INTERVIEW

Akhenaton et Shurik’N IAM en interview pour Le Mensuel en 2014 nouvel album

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IAM

en interview 

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IAM


Akhenaton & Shurik’N

 
 
 

« Pour moi la vie est un combat ne serait-ce qu’un combat contre soi-même,

contre ses démons… » Akhenaton

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Certains médias se sont amusés à véhiculer, une fois n’est pas coutume, de fausses rumeurs au sujet de l’avenir du mythique groupe de rap, qui, après un retour triomphal au bout de six ans d’absence aurait soit-disant annoncé sa propre fin… Pourtant, IAM est toujours présent, ses membres toujours aussi soudés, son huitième album …iAM est sorti en novembre dernier et surtout,
il ne semble pas lassé ni de la scène, ni des combats qu’il mène… Bien au contraire !

 

   

IAM-interview-akhenaton-shurikn-le-mensuel-2014-CMorgane L : Vous avez sorti votre septième album, Les Arts Martiens, six ans après Saison 5. Les fans devaient l’attendre impatiemment ?

Akhenaton : Je pense que oui… On a remarqué que chez les fans de rap, il y a une crainte qui apparaît après un certain âge car ils nous disent constamment de ne pas nous arrêter ! On l’entend souvent parce qu’ils croient que dépassé quarante ans on peut être lassés ou dépassés. Quoi que ça pourrait bien arriver vu ce qu’est devenue l’industrie de la musique !

Vous aviez prévu de revenir mais pas avec cet album…

Akhenaton : On travaillait sur un projet avec Ennio Morricone qui ne s’est pas fait et, à la place, finalement, on a fait cet album qui s’avère très viscéral et que l’on a enregistré en trois mois ! Je m’amuse à le dire tout le temps mais il a été une véritable parenthèse enchantée parce qu’il s’est fait dans une atmosphère complètement différente, dans une ambiance de rigolade et de détente. C’est bizarre, nous n’étions pas stressés du tout alors que nous n’avions que trois mois pour le réaliser… (rires) Le studio à New-York était booké, l’ingénieur du son aussi, l’appartement était payé, on avait dépensé une grosse partie de notre budget pour l’album avec Morricone. On ne pouvait pas se faire rembourser le studio donc on devait s’en tenir à ce planning là…

Shurik’N : On a été obligé de s’adapter à la situation lorsque le projet Morricone est tombé à l’eau à la dernière minute. Ça nous a contraint à prendre des décisions assez rapides…

En fait Arts Martiens est l’album du hasard, du destin ?

Akhenaton : Oui complètement ! On aurait pu tout laisser tomber mais au lieu de ça, on est reparti de zéro. Rien n’était ni écrit ni composé et en trois mois, on a fait 43 titres dans l’urgence.

Shurik’N : Oui et en se retrouvant au pied du mur, on a découvert que l’on était capable de réaliser beaucoup de choses ensemble. On bosse ensemble depuis des années et pourtant, cette aventure nous a énormément appris sur nous tous. On a travaillé de manière plus orthodoxe que d’habitde, on s’est coupé du monde pendant trois mois, on s’est organisé différemment, on avait des pièces pour les différents domaines, pour la composition, pour l’écriture, pour le visuel… C’est grâce à cette pression qu’on est arrivé à ce résultat là. On est un groupe qui fonctionne très bien sous la pression, on le savait déjà mais là… C’était vraiment extrême quand même ! (rires)

Cette pression a donné une tonalité plus instinctive à
la réalisation de cet album ?

Akhenaton : Oui ça a donné quelque chose de plus inconscient, de plus fort mais ce n’est pas ressorti en agressivité. Étrangement, cet obstacle a apporté quelque chose de très positif dans tout cet album. Je crois que j’ai dû vivre les enregistrements les plus paisibles et les plus carrés de l’histoire du groupe ! Alors que c’était pourtant mal parti…

43 titres ont été composés mais seulement 17 ont été choisis pour Arts Martiens…

Shurik’N : Quand on a choisi les morceaux d’Arts Martiens, on ne savait pas encore ce que deviendraient les titres restants. Mais comme l’ingénieur est allé super vite au mix, on s’est dit que quitte à avoir pris de l’avance, il valait mieux mixer plus de morceaux pour pouvoir les mettre sur le net ou les offrir en bonus aux gens. Et finalement, on a eu l’idée de sortir notre huitième album …IAM.

Votre dernier et huitième album …IAM est donc une suite, un second volet du précédent Arts Martiens ?

Shurik’N : Exactement. Vu que ses titres ont été composés en même temps que ceux d’Arts Martiens, l’album …IAMen est une suite logique, c’est pour ça qu’il n’y a pas de rupture entre les deux. Ils sont un peu la face A et la face B des disques que l’on faisait avant.

