INTERVIEW

ZAZ – Album Recto Verso

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Interview de ZAZ
« Aussi sérieux que ce soit, tout ça reste un jeu…  »

C’est bien connu, un deuxième album est une étape cruciale dans la vie d’un artiste, surtout si le précédent s’est retrouvé couronné de succès. Et, grâce à Recto Verso, force est de constater que ZAZ, plus resplendissante que jamais, n’a à aucun moment démérité sa réussite. Toujours aussi sensible et passionnée par les vraies choses de la vie, la jeune demoiselle prouve que, contrairement aux idées reçues, on peut évoluer sans cesse et connaître les plus grandes joies, sans que cela ne change pour autant la personne que l’on a toujours été. Fidèle à elle-même et droite dans ses bottes, ZAZ continue à avancer sereinement autant dans ce dernier album que sur scène où chacun de ses titres explose dans un cocktail survitaminé !

 

zaz-interview-le-mensuel-2014-recto-verso-CMorgane L. : Deux Zénith coup sur coup accompagnés, entre autres, d’une belle date à Antibes… Tu arrives à réaliser que les salles se remplissent si bien et si vite ?

ZAZ : Ah oui c’est cool ! Ça se remplit vite donc c’est génial. On suit la demande mais pour moi le plus important est de continuer à faire de la musique tout en m’amusant. Pour le reste, que ça marche ou pas, ça ne m’appartient pas vraiment… S’il y avait une recette, tout le monde l’appliquerait ! (rires) Ce qui compte, c’est de s’éclater ! D’ailleurs, il ne faut pas oublier que plein de gens talentueux s’éclatent à faire de la musique sans pour autant remplir des salles… Il n’y a pas de règles.

On se souvient de Je veux mais avant ça, il y a eu des années de travail qui t’ont d’ailleurs conduite en Russie pour une série de concerts avant même que ton premier album n’existe…

Oui ce n’est pas très « habituel » ! (rires) Je crois que je me suis dit que si cette occasion se présentait à moi, c’est qu’on m’en croyait capable alors j’ai essayé de faire du mieux que je pouvais. Ça ne pouvait être qu’une expérience enrichissante. À l’époque, je travaillais dans un piano-bar et un type, en passant dans la rue, m’a entendue. Il était Directeur de l’Alliance Française de Vladivostok et il pensait que j’avais mes chances en Russie. Il était hors de question que j’y aille seule alors je suis partie avec le pianiste qui m’accompagnait, en plein mois de décembre, pour quinze jours en Extrême-Orient. Ça a tellement cartonné qu’on y est retourné tout le mois d’avril. Du coup, j’ai toujours fonctionné comme ça, quand je sens quelque chose, j’y vais !

Tu es donc d’une nature plutôt aventurière ?

Oui, j’ai toujours fonctionné comme ça dans ma vie. Je me lance dans une nouvelle aventure parce que je commence à m’ennuyer dans ce que je suis en train de vivre. Pour moi le plus important est de continuer à apprendre. Si je gagne de l’argent mais que je m’emmerde, ça ne durera pas. Ce n’est pas mon moteur principal. Je ne vais pas mentir, bien sûr qu’il faut de l’argent pour vivre, mais si je suis malheureuse, je ne peux pas tenir. C’est difficile de se mettre en danger mais les expériences m’ont montré qu’à chaque fois que j’ai quitté quelque chose dans l’espoir d’être plus épanouie, tout s’est bien passé. Même si ça n’a pas toujours été comme je l’imaginais, même si je galérais pas mal entre temps, le nouveau projet était toujours plus enrichissant. Les premières décisions ont été dures à prendre mais j’ai toujours fait confiance à la vie.

On a tendance à ne montrer que le succès et à ne pas mettre en valeur les années de labeur qui le précèdent…

Oui alors que le travail est essentiel. Il y a aussi une part de chance, de rencontres… Je n’ai pas eu peur d’expérimenter tout ça. Je pense sincèrement que les gens ont plein d’opportunités mais qu’ils ne les saisissent pas par crainte d’échouer et à la fin, ils sont pénalisés et se plaignent. Il est hors de question que je me plaigne de ce que je me fais vivre.

Par ta richesse musicale, on te sent extrêmement curieuse…

Oui si je ne fais qu’un style en musique, je m’emmerde vite. Je déteste que ce soit répétitif. Il faut toujours que ça rebondisse, qu’il y ait de nouvelles choses, plein de propositions. C’est mon caractère ! Il y a, sur Recto Verso, du blues, du rock, de l’afro… et encore ce n’est que sur l’album. Sur scène, c’est encore beaucoup plus vivant ! C’est pour ça que je préfère inviter les gens à venir voir le concert plutôt qu’à écouter l’album.

Tu aimerais travailler sans avoir à passer par la case album ?

Ah non, j’adore faire des albums mais c’est un travail totalement différent, un travail de recherche dans les arrangements… Par contre, je n’aime pas les choses figées, il faut que tout se transforme tout le temps. C’est ce qui est magique avec la scène ! On a toujours le temps de réarranger, on peut refaire, c’est beaucoup plus vivant. On intègre mieux les mots, les émotions… on essaye de les rechercher au plus profond. C’est ça qui est vraiment chouette sur scène !

Comment arrives-tu à choisir les versions pour l’album ?

