Gérard Jugnot en interview pour son nouveau film « Mauvaise pioche »

  • interview / cinéma / comédie
  • le 01 avril 2026 au cinéma / 1h32
  • de Gérard Jugnot
  • avec Gérard Jugnot, Philippe Lacheau, Thierry Lhermitte, Zabou Breitman

Habitué à être autant devant que derrière la caméra, Gérard Jugnot a choisi de consacrer son nouveau long-métrage à un anonyme dont la vie a été bouleversée, en 2019, par une bavure policière. Pris pour Dupont de Ligonnès et devenu la cible des médias, cet homme lui a inspiré une comédie douce-amère sur la société d’aujourd’hui… Entre le besoin de continuer à travailler quand on a atteint l’âge de la retraite, la solitude, la vindicte populaire, les failles du système judiciaire et l’absence de professionnalisme des chaînes d’info, « Mauvaise pioche » brosse certes un portrait sans concession de notre époque, mais offre surtout une revanche éclatante à ce M. Tout-le-Monde que le comédien rend, comme d’habitude, terriblement attachant.

Morgane Las Dit Peisson : Pour Mauvaise pioche, vous partez d’une histoire vraie…

Gérard Jugnot : J’avais trouvé l’histoire de ce pauvre gars, qu’on a pris pour Dupont de Ligonnès dans un aéroport, effarante ! Cette espèce d’imbroglio qui s’est mêlé à une bavure policière et à un emballement médiatique a montré à quel point les gens pouvaient devenir fous ! Ce personnage m’a plu parce qu’il correspond à ce que j’aime interpréter, les mecs ordinaires confrontés à quelque chose d’extraordinaire qui les dépasse. 

© MES Productions-TF1 Films Productions-Malec Productions

L’occasion de s’intéresser aux conséquences…

Oui, j’ai essayé de comprendre ce qui avait pu se passer en inventant une hypothèse et surtout, je me suis passionné pour « l’après », sur ce qu’il se produit une fois qu’on a été calomnié, accusé à tort… Dans le film, il y a plusieurs actes, dont la revanche, car j’ai besoin que ces personnages qui morflent ressortent de l’histoire en meilleure posture que lorsqu’ils y sont entrés. Ce n’est malheureusement pas souvent comme ça dans la vraie vie, mais j’aime à croire que les épreuves qu’on a à affronter peuvent nous façonner et nous enrichir. Je trouve qu’il n’y a pas de happy end dans l’existence, donc autant qu’il y en ait au cinéma…

C’est pour ça que j’ai voulu que mon personnage, qui avait un peu raté une partie de sa vie, puisse la terminer en beauté grâce à cette épreuve. Cet aspect-là aussi, je voulais en faire de la comédie car de toute façon, ce registre ne repose que sur des drames qu’on métamorphose, c’est l’antidote à la souffrance… Nous sommes des alchimistes qui transformons du tourment en plaisir, en rire, en émotions et qui essayons d’adoucir des situations âpres. C’est assez surprenant d’ailleurs quand on y pense…

C’est une façon innée de voir la vie ou vous vous efforcez de vous concentrer sur les bons côtés ?

Je suis obligé de me forcer à ça parce que je suis naturellement attiré par le noir… Je suis d’un tempérament très pessimiste et je dis toujours que je vois la bouteille à moitié vide, mais qu’en plus, son vin est bouchonné ! (rires) Alors si je réussis à transformer ça en plaisir et en rires, ça devient une sauvegarde, un antidote, un médicament, des vitamines… Pour y parvenir, je passe par le prisme du cinéma car, selon moi, c’est mieux que la vie. Le 7ème art, c’est « la vie en mieux » ! C’est pour ça qu’aussi magnifiques soient-ils, je n’aime pas les films qui me plombent. Je veux qu’ils m’émeuvent, qu’ils me touchent ou qu’ils soient forts, mais je n’aime pas les histoires où il n’y a pas d’espoir ! C’est pour ça que je me réfugie dans la comédie qui a été inventée pour lutter contre la dépression, la mort, les inquiétudes, le tragique. D’ailleurs, il n’y a pas de bonne comédie sans drame ou sans cruauté et c’est cette étrange alchimie entre les deux qui a donné des réalisations magnifiques comme La grande vadrouilleTo be or not to be ou Papy fait de la Résistance alors qu’elles reposent sur la guerre !

C’est dingue comme on a une appétence pour essayer de se dégager des choses tragiques.

Dans les différentes couches de lecture, on a une critique acerbe des médias…

Oui, parce que c’est devenu dramatique ! Avec les chaînes d’info en continu, on n’est plus sur du journalisme, mais sur une course au scoop. Il faut être le premier, quitte à ne rien vérifier et même si les présentateurs n’ont rien à dire, il faut tenir des heures ! Alors, ils supputent, supposent, imaginent, dissertent, débattent, mais ils n’informent plus… Je me rappelle de la prise d’otages dans une imprimerie où, puisqu’ils n’avaient plus rien à raconter, ils ont fait venir un imprimeur qui a tenu l’antenne en parlant de son métier ! C’est devenu aussi ridicule que dramatique.

Malheureusement, les gens les regardent et d’autres s’en servent…

Oui, on est tous responsables de ce qu’il se passe, les politiques en premier ! Ils s’en servent en permanence sachant très bien qu’une affaire en chasse une autre… Tandis que d’autres reviennent tout le temps, comme Dupont de Ligonnès ou le petit Émile. Mais dans tous les cas, ce qui prime, c’est le buzz, l’audience, le clic au détriment des gens, de leurs vies, de leurs réputations… C’est pour ça que ça m’a amusé d’imaginer une revanche qui ait autant de drôlerie que de panache !

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au CGR Chabran Draguignan pour Le Mensuel / Photo Francis Vauban – MES Productions – TF1 Films Productions – Malec Productions

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