Mélanie Page en interview pour son 1er roman « Peaux à peaux » paru chez Albin Michel

  • interview / lecture / roman
  • paru le 01 avril 2026 chez Albin Michel
  • 320 pages
  • 21.90€ / à commander ici !

Dévoilant, dans chacun de ses personnages, de nouvelles facettes de jeu, Mélanie Page – qui vient de s’illustrer au Théâtre Anthéa en odieuse Mère Ubu – s’apprête à endosser un rôle inattendu… Dans « Peaux à peaux », son 1er roman inspiré d’une multitude de destins de femmes, elle déroule – comme des nouvelles – des parcours de vie qui traite de la maternité au sens large. De celle qui a peur de ne jamais devenir mère à celle qui ne le veut surtout pas, de celle qui délaisse à celle qui couve, de celle qui ne sait pas à celle qui ne peut pas, les portraits imaginés par l’autrice rappellent ô combien cette chose de prime abord si naturelle peut être source d’autant de joies que de questionnements, doutes et bouleversements…

Morgane Las Dit Peisson : On te connaît actrice, on va te découvrir autrice…

Mélanie Page : Je viens d’une famille qui adore la littérature. Mon père a d’ailleurs un nombre considérable de livres à la maison auxquels on n’a pas le droit de toucher (rires) et ma mère écrivait… Ça m’a bizarrement un peu inhibée, j’ai dû me dire que c’était leur monde, pas le mien. Et puis, j’ai malheureusement perdu ma maman il n’y a pas longtemps, pendant que je répétais le seul en scène… Je ne crois pas au hasard, je suis persuadée qu’on a des rendez-vous dans la vie et je n’ai compris qu’après l’avoir joué, que Ce qui ne nous tue pas en était un, par la profondeur de son message. 

Il racontait que quelqu’un était passé très près de la mort et que, grâce à ça, il avait réalisé qu’il passait à côté de sa vie, lui qui s’était toujours empêché d’écrire. Alors que je disais tous les soirs aux gens d’aller au bout de leurs rêves, il m’a fallu des mois pour me rendre compte que c’était aussi à moi que je parlais !

Ça a été pour moi le moment de prendre la plume donc, dès que le spectacle s’est arrêté, j’ai commencé à rédiger sur mon téléphone portable et je ne me suis plus interrompue ! En fait, lorsqu’on a peur, on se trouve toujours des excuses : les enfants, le boulot, le temps… Mais quand on veut vraiment quelque chose, on finit par s’en donner les moyens ! J’y ai passé toutes mes nuits pendant deux mois et j’ai achevé ce 1er roman comme on vit un accouchement… D’ailleurs, le 1er chapitre se déroule pendant une naissance… 

Un roman sur la maternité, qui n’est pas une autobiographie…

Ce n’est pas autobiographique car je n’y raconte pas ma vie et mes expériences, mais j’y ai mis mes ressentis… Je pense avoir écrit Peaux à peaux comme une comédienne, en me glissant dans la peau de toutes ces mamans… Je n’ai fait que décrire ce que je voyais à travers leurs yeux, et les histoires me sont venues une à une.

Dans la forme, le livre est très « acté » et « séquencé » pour mettre en scène un kaléidoscope de la parentalité, dans toute sa complexité…

Le terme « maternité » contient tout et même si ce livre va certainement parler à toutes les mamans, il ne s’adresse en effet pas qu’à elles. D’ailleurs, parmi les premiers retours que j’ai eus, ceux des hommes ont été fabuleux car, comme je me suis glissée dans la peau d’une multitude de femmes, ils ont pu en faire autant – d’où le titre – et pouvoir ainsi mieux comprendre les doutes, les questionnements, les peurs et les émotions que leurs compagnes traversent, ont vécu ou vont connaître. 

On y retrouve la mère d’ado, la jeune maman, la mère alcoolique, la violente ou encore l’absente puisqu’il y a autant de mères qu’il y a de femmes sur terre.

© Roberto Frankenberg

Une vision non édulcorée de la réalité…

En fait, ce que j’ai également voulu explorer, c’est tout ce qu’on n’ose pas dire. Quand on parle de maternité, on parle du bonheur que ça procure et même si – heureusement – c’est le cas, il y a une multitude de sentiments qui se mélangent. J’espère que cet ouvrage – parce que je ne me suis censurée sur rien – fera aussi du bien à toutes celles et tous ceux qui, parfois, se sentent anormaux ou dépassés en se comparant aux quotidiens parfaits que d’autres affichent. Le désir de maternité et la maternité en elle-même sont deux pans très complexes de nos vies, qui ne s’accompagnent pas uniquement d’aspects positifs.

Un livre qui ne juge pas et qui rappelle à quel point c’est compliqué de devenir parents…

Il n’y a, c’est vrai, aucun jugement dans mon livre, même quand je parle des mères les plus défaillantes… Chacun a son histoire et surtout, on s’aperçoit en grandissant et en changeant de rôle, que chacun fait comme il peut… Enfant, on croit que nos parents savent tout et maîtrisent tout, alors que lorsque notre tour arrive, on se rend compte qu’on navigue tous à vue ! (rires) On se débrouille avec ce qu’on a reçu, avec notre éducation, avec l’amour qu’on a en nous et qu’on est capable de donner.

Ce texte est ton projet le plus intime, celui où l’on va te découvrir à travers tes mots…

Ça, c’est peut-être ma plus grosse angoisse ! (rires) Quand on est acteur, on joue les mots des autres alors que là, je me dis que c’est la première fois que le public va réellement faire ma connaissance… Bien que je ne parle pas de moi, ce roman, c’est moi… Tout est sorti de moi, de ma tête, de mon cœur, de mes tripes, donc cet « objet » est une partie de moi, de ma chair, de mon sang. Si les gens l’apprécient, d’une certaine manière, ce sera un peu une déclaration d’amour, ça voudra dire qu’ils aiment une partie de moi, et dans le cas inverse – je dois m’y préparer, c’est normal -, ce sera une forme de rejet… J’attends les retours des lecteurs avec un peu d’appréhension, car cette fois, je me mets vraiment à nu. Même si ce n’est pas autobiographique, je m’aperçois qu’il n’y a rien de plus personnel que l’écriture ! Alors oui, j’ai peur ! (rires) Et en même temps, ça me met en joie parce que j’ai l’impression d’avoir vécu pendant 50 ans dans une sorte de « mensonge »… 

C’est-à-dire que j’ai montré de moi ce que les gens avaient envie de voir. C’est dans ma nature depuis toujours, et c’est peut-être d’ailleurs pour ça que je suis devenue comédienne… Tu vas où on te dit d’aller pour dire les mots qu’on te donne, tandis que là, avec Peaux à peaux, c’est simplement moi, à prendre comme je suis. Ça fait peur, c’est vertigineux d’être aussi « honnête » mais c’est une énorme libération ! J’ai hâte d’arriver à l’étape des rencontres, des salons, des dédicaces… Déjà que j’aime retrouver le public au théâtre, alors échanger avec lui sur quelque chose que j’ai écrit, ça va être extraordinaire !

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Théâtre Anthéa d’Antibes pour Le Mensuel / Photo Roberto Frankenberg

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