eleonora Sottili est Italienne et professeure de création littéraire à Turin. Auteure ayant donné son prénom à l’héroïne de son propre récit, elle l’a « installée » à Pietrasanta, un petit village de Toscane. Le père de celle-ci possédait un cabinet d’assurance où elle n’était qu’une simple salariée. Depuis sa disparition, l’affaire, reprise par deux collaborateurs, périclite doucement. Reléguée d’abord à des tâches subalternes, elle voit son emploi se réduire à un temps partiel, avant de subir une « compression de personnel »…

 

 

Un jour, elle tombe sur un prospectus proposant des « cours pour écriture de romans ». Intriguée, elle s’inscrit en même temps qu’une demi-douzaine d’autres apprentis auteurs hauts en couleur. À première vue, le cadre n’est pas très engageant : des locaux sordides, une organisatrice peu rassurante et un comédien au chômage, extravagant, en guise de « professeur » qui ne parle jamais directement d’écriture, mais impose des « exercices pratiques » aussi disparates que déroutants. Pourtant, en y regardant de plus près, ses méthodes renvoient – parfois – à des Proust, Kafka et Agatha Christie, ou encore à des personnages tels que Sherlock Holmes, Frankenstein, Dracula ou le docteur Jekyll. Contre toute attente, ces cours singuliers finissent néanmoins par offrir à la jeune femme des outils pour aborder l’acte d’écrire et la question de l’inspiration. Mais réussira-t-elle à produire un roman complet et publiable ?

En tout cas, Eleonora Sottili – l’écrivaine – y est parvenu ! Comment devenir Anna Karénine (sans finir sous un train), son premier ouvrage récemment traduit en français, est exceptionnel ! Il raconte à la fois l’état de lente déliquescence de notre époque et l’histoire pathétique d’une héroïne d’un romantisme échevelé, digne des plus grands auteurs du XIXème siècle. Eleonora s’appuie sur son immense connaissance et convoque Tolstoï avec Anna Karénine, Flaubert avec Madame Bovary, mais également Alexandre Dumas, Balzac, Stevenson, Bernardin de Saint-Pierre, Tourgueniev, sans oublier, bien sûr, le « Grand Victor » (Hugo) !

 

 

Ce livre, avant tout, est une sorte de « long fleuve tranquille ». En toile de fond et presque à notre insu, il décrit la nonchalance typique des contrées méditerranéennes, en particulier de l’Italie, mais aussi la forte imprégnation culturelle d’une société de souche latine. Eleonora Sottili entraîne le lecteur dans cet univers à la fois transcendant et en déclin, qui instille insensiblement un sentiment de monde perdu… C’est très finement écrit et admirablement traduit, qualité trop rarement soulignée. Une œuvre toute en douceur, loin des habituelles histoires de meurtres et d’enquêtes, une parenthèse reposante, qui procure un immense plaisir de lecture.

 

© Textes Jean-Louis Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Photo DR

 

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