Le titre d’Arts Martiens révèle un esprit combattif et met l’accent sur Marseille mais aussi sur la notion d’art…

Akhenaton : Le titre, finalement, c’est ce qui a pris le plus de temps ! (rires)Quand on ne part pas sur un concept, sur une ligne directrice très précise mais qu’on fait des morceaux comme ça, un peu en vrac, le titre peut s’avérer très compliqué à trouver. On a bataillé, pinaillé, fait des échanges de mails, des réunions qui ne donnaient rien. Je ne sais plus qui a trouvé Arts Martiens mais il était parfait car on voulait insister sur le fait que le hip-hop est un art à part entière, pas mineur, mais majeur par le nombre de gens qui l’écoutent et qui le pratiquent. Le terme Martiens résumait bien le petit côté militaire, méthodique et organisé dont on a fait preuve pour faire l’album. Et dans Martiens, il y a toujours un clin d’oeil à Marseille aussi même si des fois on a des mots durs pour elle, elle a toujours sa place dans notre coeur, c’est notre ville.

Il est donc encore nécessaire, à notre époque, de rappeler que le rap et le hip hop sont des arts ?

Shurik’N : Oui c’est même essentiel… Mais c’est dommage d’avoir à le faire… Surtout qu’après 25 ans d’existence, le rap est devenue la musique la plus écoutée dans notre pays. Il est très pratiqué en France et il est le mouvement musical le plus suivi depuis ces 20 dernières années, tous domaines confondus, que ce soit dans la mode, la pub, la musique ou la danse… Et malgré tout, on est obligé de le défendre encore. D’ailleurs, soit dit en passant, le rap est tout de même la musique qui utilise le plus la langue française à l’heure actuelle et pourtant, elle reste une musiqueIAM-interview-akhenaton-shurikn-le-mensuel-2014-D complètement niée, occultée, dont les services publics se détournent complètement. Le rap n’est dans aucune émission. De temps en temps, on a une interview, mais jamais une émission lui est consacrée. C’est incompréhensible mais encore aujourd’hui, on n’accorde pas au rap une vraie place. Il manque de reconnaissance. C’est triste d’assister à ça car c’est nier tout une tranche de la population, qui pour nos grands penseurs, ne consomme pas… Donc si les annonceurs radio s’en détournent, les programmateurs qui veulent faire plaisir à leurs annonceurs ne programment pas de rap et la boucle est bouclée ! Même dans ces domaines, c’est l’argent et la consommation qui dominent…

La référence aux arts martiaux dans le titre de l’album n’a pas dû vous déplaire…

Shurik’N : En effet ! Je pratique les Arts Martiaux depuis des années et mon nom de scène est d’ailleurs dérivé du nom d’une arme japonnaise, le shuriken. Ce titre est dans la lignée de l’Ecole du Micro d’Argent dans lequel j’avais pu emmener un peu le groupe dans mon univers à moi. Dans l’album Ombre est Lumière, c’est Imhotep qui nous avait invité en Egypte.

L’esprit combattif est vital ?

Akhenaton : Pour moi la vie est un combat, ne serait-ce qu’un combat contre soi-même, contre ses démons. Pour moi le plus grand combat est celui de la perception du Bien et du Mal, de ce qui est judicieux ou ne l’est pas. Et c’est un combat que l’on mène tous, tous les jours. C’est pareil dans la musique, on doit se battre, défendre ses convictions. Quand on nous dit qu’on fait de la musique engagée, c’est vrai. Si on écoute le chant des sirènes dans l’air du temps on ferait de la télé-réalité avec du vocodeur et des mélodies mielleuses ! Nous on se retrouve en dehors de l’air du temps, on n’a que pour but de faire notre musique. Je pense honnêtement qu’à un moment donné dans notre carrière, dans les années 90, on a été victimes de l’air du temps mais il n’y a pas vraiment de mal à ça tant qu’on ne reste pas enfermé dedans et que l’on évolue sans cesse.

Vous qui êtes toujours sur scène, vous trouvez que c’est compliqué de faire du rap après 40 ans ? C’est un style musical qui semble souffrir de jeunisme…

Akhenaton : Il y a du jeunisme dans le rap comme il y en a eu dans le rock ou le jazz. Je pense que, pour que le rap puisse traverser les âges, pour qu’il puisse y avoir des groupes de « vieux » comme il y en a maintenant dans le jazz, il faut que ces groupes là ne cèdent pas eux-mêmes au jeunisme. Il faut écrire des paroles et des chansons qui correspondent à nos âges. C’est certain que si on cherche à raconter des histoires de gamins de seize ans, ça va être compliqué et ça finira mal. Pour nous, c’est se respecter que d’écrire ces paroles là.



Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel
Interview parue dans l’édition n°346 de mars 2014

Dates de tournée ici
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