C’est le gros problème ! (rires) D’ailleurs les gens qui travaillent avec moi n’en peuvent plus ! Il faut sans cesse que je refasse, que je retouche… J’essaye de me contrôler mais ça reste compliqué pour moi, très compliqué ! (rires) Par contre, quand dans une version je ressens une émotion, quelque chose au niveau de la voix, une ambiance… même si ce n’est pas parfait, je commence à être raisonnable… (rires)

Comme tu le dis dans Toujours, on a l’impression que tu es restée la même malgré le succès et la médiatisation…

Je crois que je n’ai pas changé car ce succès là, je ne le recherchais pas. Je désirais avoir de la reconnaissance mais pas du succès. J’ai beaucoup travaillé sur moi pour réussir à me connaître, à me définir et à transformer ce qui ne m’allait pas. Je ne peux pas me perdre dans cette démarche là car je fais les choses pour la bonne raison, c’est-à-dire pour me faire du bien et pas comme réaction à un manque que je pourrais avoir.

Le succès ne doit jamais être une finalité…

Pour moi il est un moyen de réaliser mon rêve, de pouvoir faire ce que j’ai toujours voulu de ma vie et de construire les choses qui me tenaient à coeur… Le succès m’a permis de m’épanouir. Ça ne comble rien, ça m’aide à construire mon histoire. Mais si demain tout devait s’arrêter, je trouverais bien quelque chose de bénéfique à faire. Je n’ai pas peur, je ne m’inquiète pas parce que les portes s’ouvrent toujours où il faut.

Dans tous tes titres, on sent déjà un vécu…

Pour mettre de l’âme dans quelque chose, il faut déjà le ressentir, il faut avoir des choses à dire. C’est important d’avoir une histoire. Certains dirontzaz-interview-le-mensuel-2014-recto-verso-D que je n’en ai pas, que je chante des choses faciles… Il y aura toujours des regards différents sur un même morceau, c’est inévitable. J’avais du mal à l’accepter au début mais maintenant je fais avec. De toute façon, aussi sérieux que ce soit, tout ça reste un jeu.

Dès le premier album on sentait que tu avais un besoin de t’exprimer sur plein de sujets. Dans Je veux tu évoques la société de consommation, dans Si je perds tu parles de la façon dont on traite nos aînés à notre époque…

Oui ils sont de vrais livres ouverts et dans d’autres cultures, ça ne se passe pas du tout comme ça. On y perd énormément. En plus, ces vieux se sentent complètement exclus tout ça parce qu’on ne les considère plus comme « performants ». Avant, on faisait des machines à laver et des frigos pour qu’ils fonctionnent quasiment toute une vie alors qu’aujoud’hui, on fait tout pour que ça ne dure que deux ans à peine…

Pour l’écrire si justement, a-t-il a fallu que tu le vives ?

J’ai connu des personnes ayant eu un avant et un après. Des personnes qui, après avoir eu un accident, n’ont plus été les mêmes. Mais il y a plein de lectures possibles dans ces chansons, on peut s’y retrouver, se les approprier. Nos vieux par exemple, c’est nous, les autres, c’est nous aussi. Tu ne peux pas exclure les autres de toi sans risquer de perdre beaucoup de valeurs, de sensibilités, de poésie… Tout ce qui est propre à ce que j’aime dans la vie.

Ce second album Recto Verso a été plus difficile à créer ?

Après le succès du premier, j’ai entendu tout le monde me dire que le deuxième allait être compliqué à réaliser. En fait je portais la pression des autres ! (rires) Alors je me suis dit que si je commençais à rentrer dans ce cercle infernal, j’allais risquer de faire les choses que l’on attendait de moi et ça, c’était hors de question ! J’ai pensé qu’il fallait que je me serve des expériences du premier album tout en continuant à faire les choses du mieux que je pouvais, en choisissant ce qui me touchait le plus. Certes, cet album n’est pas parfait mais j’y ai mis le meilleur de moi. Si ça marche tant mieux et si ça ne marche pas, je resterais heureuse d’avoir fait le maximum.

Tu es restée fidèle à Kerredine Soltani qui t’avait écrit Je veux et avec qui tu as écrit On ira sur ce second album. C’est important de t’entourer des gens qui t’ont soutenue, qui ont cru en toi ? L’équipe est plus ou moins la même depuis le début ?

Oui l’équipe est restée plus ou moins la même. Il y a de nouvelles personnes et puis, succès ou pas, tu te sépares de gens et d’autres débarquent. Ce n’est pas parce que tu as eu du succès avec quelqu’un que tu dois rester avec lui pour une sorte de reconnaissance, je ne crois pas à ça… A ce moment là, Kerredine m’a proposé des chansons, j’en ai choisi qui me paraissaient cohérentes avec mon projet, elles me sont apparues évidentes. Raphaël, luin m’a proposé des chansons qui m’ont plues mais que je ne me sentais pas capable de défendre sur scène chaque soir. Pour moi, le plus important est de ressentir les choses et pas de faire plaisir aux autres. C’est ce que je dis dans J’aime à nouveau… Je dois apprendre à m’aimer pour me respecter, et me respecter signifie aussi savoir dire non. J’ai beaucoup appris en quatre ans sur ce thème et on ne finit jamais d’apprendre…

A partir du moment où l’on est en activité, on est constamment en train de s’enrichir…

Oui quand ça ne marche plus, ce n’est pas si grave car ce qui a été bien fait reste acquis, ce n’est pas effacé… Ce qu’on a vécu, on ne peut pas nous l’enlever…



Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel
Interview parue dans l’édition n°348 de Mai 2014


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